SCENE I
levée à moitié endormie ; j'étais habillée à sept heures ; la voiture n'est venue qu'à dix ; au mo" ment d'y monter, on s'est aperçu qu'on avait oublié je ne sais quoi , qu'il a fallu envoyer chercher; mon papa a pris de l'humeur et s'en est allé à pied; nous l'avons guetté tout le long de la route; nous ne l'avons pas vu; et nous arrivons ici sans savoir ce qu'il est devenu , et sans être sûrs que ce soit le lieu du rendez-vous.
MADAME ROCHEVILLE.
Elle a raison, et je suis vraiment inquiète de monsieur Rocheville. *
M. DUMONT
Il n'est pas perdu , il se retrouvera.
MADAME ROCHEVILLE.
Y à-t-il plusieurs routes pour venir ici ?
* M. DUMONT
Il y en a vingt, A propos, expliquez-moi donc un peu à quel usage vous avez destiné ces énormes draps qui nous ont tant gênés dans le chemin ?
C'est pour faire tendre au-dessus de l'endroit où nous dînerons.
M. DUMOIVT , riant.
La précaution est admirable.
MADAME ROCHEVILLE.
Ne peut-il pas tomber mille ordures dans les
plats? des papillons, des mouches. (Monsieur Dumont
rit plus fort.) Voiis Hcz ;']é lie veux pas manger des mouches... des araignées peut-être.
M. DUMONT
- Vous avez peur des araignées?
MADAME ROCHEVILLE.
Une peur affreuse.
HÉNRlETl'E.
Et moi aussi.
M. DUMONT
Alors il ne faut pas faire de partie de campagne. Que diriez-vous Sonc s'il vous arrivait, comme à une dame de ma connaissance, de vous asseoir sur un gros <îrapaud noir qui ferait coac ?
HENRIETTE
Monsieur Dumont , finissez.
M. DUMONT
Mademoiselle Henriette en frissonne déjà. Cela arrive très-souvent.
HENRIETTE
J'aime bien mieux dîner dans une salle à manger.
M. DUMONT
Il est vrai qu'on n'y craint pas les crapauds , les papillons et les araignées ; mais quand vous avez dîné , vous avez dîné ; il ne vous reste aucun souvenir; vous n'avez rien à raconter. Au lieu