SCÈNE XL
PERRINE, MADAME DE LA RABATÏERIE
MADAME DE LA RA BATTERIE. '
Dites-moi , ma mie , n'étes-voiis pas la petite fille que le Docteur veut marier? (PerHne a l'air
décontenance, et feint de n'oser repondre. ) Parlez, ne
soyez pas si timide; une dame comme moi doit vous inspirer de la confiance.
PERRINE
C'est que ....
MADAME DE LA RABATTERIE
Eh bien ?
PERRINE
Une pauvre fille, . . .
MADAME DE LA RABATTERIE
Après.
PERRINE
Vis-à-vis d'une aussi grande dame ....
MADAME DE LA RABATTERIE
Ecoutez, mon enfant : je suis bonne, et j'aime S: rendre service aux pauvres gens ; mais avant tout , je veux savoir s'ils méritent mes bontés. ( Perrine fait la révérence. ) Regardcz-moi.
PERRIWE.
Je n'ose.
MADAME DE LA RABATTERIE
Vous voulez donc vous marier ? (Pemne lèye le» yeux, et les baisse aussitôt. ) PuisqUC je VCUX bicn VOUS
questionner, répondez-moi, au moins.
PERRINE
Le respect. . . .
MADAME DE LA RABATTERIE
Je comprends cela. Pourtant , vous n'espérez, pas que je m'intéresserai à votre mariage, si vous ne voulez pas me dire un mot.
PERRINE
Je suis si peu habituée ....
MADAME DE LA RABATTERIE
A quoi ?
PERRINE
Si c'était mon égale.
MADAME DE LA RABATTERIE
A la bonne heure.
PERRINE
Mais une comtesse.
Qui vous a dit que j'étais comtesse!^
' ' PERRINE
Cela se voit.
SŒNE XI. 233
MADAME DE LA RABATTERIE , lui donnant de l'argent.
Tenez. Serez-vous plus hardie à présent ?
PERRINE
De l'or!
MADAME DE LA RABATTERIE
Me parlerez-vous , enfin ?
PERRINE
De l'or!
MADAME DE LA RABATTERIE
Vous me plaisez. [ Pernne fait la révërence. ) Je VeUX VOUS marier. (Pemne fait encore la révérence.; Mais il
faut que vous me parliez.
PERRINE
Je ne puis pas.
MADAME DE LA RABATTERIE
Je vous fais donc bien peur ?
PERRINE
Pas peur.
Vous me paraissez remplie de qualités, mon enfant ; vos sentimens attestent un cœur excellent. Je vous veux sincèrement du bien. Pourquoi donc ne pas me dire un mot ?
PERRINE
Madame ....
MADAME DE LA RABATTERIE
Du courage. ( Lur donnant de l'argent. ) PrCUCZ en-
core cela. Combien vous faut-il pour que vous puissiez vous marier?
PERRINE
Ce n'est pas moi ; c'est ma mère ....
MADAME DE LA RARATTERIE
Qu'est-ce donc que votre mère demanderait ?
PERRINE
Beaucoup.
MADAME DE LA RABATTERIE
Encore ?
PERRINE
Oh! il n'y a guère qu'une duchesse qui pourrait ....
MADAME DE LA RABATTERIE
Qui pourrait. . . .
Me donner...
MADAME DE LA RABATTERIE , lui donnant sa bourse.
Tenez, portez-lui cela; et dites-lui que madame de la Rabatterie vous prend sous sa protection. Je suis contente de vous, et je trouve mon argent bien placé. Vous serez une bonne épouse et une bonne mère , j'en suis certaine. Je veux intéresser à vous toutes les personnes qui viendront ici pendant mon séjour aux eaux: Adieu, Perrine.
( Elle sort.)