IV. ti
AVANT ET APnÈS.
méprise personne. Que ceux qui se croient plus gros que les autres, qui s’imaginent tenir plus déplacé dans ce monde, se prêtent imituellenient secours, rien de mieux; mais est-ce à nous à leur servir d’échelons? Autant avouer que tout le mérite est de leur coté, et que nous n’en avons pas; qu’il n’y a que parmi eux qu’on trouve de grands orateurs, des âmes nobles et désintéressées. S’ils ont leur vanité, j’ai aussi la nôtre. Je ne cache pas d’ailleurs que j’aime les députés qui parlent , et monsieur Charmel parlera. En lisant' le journal , on saura ce qu’il pense ; au lieu que le député de mon frère.....
M. DIJPRÉ.
Qui est-ce qui vous dit qu’il ne parlera pas?
M.iDAME JACQÜKSUN.
OÙ aurait-il appris ce qu’il dirait? Il n’a jamais eu de mémoire que pour se rappeler son nom. C’est vraiment pitié de voir un homme comme vous, un homme de mérite, croire qu’il ne faut qu’un nom pour faire un député. Et,' en bonne con.science, qu’est-ce que c’est que tous ces noms-là ?
MADAME DD PRÉ
Madame Jacquernin, on doit lespecter les classes.
MADAME JACQDEMIN.
Mais la France est bien une classe aussi , vous en conviendrez , et cependant on l’insulte tous les jours. Nous sommes des athées, nous sommes des l'évolutionnaires ; il faut nous brider, nous museler;
SCÊI^IE VI.
il n’y a pas de précautions qu’on ne doive prendre contre nous Et nous admirerons cela ; ik)Us trou-
verons que c’est juste? Avec la même éducation, la même fortune, les mêmes habitudes, nous conviendrons que nous sommes des inférieurs, et nous adjugerons la supériorité, à qui? à monsieur de bochebrute, dont le grand-père tenait une petite boutique d’orfèvrerie sous l’horloge de la cathédrale ; à son beaufrère , Jacques de rilerminerie, qui vend lui-iuéme ses bestiaux au marché; chose qu’à coup sûr aucun bourgeois ne voudrait faire? Et comme si ce n’était pas assez de ces supérièurs-là , il en sort tous les jours de dessous. les pavés. C’est le père un tel, c’est le frère un tel , c’est le révérend celui-ci, c’est l’abbé celui-là; tous gens exemplaires devant lesquels il faut s’humilier, et qui ne vous pardonnent d’être au monde qu’à condition que vous leur paierez la permission d’y rester.
MXDAME DUHRÉ.
Je ne sais pas où vous voyez tout cela. Monsieur Diipré et moi, nous sommes encore de ce monde, et nous n’avons payé personne.
MADAME JACQUEMIN
Il y a payer et payer. Si vous ne payez pas en argent , vous payez en complaisance ; vous choisissez les députés qu’on vous indique.
MADAME DCPRÉ.
La preuve du contraire, c’est que vous nous indiquer monsieur Charmel et que monsieur Dupré ne le porte pas.
AVANT ET APRES
MADAME JACQCEMIN.
Vous êtes donc enrôlée aussi dans ce parti-Ià, madame Dupré? Je vous en fais Ynon compliment. J’avais cru jusqu’ici que vous aimiez mon frère d’une manière plus éclairée ; on disait même que depuis les élections vous lui faisiez la guerre; c’était sur vous que l’on comptait pour le ramener à la raison. Il paraît que l’on .s’est trompé. Vous voilà tous les deux sous le charme, et je ne désespère pas de vous voir bieïjtôt abdiquer votre commerce et votre manufacture pour solliciter quelque emjdoi, et briller de tout l'éclat des gens qui ne sont bons à personne, et qui pèsent à tout le monde.
( Eli» >«rt. )