LIÎ MARQUIS, LA MARQUISE
LA MARQUISE, arrangeant encore sa robe devant la glaoe.
Maintenant, monsieur, je suis tout à vous, causons.
LE MARQUIS, à part et la regardant.
Dieu ! avec quel bonheur je lui dirais combien elle est belle, si ce n'était Tapoplexie foudroyante I
LA MARQUISE
Qu'avez-vous ?
LE MARQUIS
Rien!
LA MARQUISE, du ton le plus doux.
Si vraiment, et c'est là-dessus que je voulais m'expliqnor franchement avec vous ! Vous avez quelque arrière-pensée !
LE MARQUIS
Non, madame.
LA MARQUISE, tendrement.
Bien vrai? notre discussion d*hier ne vous a laissé aucur fâcheux souvenir?
LE MARQUIS
Je vous l'atteste.
LA MARQUISE, de même.
Vous n'êtes plus fâché ? vous ne m'en voulez plus ?
LE JKUNE DOCTEUR Ou
LE MARQUIS
Non, madame.
LA MARQUISE
Vous ne dites pas cela d'un ton pénétré, d'un accent... qui parte du cœur.
LE MARQUIS, areo ohalenr.
Quoi ! vous pourriez douter?...
LA MARQUISE
Nullement; je ne demande qu'à vous croire, qu'à <Urc persuadée. C'est vous qui ne le voulez pas I
LE MARQUIS, la regardant aveo des jeaz animés.
Moi, madame, je ne le veux pas I Moi, qui vous admire ! moi, qui vous aime plus que ma vie ! (Se retenant.) Ah ! mou Dieu ! qu'est-ce que je dis là ?
LA MARQUISE
Qu'est-ce donc? d'où vient ce trouble?... Vous rougissez.
LE MARQUIS, vivement.
Moi rougir!... (a part et se regardant dans la glace.) DieU ! si c'était un commencement d'attaque ! (Se promenant vivement dans
la chambre.) Je crois en effet que le sang me monte à la tête.
LA MARQUISE, le regardant avec étonnement.
Mais à qui en avez-vous donc? àquoi pensez-vous?
LE MARQUIS
Vous me le demandez, madame, vous me le demandez 1...
LA MARQUISE
Eh oui ! sans doute.
LE MARQUIS
A mon discours, qui malgré moi me préoccupe... et dont toutes les phrases me reviennent sans cesse à l'esprit; car si vous saviez, madame, ce que c'est qu'un discours...
66 PROVERBES — NOUVELLES — ROMÀNB
tk MARQUISE, avec humeur.
Eh ! monsieur, il ne s'agit pas ici de discours I
LE MARQUIS
Tenez, voulez-vous me permettre de vous le lire?...
LA MARQUISE, ayec impatience.
Monsieur!...
LE MARQUIS
C'est l'affaire d'une demi-heure; et vous me donnerez votre avis... comme je vous ai donné le mien sur votre nouvelle robe I
LA MARQUISE
An nom du ciel !...
LE MARQUIS
Je vous préviens cpie si vous m'interrompez, je m'en vais... oui, madame, je m'en irai... c'est plus prudent.
LA MARQUISE
Non, monsieur, vous vous expliquerez, vous resterez.
LE MARQUIS
Je ne le puis !...
LA MARQUISE
Et moi, je le veux I
Je le veux?... Madame, j'aurais pu céder, mais un mot comme celui-là me rend toute mon indépendance; parce que moi, qui fais des lois, je ne m'en laisserai pas imposer; et vous devez toujours voir en moi le pouvoir législatif.
LA MARQUISE
Législatif, à la bonne heure! mais pour exécutif...
LE MARQUIS, arec colère,
Qu'est-ce à dire?,,,
LA MABQUISE^ de même.
Que vous ne savez rien faire, rien exécuter de ce qui esi iHen... de ce qui est convenable.
(juUe oayrant la porte et annonsant M. le docteur Ernest.) LE MARQUIS, à part.
Dieu soit loué ! (AUant à lui.) Venez donc, mon cher docteur ; vous arrivez à propos pour interrompre un tôte-à-tète conjugal.
ERNEST, saluant la marquise.
Ma présence est peut-être indiscrète?
LE MARQUIS
Du tout... nous allions nous disputer.
ERNEST
J'ai remis à votre valet de chambre, monsieur le marquis, ce que je vous avais promis.
A merveille I et pour commencer, je vais faire le tour du bois de Boulogne.
LA MARQUISE
Comment, monsieur!
LE MARQUIS
C'est par ordonnance du médecin... demandez-le-lui, il vous le dira... Je reviendrai pour dîner... (a Emest.) Et je vous dirai alors comment je me trouve de ma promenade, car vous êtes des nôtres, vous nous restez.
ERNEST
Monsieur le marquis...
LE MARQUIS
Vous acceptez... c'est convenu... D'ici là vous tiendrez compagnie à ma femme. Adieu, chère amie, adieu, docteur. Mille pardons de vous laisser ainsi, mais la santé avant tout.
68 PnOVERBKS — NOUVELLES — ROMÀ
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