SCENE V. 3o
M. DE NORMONT, souriant.
Mon neveu la formera.
MADAME DE GENNETINES.
Elle est encore d'âge, Dieu merci !
M. DE NORMONT.
Je suis étonné que , depuis huit jours que nous sommes chez madame votre sœur, vous ne lui ayez pas encore dit un mot de mon neveu.
MADAME DE GENNETINES.
Réfléchissez donc que, quoique sœurs, nous sommes presque étrangères l'une à l'autre. Depuis mon premier mari , c'est tout au plus si je l'ai vue trois fois. C'est comme une nouvelle connaissance que nous faisons ensemble.
M. DE NORMONT.
Votre petite espiègle de nièce est si bien l'affaire d'Arthur ! Cette terre est d'un grand
rapport ?
Ma sœur pourrait y vivre noblement.
M. DE NORMONT.
Et vous ne croyez toujours pas que ce jeune Fernand , qui vient si souvent ici, ait des vues sur mademoiselle Léonide?
MADAME DE GENNETINES.
Lui , ô ciel ! il en est à cent lieues. C'est un ix. 20
3o6 LES DEUX SOEURS.
jeune homme très-distingué, qui aime l'esprit, qui aime la grâce, qui me plaît beaucoup.
M. DE NORMONT.
Vous savez ce que c'est que l'amour ?
MADAME DE GENNETINES.
Si je le sais !
M. DE NORMONT.
Il ne faut qu'un moment.
MADAME DE GENNETINES.
Mais quelle folie ! je ne pense pas du tout à ce jeune homme.
M. DE NORMONT.
Ce n'est pas cela que j'entends non plus; mais il pourrait penser à Léonide.
Il l'a vue venir au monde.
M. DE NORMONT.
Enfin je désirerais que vous parlassiez à madame votre sœur.
MADAME DE GENNETINES.
Je lui parlerai , soyez sans inquiétude.
M. DE NORMONT.
Plus tôt que plus tard.
MADAME DE GENNETINES.
Faut-il tout vous dire ? Je vous avouerai que dans sa rusticité ma sœur m'impose un peu.