SCÈNE IV
MARINE
Monsieur, je ne l'oserais. Madame est d'origine anglaise, et jamais aucun étranger n'a mis le pied dans sa chambre à coucher.
EDOUARD
Alors , amenez-la-moi dans ce salon.
MAURICE
Pourrais-je me permettre de faire à votre grandeur une légère observation ?
EDOUARD , avec une dignité comique.
Parlez.
MAURICE
Comme le but de votre glorieuse entreprise est mon rappel dans cette maison, ne croiriez-vous pas utile de persuader à madame Severin que ce n'est qu'à ma considération que vous avez bien voulu vous y rendre ?
EDOUARD
J'approuve. Marine, comprenez bien qu'un homme tel que moi ne se transporte pas chez les gens sur le premier signe qu'on lui fait, et que monsieur Maurice seul pourra m'y décider.
MARINE
Monsieur, je crains que madame ne refuse.
EDOUARD
Il y aurait alors de votre faute ; car si vous voulez vous servir de votre esprit pour exciter
sa curiosité sur mon compte ; si vous trouvez moyen de lui faire un récit piquant des cures que j'ai entreprises, et que vous accommoderez le plus à son goût qu'il vous sera possible, je ne doute pas qu'elle ne mette un grand empressement à me faire venir chez elle.
MARINE
En un mot, il faut que je vous serve de compère. Qu'à cela ne tienne ; mais ayez grand soin qu'elle ne vous trouve pas ici.
EDOUARD
Allez , allez , soyez sans inquiétude.