SCÈNE VIL
M. DUVERBOIS.
Est-ce la perte de madame Lacour qui vous rend si triste ? il est vrai q\ie sa mort fait frémir!
M™*' ADOLPHE
J'en suis bien fâchée ; mais j'ai un autre sujet de peine.
jy,me DUVERBOIS.
Je n'ose vous le demander.
M'"*' ADOLPHE
Je vftux bien vous la dire, par la coafiance que j'ai en vous, quoique je sache bien que mon mal est sans remède.
M. DUVERBOIS..
Et que peut-il arriver à une personne aussi sage que vous ?
M"^^ ADOLPHE
Je ne le suis plus , et c'est le jeu qui m'a démontée.
M. DUVERBOIS.
Vous, le jeu! et connoissez-vous les cartes ?
M*"^ ADOLPHE
Je n'avois jamais voulu les connoître, et avois la force de résistera toutes mes amies qui vouloient jouer chez moi; je me trouvois heureuse de m'étre garantie des chagrins et des mauvais procédés que le jeu leur attiroit souvent; mais, pour mon malheur, j'allai hier chez madame Dumay;je la trouvai jouant avec trente fennues. On me proposa de mettre une pistole sur une carte, je résistai; on me pressa, je crus devoir me rendre pour ce moment, et, sans m'asseoir, je jetai ma pistole, je la perds; j'en mets une autie, je la perds de même; je me veux acquitter, j'en mets deux, les voilà perdues; et moi piquée, je prends un siège, je m'em-
barque, et enfin je perds une somme que je n'ose proférer, qui m'affligera et m'incommodera toute ma vie.
M. DUVERBOIS.
Vous avez raison de dire que ce malheur est sans remède, je ne puis que vous plaindre, et blâmer les maris qui souffrent de tels dérèglements.
L'occasion fait le larron.