SCÈNE- X
LES rBECEDElfS, DORMEUIL.
DOBMEUIL.
Vous n'avez encore rien inventé? Je suis plus
heureux que vous ; j'ai dans la tête un sujet unique. Je m'étonne d'avoir trouvé cela. On a parfois de bonnes fortunes. C'est charmant, c'est vraiment char* mant. Je viens de le raconter tout à l'I^ure en bas, dans le salon , où on a ri aux larmes; on me l'a fait répé-* ter trois fois; à la fin tout le mqnde s'est écrié : «Mais « allez donc trouver ces messieurs ! »
44 LA MANIE DM^ nMIVEEBfiS.
M. DE YOLMAR. '
Vous excitez furieusement ma curiosité.
DORMEUIL
C'est une chose délicieuse ; je puis le dire, puisque cela a tant fait rire toute volye société ; il n'y a qu'une voix à cet égard. C'est un sujet tout simple, et qui réunit pourtant le triple avantage d'être gai , moral et instructif. Je n'ai pas été le chercher aux antipodes , moi; j'ai peint ce que j'ai vu , ce que vous avez vu , ce que tout le monde a vu.
M. DE SOI^iNGES.
Vous nous &ites bien languir.
DORMEUIL
C'est que je ne sais pas trop comment vous expliquer cela; je voudrais vous faire voir l'ensemble tout d'un coup; voilà ce qui m'embarrasse : je vais pourtant essayer. D'abord... x'est un homme qui croit que sa cuisinière le vole. Je parie que cela vous paraît commun ? vous allez voir. Je vous disais donc que c'est un homme qui croit que sa cuisinière le vole; il n'en est pas sûr, il ne fait que le soupçonner. Cet homme donc... Mais tenez j'aime mieux vous jouer la scène comme je l'ai inventée, vous en jugerez plus facilement. Figurez-vous donc un homme, un monsieur , un bourgeois en robe de chambre de bazin à cotes, le pantalon pareil, coiffé d'un foulard ou d'un madras , n'importe, et chaussé avec des pantoufles... enfin en négligé, comme on est le matin dbez soi lorsqu'on aime ses ai^es. Ce monsieur entre dans son salon, comme on entre dans son salon. Quand il est
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entrée il s'assied dans une bergère , et il n'est pas plus tôt assis qu'il s'écrie : « Ahî mon Dieu ^ je crois que ma cuisinière me vole. » Remarque^Yous comme c'est simple?
Très-«imple.
DORMEUIL
Onfinairement on se donne au diable pour faire une expositi(Hi ; avec moi , c'est l'affaire dé deux mots : Jh! mon Dieu , Je crois que tna cuisinière me vole. Vous auriez dix mille personnes dans votre salle, qu'elles verraient tout desuite que c'est un homme qui croit que sa cuisinière le vole. C'est un grand avantage j n'est-il pas vrai? Je continue : <x j4h ! mon Dieu , je crois que ma cuisinière me vole. Jh ! mon Dieu, qu^on est malheureux d'avoir une cuisinière qui vole. Ah\ mon Dieu ! il ri y a donc pas de cuisinière
qui ne vole? » Vous voyez bien l'intention de cette
scène , et tout ce qu'on peut dire là-dessus ? Je ne &is que vous indiquer en gros, parce qu'ensuite c'est à Tacteur à développer cela; vous comprenez? Je passe à la seconde scène. La cuisinière arrive : elle est vêtue en cuisinière , mais avec recherche , et .comme une cuisinière qui fait danser l'anse du panier. Il faut qu'elle . ait un beau bonnet et des pendans d'oreilles en or. Aussitôt que son maître l'aperçoit , il lui dit : a Ah ! mon Dieu , TSanette ou Jeannette. » (s'imerrompant.) Je ne sais pas trop lequel des deux noms convient mieux.
^ M. DE SOXAIVGES.
Choisissez.
. DORBiBUUi.
Nanette est plus un noÉa de cuisinière.... Au reste,