SCENE VI
madame GIGOT, CLÉMENTINE.
MADAME GIGOT
L'intrigante ! A-t-elle l'air sûre de son affaire ! Y aurait-il en effet quelque chose qui se préparerait? Elle n'aurait pas tant d'assurance si elle ne savait rien. Qu'en penses-tu, Clémentine?
CLÉMENTINE
Ah! maman, je m'arrange pour ne rien pen-
3g4 PAIR OU NON.
ser; dans la position où je suis, c'est ce qui me
paraît le plus sage.
MADAME GIGOT
Demander vingt mille livres de rente sur parole ! Mais c'est que , même à la condition de son avenir immense, je ne pourrais pas les donner. Vingt mille livres de rente ! c'est tout au plus s'il m'en resterait autant pour moi. Et une chose qu'il ne faut pourtant pas oublier, mou enfant , j'ai ton père.
CLÉMENTINE
Je ne l'oublie pas non plus, maman.
MADAME GIGOT
Quand il s'agit de mariage, on taxe les fortunes sans penser aux charges. D'ailleurs, je suis humi-' liée d'entendre ainsi marchander ma fille.
CLÉMENTINE
Il me semble au contraire, maman, qu'on ne veUt de moi qu'à prix fixe. Pauvre Anatole! Il n'y a que lui qui me prendrait pour rien.
MADAME GIGOT
Anatole est un excellent sujet, qui vaudra son père, s'il ne le surpasse, et qui ne sera pas aussi vain de son mérite personnel. S'il était mon fils , j'en serais fière.
CLÉMENTINE
Et de moi , maman , ne l'êtes- vous pas ?