SCENE VI. 44 i
ROSALIE , \i part.
' Je ne me trompe pas, c'est Floricour. O la plaisante aventure ! ,
FliORICOUR.
Mademoiselle , est-ce que vous n'êtes pas au service de madame de Mercour?
ROSALIE , li part.
Il ne me reconnaît p^s, amusons -nous- en. (Haut.) C'est selon. En général, je ne suis guère de service le matin. ^
BliORICOTJR.
Vous n'êtes guère de service le matin ?
ROSALIE
Non.
FLORICOUR.
Est-ce Tin usage de ce pay^-ci ?
ROSALIE
Partout où je sers, c'est la même chose.
FLOmCOUR.
Et vous trouvez des maîtresses qui se prêtent à cela? .
ROSALIE
Vraiment, il faut qu'elles se prêtent à bien d'autre^choses : d'abovd^f ^les ne peuvemt me commander que devant l|eaudbup*de inonile : et, si je m'<acquittè mal de mon dfrvroir, Ce ne sont pas elles qui ont le droit de se plaindre?
' FLORICOUR.
Je ne suis pas venu ici pour Seviiier des énigmes : .
44St LE ]>£SC»:UV]\EME]\T B£8 COMEDIENS.
ainsi , mademoiselle , faites-moi le plaisir de m'annoncer, ou de me dire à qui je dois ra'adresser pour cela.
Je veux bien m'en charger... mais parce que c'est vous, au moins.
FLORICOUR.
Je vous remercie de cette préférence. Mon nom est Saint-Elme.
♦ROSALIE
Pourquoi cela ?
FLORICOUR.
Comment! pourquoi cela? Parce que c'est mon nom.
ROSAtlE.
Il n'est pas joli. N'en avez-vou$ pas de rechange? Il y en a de si beaux ! «r , ' *
FLORICOUR , k part.
Cette fille est folle.
ROSALIEI^ à part.
Il se donne au diable. (Haut.) Je cherche quelque chose de ronflant. S^^nt-Elme ! c'est sourd comme je ne sais quoi. Madame aime tant les noms sonores! Elle n'avait épousé le défunt qu'à cause" ae cela. Elle avait la tête tournée de s'appelfei» madame de Itter* cour. Toutes ces terminaisbns %n coiir sont agréables en effet. * *
• FLOJIICOUR.
A qui en avez-vous avec les sornettes que vous me contez depuis une hîiune ? ' '
SOEBfBVI. 445
KOSALIE , jriaBï::
Ah! ah! ah ah!
FLORICOUR, avec humeur.
Je me fâcherai à la fin !
ROSALIE , toujours riant. *
Vous auriez tort , car je ne m'acquitte pas mal de mon emploi.
FLORICOUR.
Qui étes-vous? Vous n'êtes pas une servante?
ROSALIE
Oui et non. Je suis servante comme vous êtes amoureux, aux mêmes heures et aux mêmes conditions.
♦ FLORICOUR.
Regardez-moi donc. Il faut avouer que je suis un grand nigaud. Je vous reconnais a cette heure. J'étais si loin de voys croire dans cette ville ! Où avons-nous joué ensemble? N'est-ce pas à Nancy?
. RQPALIE. ' •
Précisément. . ♦
FLORICOUR. #
Et que faites-vous à Amsterdam ?
RÔSATÎÏE.
Je vous attends.
" * FLORICOUR.
■ Vous êtes engagée pour Hambourg ? Ah ! tant mieux ! Les autr^ sont-ils arrivés ? Suis-je le dernier venu ?
ROSALIE
Oui. Ce qui nous coittrarie très-fort depuis huit jours que nous sommes d|in§ cet hôtel.
444 LE BESOEUVREBIElliT DES GOWÉDIENS.
FLOBIcbUR.
Rappelez-moi donc votre nom.
ROSALIE
Rosalie.
FLORICOUR.
Eh bien , ma chère Rosalie , rendez-moi un service. Si vous êtes 4ans cet hôtel depuis huit jours, vous avez dû entendre, parler de madame de Mercour. J'ai ' le plus grand intérêt à savoir ce que c'est que cette damé. La connaissez-nous ? Quelle espèce ' de femme est-ce ?
ROSAUE.
Une femme comme il n'y en a point.
FLORICOUR.
Bien , bi^ ; n|p& est-ce riche ? •
Je ne crois pas. '• • .
FLORICOUR.
DiaIK:^e! c'est aisé, au m^ns?
* ROSALIE. •
Pas aisé du tout ; î'est misérable même. ^
FLORICOUR.
Comment! misérable?
ROSALIE. • •''
Oui , et très-misérable , p«isque c'est réduit pour vivre à jouer les remplissages.
FLQRICOUR.
Les remplissages... C'est donc une actrice?
ROSArikE. .
Non. •