SCÈNE IX
M™* DE DURTAL
Je doute que la mode des demoiselles de Saint-Cyr dure long-temps. J'en ai une qui me fera perdre l'esprit.
^jme jju CHATELET.
Comment ! on dit qu'elles sont si sages, si bien instruites et si raisonnables !
M"*® DE DURTAL
Je le veux croire : mais on ne peut pas se confier à elles. Jugez-en par ce que je vais vous dire :
J'allai l'autre jour à Notre-Dame pour entendre la messe; j'avois cette demoiselle , elle se met derrière moi, car je lui avois recommandé de ne s'en pas éloigner |k La messe finie, je m'en allai, et, quand je.
fus arrivée , je demandai celte fille pour venir travailler dans ma chambre ; on ne la trouve point, nous voilà bien effrayées; je demande si elle n'est point rentrée avecmoi , on m'assure que non. Je renvoie à Notre Dame , on la trouve à la porte , le peuple assemblé autour d'elle, qui lui demandoit son nom, et la rue de la personne chez laquelle elledemeuroit.
Elle sa voit mon nom , mais elle ignoroit la rue, le quartier, s'il étoit près, s'il étoit loin ; si la porte étoit cochère ou non, si la maison étoit grande ou petite; enfin on n'anroit pu rien comprendre de ce qu'elle vouloit : on me la ramène, je la gronde de cette aventure qui pourroit perdre sa réputation. Elle me répond qu'elle ne m'a pas vue sortir , parce qu'elle regardoit les tableaux qui sont dans l'église.
M™^ DU CHATELET
Voilà qui est d'un enfant de sept ans.
M™® DE DURTAL
Il y en a bien d'autres. Je lui dis un jour de venir dès le matin écrire , sous moi , un grand nombre de lettres. Je l'at-
DE MADAME DE MAINTENOW. Io3
tendis long-temps , je la demandai, on me dit qu'elle dormoit ; je l'envoyai éveiller, elle vint. D'où vient, lui dis-je, que vous n'êtes pas venue? on ne m'a pas éveillée, répondit-elle; enaviez-vous chargé quelqu'un ? non madame , dit-elle fort froidement, je ne savois pas à quelle heure il falloit vous aller trouver. Est-il possible , lui dis-je, que, depuis que vous êtes ici, vous ne sachiez pas l'heure de mon réveil ?
M"*® DU CHATELET
Est-ce qu'elle n'a pas d'esprit ?
M"^'' DE DURTAL
Elle en a, elle fait mille choses , elle est sage, bien instruite, mais incapable et ne s'avisant de rien ; la voici.