SCENE XII. 4tt
MADAME DUMONT
Quelles sont donc les dames que je verrai ici ?
M. DES CONTOURS
Le voisinage est très-bien habité, les châteaux se touchent ; une demi-heue , une lieue tout au plus.
MADAME DUMONT
Avec de bons chevaux, ce n'est rien.
M. DES CONTOURS
Vous y trouverez la même conversation , les mêmes usages qu'à Paris, une bienveillance peut-être plus marquée, comme lorsqu'on se fait besoin les uns aux autres.
MADAME DUMONT
Je comprends. Il semble qu'on ait juré de vivre en famille.
M. DES CONTOURS, avec hésitation.
Comme nous sommes tous de la même classe....
Eh quoi ! au milieu des champs ?
M. DES CONTOURS
Où la vanité ne se glisse-t-elle pas? Il y a peu d'années, j'ai vu beaucoup d'hésitation pour savoir si on accueillerait la veuve d'un très-riche fabricant de Normandie, qui était venue acheter une des plus belles propriétés de ce canton. Demandez-moi pourquoi.
MADAME DUMONT
Alors je vous demande pourquoi?
M. DES CONTOURS
Une femme remplie de qualités, belle, ayant des manières excellentes, remarquable par son esprit....
MADAME DUMONt.
Que lui reprochait-on ?
M. DES CONTOURS, s'efforçant de rire.
Une niaiserie, une paijvreté; ce que nos dames appelaient son origine bourgeoise.
MADAME DUMONT
Quelle extravagance!
Quelques mois après, elle s'est remariée à un des nôtres, à un homme de nom....
MADAME DUMONT, avec une intention marquée.
Eh bien?
M. DES CONTOURS
Ce n'a plus été cela du tout. Les plus difficiles se sont jetées à sa tête, et c'est une adoration générale à l'heure qu'il est.
MADAME DUMONT
Vous me rassurez pour cette pauvre veuve de fabricant. Un homme de nom, un mari qui est des vôtres, je conçois. Mais, monsieur le baron, vous m'avez dit que votre terre relevait de celle-ci. J'ai assez de lecture pour savoir que, dans les anciens temps , vous auriez été tenu à me prêter aide et assistance lorsque je vous en aurais requis.