SCÈNE V
< I.A COMTESSE. ,
Eh! madame, ce n’est pas moi qui me serais per-' rais de prononcer son nom dans une pareille circonstance. . •
' DO.NA FRANCISCA. '
Entre nous, depuis votre mariage avec mon fils, je né vois plus guère de circonstances où vous puissiez vous occuper d’un homme qui a été son rival.
LA COMTESSE
Je plains tous les malheureux.
DONA FRANCISCA
Hors de notre parti, ma bru, on ne doit pas reconnaître dé malheureux; il n’y a que des coupables. Des hommes qui se soulèvent contre le gouvernement • sans que ce soit pour la bonne cause! cela fait frémir.
LA COMTESSE
* Vous avez raison, madame, et je dois me taire. Moi qui ai toujours admiré le courage et le dévouement; moi, fille, sœur, parente de proscrits qui tous ont donné l’exemple, si rare dans ce temps-ci, d’une fidélité sans bornes aux engagemens qu’ils avaient contractés, il faut, à mon âge, dans l’isolement où je vis, avec un cœur comme le mien, réserver tout mon, intérêt pour des opinions que je ne conçois pas, et dont le résultat est un exil.
DONA FRANCISCA
Telle est la direction de votre esprit ; c’est fort bien : mais envisagez les choses sous un autre aspect;
LE BlUGAIVD. •
lisoz les gazettes qui ont notre couleur, et vous verrez le changement qui se fera bientôt en vous. Vous saurez tout dé suite le dédain que l’on doit affecter en parlant de ceux qu’on redoute le 'plus; une utile médisance , une calomnie glissée à propos ne vous coûteront rien pour les perdre de réputation. Ce sont nos armes à nous autres femmes; nous n’avons que ce moyen de seconder lés hommes qui combattent pour notre cause, de nous associer à leur triomphe. Croyez-vous que cette part de gloire ne sôit pas assez belle pour lui faire le sacrifice <l’une mélancolie vaporeuse que toutes les véritables Espagnoles doivent désormais bannir de leur coçur ? ' ■ • ' ■ I ' !
LA COMTESSf:. '• '
O Dieu ! que je suis loin' de cette perfection ! il n’y a pas jusqu’à ce brigand dont le sort ne m’in- .téresse.