SCENE II. i
Eh bien ?
MADAME BERNARD
Eh bien ! mais vous n'avez pas dû espérer que monsieur, qui est franc comme l'or, pût répondre en conscience d'un homme qui joue la comédie.
LÉON
Mais tout le monde la joue, ma bonne madame Bernard.
MADAME BERNARD
En voici bien d'un autre ; tout le monde joue la comédie ; monsieur votre oncle aussi , peutêtre?
LÉON
Mon oncle plus que personne.
MADAME BERNARD
Juste ciel ! monsieur Léon , y pensez - vous ? (Elle rit.) Monsieur un comédien ! Il a bien le temps de cela, ma foi ! Un homme qui est avocat, membre de l'Institut, capitaine de la garde nationale, et qui va devenir mareuillier.... Oui est-ce qui a pu vous taire de pareils contes (
LEON, riant.
Mon oncle va devenir marguillier ?
MADAME BERNARD
Qu'y a-t-il donc là de si plaisant? Ça lui ira à merveille.
i5o TOUS LES COMÉDIENS, etc.
LÉON
Mon oncle fera toujours très-bien tout ce qu'il fera.
Ah ! certainement. Si vous l'entendiez parler à ces messieurs de la Fabrique; un prédicateur ne dirait pas mieux.
LEON
Engagez -le donc à être moins sévère avec moi.
MADAME BERNARD
Dame ? aussi votre comédie. . .
LÉON
Mais, ma chère madame Bernard, vous me feriez devenir fou avec ma comédie. Je ne la joue pas seul cette comédie, et les personnes avec lesquelles je la joue , ont au moins autant de franchise et de loyauté que mon oncle. Grâce à ma comédie, je me suis ouvert les premières maisons de la ville ; on m'y reçoit avec distinction ; et la preuve , c'est le mariage que je suis sur le point de contracter , et que je n'aurais jamais trouvé sans ma comédie. Vous voyez donc bien que ma comédie n'est pas une si méchante chose.
MADAME BERNARD
Mais quand votre beau-père viendra à savoir.-,.. '•>'
*:.Ti ,è/ SCÈNE IL j5i
LÉON
Achevez : que je joue la comédie; mais c'est chez Uii et avec lui que je la joue.
MADAME BERNARD, avec étonnement.
En vérité ?
Sans doute.
MADAME BERNARD
Quand je vous dis que je n'entends plus rien à ce qui se passe aujourd'hui. Un beau-père !.... Eh bien, mais, si c'est ainsi, qu'est-ce donc qu'il demande à monsieur?
LÉON
11 lui demande d'abord si je suis véritablement son neveu; car j'aurais pu lui en imposer. 11 ne me connaît que sur ce que je lui ai dit de moi. Vous comprenez qu'on ne donne pas de but en blanc sa filie à un jeune homme rien que sur s-a bonne mine et les contes qu'il lui aurait j>lu de faire sur sa famille..
MADAME BERNARD
C'est assez raisonnable.
LÉON
Il a dû lui demander si j'avais effeclivement la fortune que je lui avais annoncée.
MADAME BERNARD
Cela me paraît prudent.
iSa TOUS LES COMÉDIENS, etc.
LÉON
Il vent être informé des défauts que je pourrais avoir. .^i^
Il les connaît, vos défauts.
LÉON
Il peut craindre que je n'en aie d'autres.
MADAME BERNARD
C'est vrai : allons, allons, votre monsieur de Rocheron , malgré tout , n'est pas aussi léger que je l'aurais cru d'abord. ^^
LÉON
C'est un homme parfait.
MADAME BERNARD
Sa fille est-elle jolie ?
LÉON
Charmante , madame Bernard , et une fortune considérable. Il doit m'attendre dans une maison ici près ; je vais l'aller chercher pour le présenter à mon oncle , et tâcher de terminer l'affaire la plus importante de ma vie.
1 SCÈNE III. i53