SCÈNE PREMIÈRE
LA BARONNE, LA MARQUISE
LA MARQUISE
Ah ! roùs êtes èhariùante , d'être venue de bonne
heure!
la Baronne.
Tai dîné toute seule exprès , pour être libre de sortir quand je le voudrais.
LA MARQUISE
D fallait me venir demander à dîner.
LA BARONNE
Non , je voulais manger un morceau sur mes genoux, en écrivant, et en faisant ma toilette.
LA MARQUISE
Si j'avais su cela, j'aurais été chez vous* Gela ne ?ous aurait pas dérangée.
LA BARONNE
D&àngée ? vdtts , mon cœur P jamais.
Et puis , j'aurais pris un livre , et je vous aurais laissé écrire.
LA BAfcONNE.
le nfe l'eusse jamais souffert -, j'aime t*6p à causer **ec vous , pour en laisser échapper l'occàsiob.
LA MARQUISE
Il faudrait , pour cela , que j'eusse votre esprit.
LA BARONNE
Ah ! je vous en prie , ne me faites pas de ces complimens-là. Savez-vous , mon cœur, que, si le temps continue , nous aurons un printemps charmant.
LA MARQUISE
Je trouve que c'est une saison divine !
LA BARONNE
Il y a déjà des arbres qui verdissent. Le lilas , le chevre-feuille et l'épine , tout cela fleurit.
LA MARQUISE
Et la violette donc , l'humble violette ! je la trouve délicieuse ; c'est une odeur si douce ! comme elle s'insinue , comme elle arrive timidement jusqu'à l'âme sans qu'on s'en doute !
LA BARONNE
Oui ; mais c'est une odeur bien commune , bien bourgeoise !
Ah! dites bien pure , bien naturelle, bien suave.
LA BARONNE
Moi , je n'aime, en odeurs, que celles que vendent les parfumeurs.
LA MARQUISE
Quoi , mon cœur , vous ne trouvez pas que la violette vous rappelle le temps où vous étiez au couvent?
LA BARONNE
Ah ! ce temps-là peut-il se regretter? •
LA MARQUISE
Oui , sûrement ; c'est celui où l'on commence à sentie qu'on existe ; c'est l'aurore de la vie. Le cœur
se pénètre , se remplit de l'espoir de la plus douce volupté , et il la goûte déjà !
LA BARONNE
Voilà une jolie. volupté !
LA MARQUISE
On rêve agréablement , délicieusement , et Ton soupire,.... Ton soupire à chaque instant. Ah! je n'ai jamais soupiré comme cela , depuis que je suis dans le monde !
LA BARONNE
Vous n'avez donc pas aimé ?
Pardonnez-moi , j'ai aimé ; mais je n'ai jamais été aimée comme je croyais qu'on aimait.
LA BARONNE
Croyiez - vous donc qu'on aimait] comme dans les romans?
LA MARQUISE
Oui , sans doute ; et je les chérissais , je les adorais ces romans ! mais je ne les aime plus.
LA BARONNE
Pourquoi cela ?
LA MARQUISE
Parce que ce sont des menteurs.
LA BARONNE
Vous avez dû trouver des hommes qui savent aimer.
LA MARQUISE
Il me semble qu'il n'y en a point.
LA BARONNE
Oh ! que pardonnez-moi.
LA MARQUISE
Si vous prenez les désirs pour de l'amour , à la bonne heure.
276 LA PROPOSITION DE MARIAGE, grelteras un jour d'avoir refusé celle que Ton veut bien te donner.
M. DE ROSAN.
Non , jamais ; d'ailleurs , j'ai donne ma parole d'honneur à Saint- Alphart de ne point épouser mademoiselle Adélaïde.
M Ue . ADÉLAÏDE.
Oui , monsieur, nous nous aimons , et ce mariage assurera notre fortune , puisque M. le comte d'Olmar veut bien y consentir.
Il est vrai qu'il m'a dit que c'était son projet.
M. DE CLAIRANGE.
Vous voyez qu'il est très-raisonnable.
J'en conviens.
M"". DE CtAIRANGE.
En ce cas , pourquoi vous fâchez-vous contre votre neveu ?
M. DE SAINT-ALPHART.
Monsieur , s'il a sacrifié à l'amitié , doit-il en être puni ?
M œe . DE CLAIRANGE.
Allons , baron , le motif de sa résistance est trèslouable , très-généreux. Pardonnez-lui ; nous allons vous le demander à genoux.
Mais , la tête vous a-t-elle tourné à tous ? Je ne demande point qu'il épouse mademoiselle Adélaïde , et vous voyez là un sacrifice et une générosité où je ne comprends rien.
M. DE CLAIRANGE.
Il est pourtant très-vrai....
Oui , qu'il aime ailleurs ; et vous l'approuvez de
LA BARONNE
Pour leç sul(jttguer entièrement, il leur faut des tyrans , sans attraits , sans amour , qui ne savent que les dominer, sans qu'ils puissent se* drôfapdre,
LA MARQUISE
Est-ce que voua pourriez jamais employer de pareils moyen* ?
LA BARONNE
l Croyez - vous que je pourrais m'abaisser , m'humi-
«er à prendre aucun soin pour retenir un homme ?
LA MARQUISE
Maif , %i vous l'aimiez véritablement?
On np me verra jamais aimer la dernière.
LA MARQUISE
Et vous croyez que le chevalier vous aime beaucoup ?
LA BARONNE
Avec lui , je n'ai jamais compté sur une passion.
LA MARQUISE
Je ne comprends pas son peu d'empressement, combien il est peu occupé de vous.
LA BARONNE
Il est fort aimable !
LA MARQUISE
Sans doute 5 je sais qu'il en a la réputation \ mais je ne le crois pas capable d'aimer sincèrement.