SCÈNE IX
AUGUSTINE, seule; un peu aprës M. DE LURCY.
AUGUSTINE
Qu'est-ce que cela veut dire? Comment! monsieur de Lurcy fait fuir ma tante ! Quelle leçon pour ceux qui ne réussissent pas dans les services qu'ils veulent rendre !
SGEBfE IX. SIS
M. DE LURCY.
Mademoiselle , je crains qu'on n'entraîne monsieur lie Vernant dans des démarches qui pourraient lui nuire* Je désirais en parler à madame votre tante; mais il parait qu'elle craint mes conseils , je viens de la voir sortir sans qu'elle ait voulu écouter un seul mot.
AUGUSTINE
Ma tante a l'imagination si vive.
M. 0E LUROT.
C'est fort bien ; mais il y a des circonstances où il faut savoir se modérer. 3'ai fait pour cette nomination tout ce qu'il m'était possible de faire. Nous avons été prévenus, un autre a été plus heureux ; il faut en prendre son parti.
AUGUSTINE
Prendre son parti ! c'est quelquefois bien difficile. Comment renoncer tout à coup à un espoir dont on s'était bercé si lonfi^temps ?
M. DE LURCY.
D'apr.ès ses principes et ses opinions, monsieur de Vernant ne pensait pas à tirer parti de sa position de député. Cette position lui échappe ; mais il ne lui en reste pas moins l'honneur de s'y être dévoué avec un courage digne des plus grands éloges.
Et le bien qu'il espérait faire ?
M. DE LURCY.
Monsieur Bignardin le fera.
AUGUSTINE
Ce n'est pas la même chose.
M. DE LURCY.
Croyez monsieur votre oncle au-dessus d*une vanité aussi puérile. Que le calme revienne parmi nous , et nous serons assez heureux pour ne pas envier la gloire de ceux à qui nous devrons un si grand bienfait. *
AUGUSTINE
A tort ou à raison , on croit qu'on réussirait mieux qu'un autre.
M. DE LURCY.
Il y a des personnes qui doivent rassurer à cet égard;monsieur Bignardin est de ce nombre. La fermeté de -son caractère, son esprit, ses lumières, cette conscience du bien qui n'a jamais dévié, sont de sûrs garans de la conduite qu'on doit attendre de lui.
AUGUSTIjyE.
Mon oncle ne le connaît peut-être pas aussi bien que vous le connaissez.
M. DE LURCY.
J'ai un moyen assuré de le tranquilliser sur son compte, en lui avouant que, si j'eusse cru que monsieur Bignardin eût eu l'intention de renoncer à toutes ses habitudes pour courir la chance des élections, jamais je n'aurais pensé à lui opposer ui^ autre candidat.
AUGUSTINE
Monsieur de Lurcy, ne lui dites pas cela devant ma tante.
8GÈIVE X. 517
M. DE LURCY.
Pourquoi , puisque c'est la vérité ?
AUGUSTINE
Une femme doit croire son mari supérieur à tous les autres hommes.
M. DE LURCY.
Voilà la seule politique que les femmes devraient entendre, et je souhaite que vous conserviez toujours d'aussi bons sentimens.