SCENE VIL
M. LEGRAND
Le cabinet de Monsieur a pourtant grand besoin d'une réforme.
MADAME GIGOT
Le cabinet d'un homme qui n'est rien.
M. LEGRAND
Mon Dieu ! Madame, tous les jours nous sommes appelés chez des personnes qui n'étaient rien et qui parviennent tout d'un coup. Quand on a les moyens, on fait bien mieux de s'y prendre d'avance; l'ouvrage est plus soigné, et nos ouvriers ne sont pas obligés de passer les nuits.
MADAME GIGOT
Je sais bien que ce cabinet est composé de bric et de broc; j'y ai fourré tous les meubles dont je ne savais que faire. Pour y mettre de l'ensemble , quelle couleur choisirons-nous?
M. LEGRAND
C'est toujours la même chose. Pour les dames, des couleurs tendres, des couleurs indécises; et pour les hommes graves , ou qui doivent passer pour l'être, comme qui dirait les gens en place , du vert ou du cramoisi.
MADAME GIGOT
Est-ce que le coton se teint bien en vert?
M. LEGRAND
Ah ! Madame , du coton ! Je me suis fait une
loi de ne jamais contrarier mes administrés
mais du coton !
MADAME GIGOT
Qu'appelez-vous vos administrés ?
M. LEGRAND
Que Madame ne prenne pas cela en mauvaise part. Dans notre clientelle, nous faisons une distinction, les mauvaises pratiques et les administrés; nos administrés sont ceux qui nous paient.
( Clémentine ne peut s'empêcher de rire. ) MADAME GIGOT.
Tais-toi donc, Clémentine. J'en reviens aux cotonnades.
M. LEGRAND
Croyez-moi , Madame, toute cotonnade est de . la véritable drogue. La soierie d'ailleurs n'est-elle pas une des branches les plus importantes de l'industrie française? dans ce moment surtout où nos manufactures sont si à plaindre ! Le coton vient des Indes ; une grande partie se fabrique en Angleterre ; ce sont des prix connus ; tout le monde peut calculer ce qu'il en faut pour un ameublement : les franges, les bordures n'ont aucune valeur; il n'y a pas d'eau à boire. Je suis Français,