‹ Proverbes dramatiques (volume 4)Chapitre 16 sur 240 · SCENE XIV · texte numérisé non relu

SCENE XIV

ERNEST, l'interrompant.

Qu'est-ce que vous voulez ? Laissez-nous.

LA MÈRE TOPIE.

Eh! mon bon monsieur, permettez-moi de fleurir ces dames.

ERNEST

Ces dames n'ont pas besoin de vos fleurs. Allez-vous-en.

LA MÈRE TOPIE.

Mes bouquets portent bonheur, foi de femme. Il n'y a pas huit mois que j'en ai porté au mariage d'un monsieur de soixante -dix ans qui épousait une jeune fille de dix-huit, et, pas plus tard qu'hier, il m'a fait demander des orange^ pour les réjouissances du baptême de leur enfant.

( Agiaë sourit. ) ERNEST.

Allez- vous nous assommer de vos quolibets?

MADAME VIÉTOF.

Ne tourmentez donc pas cette pauvre femme ; elle a fait rire Aglaé.

ERIWIST.

Si nous n'avions pas autre chose à faire.

LA MÈRE TOPIE.

Monsieur n'est peut-être pas le marié ?

MADAME VIÉTOF.

Si fait vraiment.

LA MÈRE TOPIE.

Eh bien, mais ne doit-il pas être enchanté que l'on fasse rire mademoiselle , un jour comme celui-ci? C'est un jour si sérieux.

AGLAE , bas à sa mère.

Elle a bien raison.

LA MÈRE TOPIE.

Pour les femmes , s'entend; car pour les messieurs, c'est bien véritablement le plus beau jour de la vie. On leur donne une jolie personne, on leur donne de l'argent, on leur donne tout; et eux qu'est-ce qu'ils donnent ?( Elle Ht. ) Ah! ah ! ah ! comme tout ça est arrangé. Ah ! ah î ah ! enfin c'est comme ça. Ah ! ah ! ah !

MADAME ViÉTOF ET AGLAÉ , riant.

Ah! ah! ah!

ERNEST, à part.

La voilà établie. Elle a un succès complet.

(Haut à la mère Topie.) ïâchez tOUJOUrS dc nC paS

prendre trop de liberté.

LA MÈRE TOPIE.

Mon cher monsieur, vous n'avez que faire de craindre. Nous savons ce que c'est que la politesse et le bon ton. Dieu merci ! Il ne faut pas nous confondre avec les harengères d'autrefois ; non : c'est que ce n'est plus notre calibre. Nous respectons tout le monde à présent , afin de ne

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