SCENE XXn
autrement garde. Je sentais pourtant bien que je ne devais plus le tutoyer; si je continuais, c'était par la crainte de lui faire de la peine.... mais ce grand jeune homme! cela me paraissait ridicule.
kiPAMJE; IAROGH6.
Il est certain qu'à vous voir tous les deux, des gens qui ne sauraient rien ne devineraient pas à quel titre vous le traitez aussi familièrement. Grâce à ce que vous n'avez jamais eu ni humeur, ni colère, ni violence, vos traits se sont conservés fort jeunes; les siens ont pris de là gravité, je vous assure que vous êtes du même âge.
MADAME HÉBEBT.
Monsieur Saint-Utsunt m'avait bien dit de ne pas entrer en explication avec vous, avant d'avoir renvoyé ce pauvre jeune homme.
MADAME LAROCHE
Bon hypocrite !
MADAME HÉBERT
Quel plaisir auriez-vous donc à me voir faire la folie d'épouser Raymond ?
MADAME LAROCHE
Si je trouvais que ce fut une folie , à coup sûr cela ne me ferait aucun plaisir; mais vous êtes peut-être la seule femme pour laquelle je ne voie pas d'incon* vénient à un pareil mariage. N'importe comment, vous l'aimez beaucoup ?
Ai-je tort? Ce petit Raymond ! •
388 LE 8EMINAMSTE.
MADAME LAROCHE
• Vous l'appelez petit?
MADAME HEBERT
Je l'ai élevé.
MADAME LAROCHE
On ne peut pas dire qu'on a élevé un jeutie homme qui avait déjà quatorze ans quand on a commencé à se charger de Uii, et qu'on a placé presque aussitôt dans un séminaire.
MADAME HEBERT
De penser qu'ir serait mon mari! Non,. madame Laroche 9 cela ne se peut pas. Ce n'est pas l'embarras, je crois le connaître assez pour être persuadée qu'il se conduirait toujours en galant homme.
MADAMlS LAROCHE.
Moi aussi.
MADAME HEBERT
Vu sa jeunesse, cependant, il serait possible qu'il se laissât aller à quelques légère^tés; il faudrait même m'y attendre, n'est-il pas vrai?
Il faut s'y attendre avec tous les hommes.
MADAME HÉBERT
Mais Raymond a le cœur trop bieii placé pour me donner jamais de chagrins sérieux; qu'en pensezvous?
MADAME LAROCHE
Une femme qui ne s'exagère rien , qui ne se tour-
SG£NE.XX1I. Sm
mente pas sur des sottises que les botnines oublient aussitôt qu'ils les ont faites; une femme comme VOU6, enfin, calme, pleine d'attentions, d'une bu-* meur égale, est toujours sûre d'être aimée, à moins de tomber dans les mains d'un diable incarné ou d'un sauvage.
MADAME HÉBERT
Je ne sais auquel entendre. Vous avez de l'amitié pour moi , je ne puis pas en douter ; d'un autre côté, je n'ai pas à me plaindre de monsieur Saint- Utsutit; que dois-je faire? Renvoyer Raymond au séminaire ^ je vois bien que c'est impossible; l'épouser
MADAME LA^BOCHE
Est plus facile.
MAJiAME HÉBËBT.
. Oui ; mais qtie ne va-ton pas dire 1
On dira que c'est un mari que vous vous êtes élevé à la brochette ; que vous êtes une femme de précaution; que vous voyez de loin;. mais comme il n'y a que la vérité qui offense , et qu'il n'y aura pas un mot de vrai dans tout cela, vous laisserez dire.
MADAME HÉBERT
Vous êtes un esprit tentateur.
MADAME LAROCHE
Bien désintéressé , au moins. Il m'est tellement dé-r montré que si vous ne prenez pas un défenseur, monsieur Saint-Utsunt finira par s'emparer de votre for-»
3M LE tfinilVAEISTK.
tune ; qu'il ne cherche depuis si loiig-temps à vous isoler de tous ceux qui vous aiment que dans ce seul but ; qu'il vous prépare l'existenoe la plus malheureuse
MADAME HIÉHBHT.
S'emparer de ma fortune ! il a deux fois mon âge*
MADAME LAROCHE
Si ce n'est pas pour lui , ce serait pour les siens ^ pour sa compagnie, pour sa troupe. Ruiner les liamilles, enrichir ses complices, c'est pour ces messieurs une action doublement méritoire. Quelle folie de livrer son bien à de vieux renards comme ceuxlà , plutôt que de se donner un joli petit mari , qui ne vous fatiguera que de sa reconnaissance !
MADAMB fiÊBERT.
Madame Laroche ^ faites-tooi le plaisii^ de m'envoyer Raymond. Il faut que je lui parle. Peut-être y a-t-il de l'exagération dans tout ce qu'on dit de ses sentimens pour mol, et je tâcherai de lui faire entendre raison.
MADAME LAROCHE
C'est juste; en l'évitant, vous auriez l'air de le craindre; et les choses en sont au point qu'il faudra bien que l'un de vous deux cède à la volonté de l'autre.
f ( Elle sort. )
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