‹ Proverbes dramatiques (volume 3)Chapitre 170 sur 249 · SCÈNE XYI. 3Si · texte numérisé non relu

SCÈNE XYI. 3Si

MADAME DE YERKANT*

Laissez-moi parler. S'il vous a trompé en vous donnant des espérances ^ le préfet a joué son rôle, et il n'y a pas de reproches à lui faire; mais comme j'ai su faire expliquer sa femme ^ qui, par parenthèse, est bien la plus impertinente petite personne que je connaisse , il est clair qu'on ne veut pas des gens de notre bord ; car elle s'est servie de ce mot-là. Ainsi, j'ai dû tourner les yeux vers une classe plus impartiale , et qui ne demande à ses députés qu'une grande loyauté jointe à du désintéressement. J'ai donc été voir cette bonne madame Dulaurey, que nous devoos être honteux d'avoir délaissée comme nous l'fivons fait; je connais son excellent cœur; et, sans préambule, je lui ai dit franchement où nous en étions et le service que ion mari pouvait nous F^idre. Elle a ri de ma vivacité; et, comme elle se trouvait assez embarrassée pour me répondre, son frère , monsieur Galpin , que nous ne pouvions souffrir parce que nous lui trouvions l'air goguenard, mais qui, dans la vérité, est un excellent homme, et qui a un grand fond d'estime pour vous; monsieur Galpin, dis-je, s'est hâté de prendre la parole, et de me donner, dans les termes les plus positifs, l'assurance qu'il ferait tout pour nous servir.

( Augustine et Henri se font des signes d'intelligence. ) M. DE VERNANT.

Mais ^

MADAME DE VERNANT.

Il n'y a pas à consulter ; il faut tout de suite aller

au collège. Il est sûr qu'il n'y a pas encore de majorité ; les partis se balancent. Voyez d'abord monsieur de Lurcy, tâchez de le piquer d'honneur; ensuite, sans qu'il puisse s'en douter, rejoignez monsieur Galpin« Mélez-vous dans les groupes ; ne parlez pas; mais ayez l'air d'approuver tout ce qu'on y dira. Une élection, c'est ruse contre ruse; la bonne intention justifie tout. N'est-il pas vrai, Henri? Ne perdez pas de temps; il est pieut-etre déjà tard. Partez.

M. DE YERNANT.

Je voudrais au moins savoir

MADAME DE VEKNANT.

Ah ! si vous voulez au moins savoir , nous sommes perdus.

M. DE YBRNANT.

On ne descend pas aussi vite d'un parti à un autre.

MADAME DE VERNANT.

Que voulezrvous dire ? descendre \ Penseriez-vous que vous étiez plus élevé quand vous partagiez le sot entêtement des Lurcy et des Bignardin , ou quand vous consentiez à vous mettre sous la dépendance d'un préfet ? Vous suivez maintenant la seule route qui convienne à uri galant homme, vos nouveaux partisans sont de vrais Français, et vous devez être fier de vous présenter comme leur candidat. Mon cher Henri, je vous regarde comme de la famille, et je n'ai pas besoin de vous recommander le secret sur les hésitations de monsieur de Vernant. (a son mari.) Allez donc, monsieur, allez donc.

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