SCENE I
M. DE SOLANGES, M. DE VOLMAR
GERTAmEMEWT, j'ai de l'humeur; etj'aimeraîs mieux vous voir brusque, grondeur, grossier même, que d'une complaisance aussi ridicule.
M. DE VOLMAR
En vérité , je ne vous reconnais pas. Qu'ai-je clone fait pour m'attirer une telle incartade , et si éloignée de votre caractère ?
J'ai tort, j'en conviens; car vous. êtes le meilleur homme du monde. Votre campagne est charmante; on vous aime ; on vient vous voir, on se trouve bien. La beauté de l'automne se prolonge ; on reste , et on se livre à tous les plaisirs : chasse , promenades , pèche , jeu, bonne chère; on multiplie et on épuise dans le même jour tous les moyens de se divertir# L'uniformité lait craindre l'ennui. Aujourd'hui, à dîner, un étourdi s'écrie : Il faut jouer de$ proverbes ; vous répondez : Jouons des proverbes. — Quand ? «-^ Ce soir.
10 LA MANIE ]>fi8 PROVERBES.
Jouons-en un, jouon&-en deux. Si l'on n'avait pas quitté la tabler, je crois qu'on. aurait déçi4ô qu'il faU lait en jouer une douzaine.
M. DE YOLMAR.
£h bien ! quel mal trouvez-vous à cela ?
Moi ? aucun , pourvu que je ne m'en mêle pas. '
M. DE VOUf AR.
Et comment voulez-vous qu'on se passe de vous ? Vous avez tant d'esprit !
Oui , c'est ce qu'on me dit toutes les fois qu'on veut me faire &ire une sottise. De bonne foi , pourrat-on apprendre des proverbes assez vite pour les jouer ce soir? A peine s'il reste le temps d'en choisir.
M. DE VOLMAR
On les choisira , on les jouera , et on ne les apprendra pas.
C'est-à-dire que vous voulez jouer des proverbes improvisés ?
M. DE VOLMAR
Sans doute. Cda n'est pas difficile , à ce qu'on dit , entre gens.de bonne société et qui ne manquent pas d'esprit. .