SCENE II
projets à exécution. Tu es si étourdi ! Je parie que " tu n'en sais plus un mot.
FLORBEL.
Tu crois. Écoute; je vais te répéter ma leçon. Tu aimes à la fureur Cécile de Valbec ; ses parens coRsententàte la donner, à condition cependant que ton oncle t'assurera son bien ; mais ton oncle ne veut pas prendre d'engagement , qu'il n'ait le dernier mot de mademoiselle Zéphirine de Lestenville, qui lui promet sa main depuis dix ans. Or, c'est pour faire donner un congé dans les règles à ton oncle , que moi , ton ami Florbel, ai déjà écrit trois lettres à ladite demoiselle Zéphirine , dans lesquelles , sous trois noms différens , je lui demande trois fois cette main , objet des désirs amoureux de ton oncle; et j'espère si bien m'y prendre, qu'avant la fin de la journée, elle lui aura préféré au moins un des trois personnages que je vais représenter, et peut-être tous les trois.
AUGUSTE
A merveille. Que veux-tu savoir de plus?
FLORBEL.
Ce que tu ne m'as appris que bien en gros. Par exemple, qu'est-ce que c'est que cette demoiselle Zéphirine de Lestenville, qui fait soupirer depuis
si long-temps le cœur de ton oncle, le président
au grenier à sel ?
AUGUSTE
C'est un composé de tous les ridicules passés, présens et futurs ; une vieille foîle qui s'imagine tourner toutes les têtes , et qui croit qu'on ne peut lui dire bonjour, sans lui faire une déclaration amoureuse. Tantôt prude et revéche, tantôt sentimentale ou coquette , elle agace et se mutine comme un enfant, et tout à coup s'élance dans des dissertations métaphysiques à perte de vue . Elle n'est remplie que d'un seul désir, celui d'occuper d'elle. Tour à tour poète et musicienne, la ville est inondée de ses vers et de ses sonates. En un mot, nous l'appelons la Sapho de Quimpercorentin.
FLORBEL.
Comment ton oncle , si froid , si compassé , est-il devenu le Phaon de cette nouvelle Sapho ?
AUGUSTE
Il la connaît depuis long-temps ; il y est habitué ; et puis , elle a été jeune, mon oncle aussi; la chronique même en a jasé dans le temps. . . C'est une espèce d'acquit de conscience.
FLORBEL.
Enfin, a-t-elle quelques restes de beauté?