SCENE VII. 3n
MADAME DELORME
Et vous , ma sœur ?
MADAME DE GENNETINES.
Il me faut du monde , de la société , des gens qui parlent.
MADAME DELORME
J'ai tout cela.
MADAME DE GEWNETINES.
Oh c'est-il donc?
MADAME DELORME
Dans mon voisinage. Vous connaissez déjà M. Fernand; vous verrez son père aujourd'hui.
MADAME DE GENNETINES.
Est-il aussi bien que son fils?
MADAME DELORME
C'est un général.
MADAME DE GENNETINES.
Il y a tant d'espèces de généraux ! A-t-il de bonnes manières ? est-ce un homme de bonne compagnie ?
Vous en jugerez.
MADAME DE GENNETINES.
Eh bien ! et les autres ?
MADAME DELORME
Les autres viendront à leur tour; je n'ai pas voulu vous accabler tout d'un coup.
3i2 LES DEUX SOEURS.
MADAME DE GENNETINES.
Vous avez eu tort. Accablez-moi au contraire, je ne demande pas mieux. Il me semble que je suis bonne à montrer.
MADAME DELORME
Je ne puis pas avoir vingt personnes ici tous les jours.
MADAME DE GENNETINES. -
Pourquoi cela ? C'est le seul agrément de la campagne. La première fois que j'irai à la ville, je tâcherai de vous avoir votre évêque. Il se trouve être de ma connaissance, et on dit qu'il aime assez à dîner dans les environs.
MADAME DELORME
Ah ! je vous en prie , ma sœur , ne m'engagez pas dans des liaisons qu'on ne peut plus rompre ensuite, si on le désire. Je reçois mon curé, c'est déjà bien assez ; et encore est-ce à condition qu'il ne me parlera pas comme à une ouaille. Mais des évêques , qui est-ce qui peut les empêcher de parler comme ils veulent ?
Il est singulier, madame Delorme, que moi qui ai fait quatre-vingts lieues pour venir vous voir , je ne puisse rien obtenir de vous. Quelle tentation voulez-vous que cela me donne pour revenir?