SCÈNE VII
LA COMTESSE, doua FRANCISCA , PAQUITTA , pahb MARCELLE.
DONA FHANCISdA;
Approchez donc, Marcelle.
DAME MARCELLE. y
Je ne demanderais pas mieux que de pouvoîr
marcher plus vite, madame; mais l’àge
DONA FRANCISCA
Paquitta veut nous intéresser au sort de cet homme qu’on a arrêté hier. Pensez-vous qu’il mérite 000*6 compassion ?
• DAME MARCELLE
Ce n’est pas le jugement de mademoiselle Paquitta
qui déterminerait le mien. Je n’ai jamais été une
femme légère ; je ne suis pas non plus une petite
coquette; et, sauf ce pauvre Fernando que j’avais ' «
8CÈI>iE VU. ' «H
épousé en tout bien tout honneur , aucun homme ne peut se vanter..
DONA FRANCISCA
C’est convenu , Marcelle.
DAME MARCELLE
‘•Mon 'opinion est donc dégagée de toute arrièrepensée, de toute séduction, de tout prestige; c’œt la vérité comme je crois la voir. Mes yeux ne se laissent fasciner ni par la jeunesse, ni par la beauté, ni par aucun signe extérieur; c’est l’âme que je juge; ce sont les bons sentimens.
DON A FRANC1.SCA.
Voilà justement sur quoi nous voulons avoir votre avis.
PAQUITTA.
Madame Marcelle a eu tout le temps de fixer ses
idées. ' ’
DAME MARCELLE
Ce n’est pas votre faute, mademoiselle; car vous, avez bien fait tout ce que vous avez pu pour me donner des distractions.
* LA COMTESSE k PatjuilU , qui va pour repoadro.
Silence, Paquitta.
DONA FRANClSCl'.
Vous savez, Marcelle, que je n’ai pas de préjugés; que le nom de brigand, sous lequel on désigne cet homme, ne me paraît qu’une désignation, et rien fie plus; ainsi, ne cherchez pas à le disculper’ soas
LE UltlGA^'D.
ce rapport, parce que c’est inutile. Dans un temps comme celui où nous vivons, les épithètes ne sigiii- 6ent que contre ceux dont on a à se plaindre. A quel parti le prisonnier appartient-il ?
DAME MARCELLE
C’est ce que je ne pourrais trop vous dft'C, noadfune. Les jeunes gens ont un regard si singulier à présent, que je ne saurais les deviner. Celui-ci a pourtant dans les yeux beaucoup de ce que Fernando avait à son âge;.... mais il a de plus, dans le sou de sa voix, surtout quand il pai'le à une femme
PAQLITTA.
C’est vrai.
DAME MARCELLE
Vous le voyez, Paquitta dit comme moi. C’est une douceur, une suavité, quelque chose qui vibré...»
PAQUITTA.
Dame Marcelle est encore bon juge.
DAME MARCELLE
C’est si surprenant de trouver cela dans un enfant, on peut dire; car qu’est -ce qu’il a? vingt-
quatre à vingt-cinq ans, tout au plus et une
prestance !....
LA COMTE.SSE
Paqiiitla, va donc lui chercher un manteau.
PAQUITTA.
Tout à l’heure, madame, (v M^rrcu..) Et comme il parle bien, dame Marcelle!
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SCEXE VII.
UAME MARCELLE.
Ses expressions se ressentent un peu de la vie qu’il mène ; mais elles n’en sont que plus frappantes.
DOSA FRASCISCA
Vous me donneriez presque envie de lui parler.
DAME MARGELLE
Vous ne perdriez pas votre temps, madame. Vous verriez un grand et beau garron plein d’énergie, et qui souffre impatiemment de ce que tant de braves gens comme lui se battent et se font tuer tous les jours au profit de petits insectes
DOSA FRANCISCA
Dame Marcelle, y pensez-vous? Quels sont ces insectes, je vous prie?
DAME MARCELLE
Apparemm^t ceux qui triomphent aujourd’hui, et qui nous envoient en exil.
DON A FRANCISCA
C’est là-dessus qu’il faut le faire expliquer avant de lui donner des manteaux.
LA COMTESSE
Sera-t-il moins souffrant quand il se sera expliqué?
DONA FRANCISCA
On dit qu'il parle mal de mon fils.
DAME MARCELLE
Quelle insigne calomnie! Paquitta, lui avez-vous
LE BRIGAND
entendu dire un seul mot contre raeoseigneur ?
PAQUITTA.
Au contraire, il regrette que monsieur le comte ne soit pas resté leur capitaine.
DUNA FRANCISCA
11 a été sous les ordres de mon fils ? Quand cela donc ?
DAME MARCELLE
Dans le temps.
DÜNA FRANCISCA
Cela ne m’apprend rien. Votre maître, comme homme politique, a dû se tenir toujours au courant de tous les évéïiemens.
PAQIUTTA.
Il n’est peut-être pas politique , lui. Il se sera tenu à la première opinion qu’il aura embrassée.
IX)NA FRANCISCA
.\loi’s, c’est un imbécile.
DAME MARCELLE
Imbécile! Ah ! madame, que l’on volt bien que vous ne l’avez pas entendu ! Il sait par cœur toutes les petites finesses , toutes les petites ruses qu’on invente chaque jour pour empêcher que personne ne puisse s’entendre. Il en rit malgré lui ; et tout de suite il ajoute : « Mais qu’on se batte donc, et— qu’une bonne fois la victoire reste aux plus braves. »
nONA FRANCISCA. '*
, Cela ne vaudrait rien du tout.