‹ Proverbes dramatiques (volume 3)Chapitre 197 sur 249 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

BLINVAL

Oui.

MADAME DE SENNEYILLE.

£h bien^ vous serez content. J'aurai une robe de cachemire , c'est de la laine ; un tablier de dentelle et une coiffure que je fais faire tout exprès pour ce rôle.

BUIÏYAL , à madame d'Ebly.

Et vous, madame, qui faites la mère de la paysanne Aglaé, comment serez-vous mise, s'il vous plaît?

MADAME D'EBLT.

Moi, tout simplement, en douillette.

BLINVAL

La mère d'une paysanne en douillette !

MADAME D'EBLY.

Mais je vous assure que je n'ai aucune prétention de costume y et que je me mettrai comme vous voudrez.

DORLANGES.

Cela fera un spectacle ravissant. (Montrant madame de Sen-

neriUeetForiù.) Mousicur ct madame iront aux nues, et je suis persuadé que nous aurons le plus grand succès. Quand je dis nous, je crains un peu pour moi, je n'ai pas leur facilité; mais je m'en tirerai le moins mal que je pourrai. Je serais curieux de répéter ma dernière scène, celle où je trouve Colin aux pieds de Fanchette; je me trompe, Adolphe aux pieds d'Aglaé. Voulez- vous, comme l'heure nous presse, que nous passions tout de suite à cet endroit ?

BUNVAL.

Comme vous voudrez.

DORLÀNGES.

J'y mettrai beaucoup de bonhomie; je crois que c'est ce qui convient.

BLINVAL

Assurément.

DORLANGES.

Il &ut qu'on s'aperçoive que c'est à regret que je refuse à ma fille d'épouser le jeune homme qu'elle aime.

BLINVAL

Très-bien.

DORLANGES.

Mais que son défaut de fortune est un obstacle invincible.

BLINVAL

C'est au mieux.

Qu'étant riche moi-même, je veux un gendre riche, et que, vu mon âge, je n'entends plus rien aux folies de l'amour. .

BLINVAL

Vous détaillez cela à merveille. (Bas à madanitt d'Ebiy.) Pour lui, c'est étonnant.

DORLANGES.

Je vais commencer. Monsieur Forlis, mette&-vous

aux genoux de madame. (Forlla u met aux genoàx de madane do

senneviUe.) Fort bleu. Cc sout VOS uouveaux noms qui vont m'embarrasser. N'importe ; j'entre en scène. ce Comment, maraud , tu es aux pieds de ma fille! »

BLINVAL

Bravo ! conservez ce ton , monsieur, il est excellent.

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DORLANGES.

En vérité?

BLINVAL

Ah ! en vérité.

DORLANGES.

« Ne t'avais-je pas défendu de venir ici ? Que prétends-tu? Épouser mon Aglaé? cela ne sera jamais. Tu n'as seulement pas mille jécus de rente. »

(Tout le monde rit.) BLINVAL.

Voilà mille écus qui gâtent tout.

DORLANGES.

Pourquoi cela?

bliwVal.

Les paysans n'ont point de rentes , et un paysan qui aurait mille écus de rente serait un paysan fort riche.

DORLANGES.

Voulez- VOUS que je dise cent écus ?

BLINVAL

Non plus.

DORLANGES.

Est-ce que cela n'est pas comique ?

BLINVAL

Si fait, «plus comique que ce que je veux mettre a la place; mais ce n'est pas convenable.

' DORLANGES.

Qu'est-ce que cela fait, si on rit?

BLINVAL

On ne rirait pas coinme il faut qu'on rie.

Ma foi ! la gaieté n'est déjà pas ^i commune; il faut faire rire quand on peut. Enfin, que croyez- vous donc qu'il faille dire ?

BUIÏVAL.

Après « tu prétends épouser Aglaé ! » ajoutez : « Et tu n'as pas urf pouce de terr^ à toi. »

DORLANGES.

Je retiendrai cela. Alfons , Forlis , répondezmoi.

FORLIS.

tt Père Anselme , il est vrai que le ciel ne m'a point c( départi la richesse ; mais il m'a doué de l'amour du a travail. Cette faveur vaut mieux que la première; « elle est plus solide,. et rien ne peut la ravir. Une « fois l'époux de l'incomparable Aglaé, j'emploierai « tout mon courage à faire pijospérer entre mes mains «c les bienfaits de l'agriculture. »

MADAME D'EBLY.

Est-ce un sermon, mon cher Forlis, que vous avez prétendu nous faire? Et l'agriculture dans la bouche d'un paysan! C'est un mot. qui n'est connu que dans le3 villes. Si vous alliez dire à un laboureur qu'il s'occupe d'agriculture , il serait aussi étonné que le bourgeois gentilhomme quaiid.on lui apprend qu'il fait de la prose.

FORLIS.

Grands dieux! madame, que vous êtes donc bourgeoise aujourd'hui ! Est-ce devant des laboureurs que je jouerai ce rôle? y a-t-il un si grand inconvénient

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