SCENE VU
MADAME DERVILLE
Je te dis que rien n'est plus certain.
HIPPOLTTE.
La réparation d'une injustice me semble une chose si extraordinaire du temps qui court. . .
MADAME DERVILLE
Il n'y a pas eu d'injustice, mais seulement un malentendu... Enfin , vous allez revenir à Paris; je ne pense plus qu'à cela.
HIPPOLTTE.
Si vous eussiez consenti à nous suivre en Bretagne, je vous assure que je n'aurais jamais désiré de revoir la capitale.
En définitive, n'ai -je pas bien fait de ne pas vous écouter? Ton père est encore jeune, tu es un enfant ; cette retraite préfhaturée ne convenait ni à l'un ni à l'autre. Mais tu dois penser qu'à présent il va falloir t'observer davantage. Tu n'es plus le fils d'un proscrit ; rien n'aurait mauvaise grâce comme de faire paraître une humeur qui n'a plus d'excuse. Réfléchis à cela, mon ami ; ménage la position de ton père ; et puisque tu connais si bien ce monde-ci, n'oublie pas qu'il est toujours à l'affût des places, et qu'une boutade fort innocente pour toi qui n'as que de bonfijes intentions, peut être envenimée
par la jalousie , et devenir un crime irrémissible. Ce n'est pas que je prétende te seyrer tout d'un coup ; je compte bien , dans les premiers temps, te permettre , avec moi seulement , d'exhaler ta bile contre les ambitieux, les sots, les hypocrite^ et toutes les autres espèces de gens qu'on n'a jamais vues que de nos jours. C'est trop raisonnable; il y aurait de la barbarie à en agir autrement. Tu me signaleras les injustices, les abus de pouvoir qui parviendront à ta connaissance; nous en gémirons ensemble; nous trouverons que la France est perdue, qu'elle tir plusxle boussole, que chacun veut en faire sa proie, qu'on la tiraille , qu'on la harcelle, que les vœux des honnêtes gens sont repoussés , que le naufrage est imminent , et qu'il n'y a plus qu'à désirer la fin du moiMe.
HIPPOLYTE
Ne croyez pas badiner; cela me serait d'un grand soulagement.
MADA.ME DERVILLE.
Comment donc ! je n'en doute pas. Cependant ton père exercera paisiblement sa place, et notre petite opposition étant bien secrète, nos envieux n'auront plus de prétextes pour pouvoir nous nuire. Embrasse-moi. Voilà lui traité conclu. Je