SCÈNE
comme moi , qu'il faut toujours que ses actes de sensibilité tourmentent quelqu'un ; c'est son dédommagement. Mais certainement , mademoiselle , si j'étais de vous , au lieu de risqtier de m'enrhumer en allant le soir à la grille du jardin, je recevrais monsieur Maurice dans ce salon, qui est bien plus commode pour parler d'affaires.
HIÉLÈNE.
Y penses-tu? Et ma tante...
MARINE
Ne craignez pas qu'elle vienne vous, y interrompre. Chaque fois que madame veut que nous sachions qu'elle a du chagrin , comme elle mange et qu'elle dort toujours comme à son ordinaire, elle a inventé de garder sa chambre à coucher pendant plus ou moins de temps ; six jours pour la mort d'un chat ou d'un serin , quinze jours pour celle d'un perroquet; et , quand elle a perdu son dernier mari, elle a eu la constance d'y rester jusqu'à deux mois. Il est vrai qu'elle n'avait plus guère l'espoir d'en trouver un quatrième... Mais deux mois ! «.
HÉLÈNE
Sans entrer dans ce salon ? . . . Si j'étais bien sûte de ce que tu me dis...
MARINE
Mais, mademoiselle, songez donc que je sers madame depuis dix ans, et que je connais toutes ses habitudes de chagrin sur le bout de mon doigt.
Tu es une bien bonne personne , Marine , et je compte entièrement sur toi ; je crains seulement l'indiscrétion des autres domestiques.
MARINE
Bast ! Je n'aurais qu'à dire un mot , madame ne les croirait pas. Vous avez vu pour Flamand, qu'ils prétendaient n'être pas mon cousin , comme madame les a fait taire. Elle a fini par être plus certaine de notre parenté que moimême.
HÉLÈNE
Je suis persuadée que si tu voulais lui remettre la tête sur l'accident d'hier...
MARINE
Impossible; il y a de la sensibilité sur jeu: pensez -y donc. On dit que je mène madame: c'est à de rudes conditions, croyez -moi. Si je cessais un instant de la trouver la meilleure personne du monde , si je n'écoutais pas avec l'air de la plus grande attention tous les contes qu'elle me fait sur les uns et sur les autres , ah ! je vous ré-