EUSE
Tant mieux. Je.n'turais pas pu supporter un mari pédant.
94 LE BAL
MADAME DE YALROSE.
Qui VOUS parle de pédant? On peut, sans être pédant , avoir du calme dans l'esprit ; et je serais trèsfâchée de penser que, dans l'union que vous allez contracter, il n'y aura de raison ni d'un côté ni de l'autre.
ÉLISE
Vous avez tort. Nous serons beaucoup mieux assortis que si nous avions des goûts opposés.
BIADAME DE VALfiOSE.
On ne peut cependant pas être toujours en fêtes «t en parties de plaisir.
ÉLISE
Je n'y ai jamais songé non plus.
MADAME DE VALR0S£«
Il faut s'occuper un peu de sa maison.
ÉIJSE.
Il faut s'en occuper beaucoup.
MADAME DE VALROSE
Le goût-du monde entraine souvent dans des sociétés si peu convenables!
tU$E.
On va dans le monde, et on a sa société.
MADAME DE VALROSE
Comment choisirez-vous la vôtre ?
ÉLISE
tomme avait fait notre pauvre mère. Elle ne recevait intimement que $a famille ,' celle de mon père , quelques amis d'enfance et des personnes recomman-
90EBIE I. 9»
dables par leur esprit et leur caractère. Je Fimiterai. Ensuite j'irai avec monsieur de Belmont partout où il ne trouvera pas rfinconvénieût à me conduire.
MADAME DE VALROSE
S'il n^est pas di£Bcile...
ÉLISE
Les hommes le sont toujours pour ces choses-là.
MADAME DE VALROSE
J'espère au moins que vous ne reverrez plus madame de Saint-Ange.
ÉLISE
Vous lui en voulez plus que moi.
MADAME DE VALROSE
Je ne lui en veux pas; mais je ressens comme je le dois l'impertinence qu'elle nous fait.
ÉLISE
S'il n'y avait que du malentendu.
MADAME DE VALRQSE.
Non , ma chère Élise , elle ne nous a pas invités à son bal , parce qu'elle aura craint de manquer de place pour de nouvelles connaissances qu'elle aura faites hier , et qu'elle croit lui convenir mieux que nous.
ELISE
Ah ! ms^ sœur ! .
MADAME DE VALROSE
Je connais si bien ce genre de femmes-là. Une personne à la mode, qui leur fiait quelques avances ^ suffit pour leur tourner la tête. Elles lui sacrifieraient
M LE BAL
leurs amis les plus chers, s'il était vrai qu^elles en eui^ent , dans rjespoir d'être pronées par elles et de participer ainsi à' leur gloire.
ÉLISE
Je vois que la plus contrariée de nous deux n'est pas celle qu'on pourrait penser, et je vous avoue qu'il ne me serait venu à l'idée aucune des raisons, que vous venez de me dire,
MADAME DE VALROSE
Vous croyez que je suis contrariée de ne pas aller à un bal ? vous savez bien que je ne danse pas.
ÉLISE
11 y a autre chose qu'un bal. On parle d'un concert; et puis, c'est une distraction.
MADAME DE VALROSE
Je vous avoue que je ne vois dans tout cela qu'un manque de procédés.
ELISE
Et moi, un bal de moins.
MADAME DE VALROSE
Si j'avais à me reprocher quelque chose vis-à-vis madame de Saint-Ange encore, je lui pardonnerais; mais je n'ai jamais eu ce qu'on appelle du monde sans l'avoir invitée.
ÉLISE
C'est ce qui me fait croire qu'il n'y a que de l'oubli de sa part.
MADAME DE VALROSE
Mais c'est justement de cet oubli que je me plains.
SGEIAE II.
Je ne suis pas de ces personnes que l'on peut oublier. Écoutez, Élise, »vous' allez vous marier; quelque goût que vous ayez pour les divertissemens , songez 'qu'il ne doit jamais vous faire transiger avec la considération qui vous est due.
ÉLISE. '
Je sais si bien cela, ma sœur, que, si je pouvais me douter que ce fut à dessein que nous fussions exclues du bal de ce soir, je ne remettrais jamais les pieds chez madame de Saint-Ange.