SCENE II
MADAME ROCHEVILLE.
Vous plaisantez toujours.
M. DUMONT
C'est très-possible.
MADAME ROCHEVILLE.
Je ne crains pas cela de monsieur Rocheville.
M. DUMONT
Vous ne craignez pas.... Croyez-vous qu'il vous conte tout ce qu'il fait?
MADAME ROCHEVILLE.
Oui, je le crois.
Les honnêtes femmes sont d'une confiance admirable.
MADAME ROCHEVILLE.
Il ne peut pas vous ^entrer dans la tête qu'un homme puisse être rangé.
M. DUMONT
Si fait ; mais , tenez , nous ne pourrions jamais nous entendre.
MADAME ROCHEVILLE.
Avec qui nous faites- vous dîner aujourd'hui ?
M. DUMONT
Avec l'univers. Je vois déjà plus de vingt personnes sans nous compter.
MADAME ROCHEVILLE.
Vingt personnes !
6o LE DINER SUR L'HERBE.
M. DUMONT
Au moins.
MADAME ROCHEVILLE.
Et qui sont-elles donc?
M. DUMONT
Je ne crois pas que vous en connaissiez une seule. C'est, par exemple, le gros procureur Ruinard, sa femme, son maître clerc, et une certaine demoiselle Sophie que Ruinard traîne partout, et qui est bien véritablement sa cousine; Guéridon, le médecin, avec une espèce de parente aussi ; que sais-je, moi? le petit Blaye et sa sœur, qui chante tout ce qu'on veut; plusieurs employés de mon administration; enfin -tous gens qui aiment à rire et qui se moquent du reste.
MADAME ROCHEVILLE.
Monsieur Dumont , je ne suis pas ridicule, vous le savez ; mais il me semble que je vais être bien gauche avec ce monde-là..
M. DUMONT
Que non. On hurle avec les loups.
MADAME ROCHEVILLE.
J'aime si peu la grosse joie.
M. DUMONT
Cela vous paraîtra drôle ; quand ce ne serait que la nouveauté. *