SCÈNE IV
LA HÈRE CHAUVEL, ensuite MADELAINE.
LA MÈRE CHAUVEL
Vlà donc c'te terre qu'appartenait à madame parce qu'elle avait appartenu à son père et à son grand-père , qui va appartenir à quelqu'un qui n'y a pas de droit. Bonté divine ! faut-il que j'aie assez vécu pour voir ça? Qu'est-ce que vont devenir toutes les provisions que j'avais faites, dans l'espérance que notre jeune maître nous reviendrait ? Est-ce que je dois les donner à c'te dame? non. Ce n'est pas de son temps, ça ne lui appartient pas. Je trouverai toujours ben moyen de les envoyer à Paris à monsieur Amédée. Des poires tapées, des pruneaux et du raisiné; n'y a pas d'jeune homme à qui ça ne fasse plaisir.
MADELAINE
Comment, mère Chauvel, vous n'êtes pas pus belle que ça? un jour comme celui-ci!
LA MÈRE CHAUVEL
Qu'est-ce qu'un jour comme celui-ci a donc de si superbe ?
Cette dame qui vient.
LA MÈRE CHAUVEL
Est-ce que ça me regarde ?
MADELAINE
Vous axez votre habillement de cotonnade rouge.
18 LES HOSfNEUmft.
LA MÈBE GHÀUYEL.
Ce n'est que pour les fêtes.
MADELÂINE.
C'en est une pour nous aujourd'hui.
LÀ MÈRE GHAUYEL.
Oui-daj je vous en fais mon compliment, ça n'en est pas une pour moi. Vous êtes jeune, vous, Madelaine, et aux jeunes gens, tout ce qui est nouveau paraît beau; à mon âge, ce n'est pas de même. Que votre nouvelle dame prenne tout, la chambre de madame, le lit de madame, le fauteuil de madame, ça ne vous fait pas saigner le cœur?
MADELAINE
Pisque madame ne peut plus s'en servir.
LA MÈRE CHAOVEL.
Elle a son petit-fils.
MADELAINE
C'est lui qui veut vendre.
LA MÈRE CHAUVEL
C'est-i ben sûr ? N'est-ce pas un tour qu'on veut lui jouer?
MADELAINÇ.
Est-ce qu'on joue de ces tours-là ?
LA MÈRE CHAUVEL
Son tuteur est un fin merie ; il va faire ses orges dans tout ça. C't enfant n'y entend goutte. Pau-