‹ Proverbes et comédies posthumes de CarmontelChapitre 179 sur 256 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

LA BARONNE, LA MARQUISE

LA MARQUISE

Ah ! roùs êtes èhariùante , d'être venue de bonne

heure!

la Baronne.

Tai dîné toute seule exprès , pour être libre de sortir quand je le voudrais.

LA MARQUISE

D fallait me venir demander à dîner.

LA BARONNE

Non , je voulais manger un morceau sur mes genoux, en écrivant, et en faisant ma toilette.

LA MARQUISE

Si j'avais su cela, j'aurais été chez vous* Gela ne ?ous aurait pas dérangée.

LA BARONNE

D&àngée ? vdtts , mon cœur P jamais.

Et puis , j'aurais pris un livre , et je vous aurais laissé écrire.

LA BAfcONNE.

le nfe l'eusse jamais souffert -, j'aime t*6p à causer **ec vous , pour en laisser échapper l'occàsiob.

LA MARQUISE

Il faudrait , pour cela , que j'eusse votre esprit.

LA BARONNE

Ah ! je vous en prie , ne me faites pas de ces complimens-là. Savez-vous , mon cœur, que, si le temps continue , nous aurons un printemps charmant.

LA MARQUISE

Je trouve que c'est une saison divine !

LA BARONNE

Il y a déjà des arbres qui verdissent. Le lilas , le chevre-feuille et l'épine , tout cela fleurit.

LA MARQUISE

Et la violette donc , l'humble violette ! je la trouve délicieuse ; c'est une odeur si douce ! comme elle s'insinue , comme elle arrive timidement jusqu'à l'âme sans qu'on s'en doute !

LA BARONNE

Oui ; mais c'est une odeur bien commune , bien bourgeoise !

Ah! dites bien pure , bien naturelle, bien suave.

LA BARONNE

Moi , je n'aime, en odeurs, que celles que vendent les parfumeurs.

LA MARQUISE

Quoi , mon cœur , vous ne trouvez pas que la violette vous rappelle le temps où vous étiez au couvent?

LA BARONNE

Ah ! ce temps-là peut-il se regretter? •

LA MARQUISE

Oui , sûrement ; c'est celui où l'on commence à sentie qu'on existe ; c'est l'aurore de la vie. Le cœur

se pénètre , se remplit de l'espoir de la plus douce volupté , et il la goûte déjà !

LA BARONNE

Voilà une jolie. volupté !

LA MARQUISE

On rêve agréablement , délicieusement , et Ton soupire,.... Ton soupire à chaque instant. Ah! je n'ai jamais soupiré comme cela , depuis que je suis dans le monde !

LA BARONNE

Vous n'avez donc pas aimé ?

Pardonnez-moi , j'ai aimé ; mais je n'ai jamais été aimée comme je croyais qu'on aimait.

LA BARONNE

Croyiez - vous donc qu'on aimait] comme dans les romans?

LA MARQUISE

Oui , sans doute ; et je les chérissais , je les adorais ces romans ! mais je ne les aime plus.

LA BARONNE

Pourquoi cela ?

LA MARQUISE

Parce que ce sont des menteurs.

LA BARONNE

Vous avez dû trouver des hommes qui savent aimer.

LA MARQUISE

Il me semble qu'il n'y en a point.

LA BARONNE

Oh ! que pardonnez-moi.

LA MARQUISE

Si vous prenez les désirs pour de l'amour , à la bonne heure.

276 LA PROPOSITION DE MARIAGE, grelteras un jour d'avoir refusé celle que Ton veut bien te donner.

M. DE ROSAN.

Non , jamais ; d'ailleurs , j'ai donne ma parole d'honneur à Saint- Alphart de ne point épouser mademoiselle Adélaïde.

M Ue . ADÉLAÏDE.

Oui , monsieur, nous nous aimons , et ce mariage assurera notre fortune , puisque M. le comte d'Olmar veut bien y consentir.

Il est vrai qu'il m'a dit que c'était son projet.

M. DE CLAIRANGE.

Vous voyez qu'il est très-raisonnable.

J'en conviens.

M"". DE CtAIRANGE.

En ce cas , pourquoi vous fâchez-vous contre votre neveu ?

M. DE SAINT-ALPHART.

Monsieur , s'il a sacrifié à l'amitié , doit-il en être puni ?

M œe . DE CLAIRANGE.

Allons , baron , le motif de sa résistance est trèslouable , très-généreux. Pardonnez-lui ; nous allons vous le demander à genoux.

Mais , la tête vous a-t-elle tourné à tous ? Je ne demande point qu'il épouse mademoiselle Adélaïde , et vous voyez là un sacrifice et une générosité où je ne comprends rien.

M. DE CLAIRANGE.

Il est pourtant très-vrai....

Oui , qu'il aime ailleurs ; et vous l'approuvez de

LA BARONNE

Pour leç sul(jttguer entièrement, il leur faut des tyrans , sans attraits , sans amour , qui ne savent que les dominer, sans qu'ils puissent se* drôfapdre,

LA MARQUISE

Est-ce que voua pourriez jamais employer de pareils moyen* ?

LA BARONNE

l Croyez - vous que je pourrais m'abaisser , m'humi-

«er à prendre aucun soin pour retenir un homme ?

LA MARQUISE

Maif , %i vous l'aimiez véritablement?

On np me verra jamais aimer la dernière.

LA MARQUISE

Et vous croyez que le chevalier vous aime beaucoup ?

LA BARONNE

Avec lui , je n'ai jamais compté sur une passion.

LA MARQUISE

Je ne comprends pas son peu d'empressement, combien il est peu occupé de vous.

LA BARONNE

Il est fort aimable !

LA MARQUISE

Sans doute 5 je sais qu'il en a la réputation \ mais je ne le crois pas capable d'aimer sincèrement.

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