SCENE XII
se fâche contre eux; moi j'en ris; mais nous les méprisons autant l'un que l'autre.
Alors votre duel ne peut plus rouler que sur des misères : la part à faire aux souverains dans les gouvernemens ; les lois les plus appropriées au bonheur des peuples ;la répression des abus ; les améliorations indispensables; que sais-je?les congrès peut-être. Mais , dites-moi, mes enfans , cela vous regarde-t-il ? Pensez-vous à devenir députés pour déraisonner d'avance sur de pareils sujets ?
HIPPOLYTE, riant.
Je crois vous deviner , chère maman ; vous voulez me faire parler; et c'est avec intention que vous omettez les ministres , qui sont cependant la grande pierre d'achoppement dans toutes les conversations.
MADAME DERVILLE
C'est donc à propos des ministres que vous en êtes venus à cette extrémité ? Mais à propos de quels ministres? Ils ne sont pas tellement identifiés les uns avec les autres , qu'on ne puisse faire un choix parmi eux.
SAINT-LÉGER
Nous n'avons pas fait de choix. N'est - il pas vrai, Hippolyte? Il les blâmait tous quand je
les approuvais tous; à présent, c'est lui qui les applaudit , et moi qui les accuse.
MADAME DERVILLE
Et vous VOUS battez toujours?
SAINT-LEGER
Toujours.
C'est du caractère. Pauvres jeunes gens! Voyez par ce qui vous arrive comme avec le temps rien n'est y rai.
HIPPOLYTE
Cependant
MADAME DERVILLE
Eh ! mon Dieu non , mon ami ; avec le temps rien n'est vrai. (A Saint-Leger , en riant.) Pas même votre destitution , monsieur Saint-Léger ; ( A Hippolyte. ) pas même le rappel de ton père. Vous êtes des enfans ; j'ai joué avec vous.
HIPPOLYTE
Mon père n'est pas rappelé ?
MADAME DERVILLE
"Pas encore.
SAINT-LÉGER
C'est vous qui m'aviez écrit?
MADAME DERVILLE
Qui VOUS avais fait écrire. Je ne suis pas assez légère pour compromettre mon écriture vis-àvis d'un jeune homme tel que vous.