LA MARQUISE, LA BARONNE
LA BARONNE
C’est vraiment, mon cœur, une idée adnïirable que de vouloir remettre les soupers à la mode ; cela * vous fera le plus grand honneur, soyez-en siire. Tout ce qui reste de l’ancienne France vous en saura un gré infini. Pour moi, j’ai toujours été étonnée que la restauration n’ait pas commencé par-là.
• LA MARQLI.se, riiinl.
En vérité!
LA BARONNE
Eh! mais, sans doute. On va chercher une foule de choses dont même les gens de mon âge n’ont aucune connaissance , quand on a les soupers sous la main. Il n’y a pas de moyen plus sûr pour recréer le véritable esprit français.
■ LA MARQL'ISE.
J’étais bien jeune lors de l’émigration; mais je me rappelle que de tout ce que ma mère regrettait en France, les soupers étaient en première ligne.
. LE SOVPEn.
LA BARONNE
Elle y était si charmante, si enjouée !... Nous étions toutes comme cela alors.... Enfin, si les soupers reprennent, ce Sera toujours quelque chose.
LA MARQUISE
Il me semble que ce sera plus gai que tout ce que l’on fait aujourd’hui pour s’amuser.
LA BARONNE
On ne sait plus rien faire.
LA MARQUISE
Trou^’ez-vous , par exemple, une corvée plus ridicule que de tenir ce qu’on appelle un salon ouvert ; dç voir fondre chez soi une société qui n’est seulement pas de votre connaissance, et dont chaque figure ne reste tout juste que le temps qu’il faut pour vous déranger ?
LA BARONNE
Mais imaginez-vous bien qu’il n’y avait rien de cela autrefois.
LA MARQUISE
Quelle satisfaction peut-on trouver au milieu de ce mouvement d’ennuyeux qui, roulant de porte en jiorte le fardeau de leur oisiveté, vous forcent de participer à leur insipide caquetage, et à qui il faut encore avoir l’air de tenir compte de leur visite ?
LA BARONNE
Tout cela, je vous le répète, est de création nouvelle; ils ont inventé cela pendant noire absence, et