‹ Proverbes, nouvelles, romansChapitre 68 sur 78 · CAMILLE, HENRI · texte numérisé non relu

CAMILLE, HENRI

HENRI

Pardon, mademoiselle, pardon d'oser me présenter aussi Vnisquement et sans me faire annoncer. Un domestique que

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j*ai rencontré m'avait assuré que je trouverais dans ce pavillon le vicomte Edouard... que je désirais voir avant mon départ... afin de lui demander ses commissions pour Paris.

CA&IILLB.

Vous partez donc toujours ?

Ce matin, dans une demi-heure... mais non pas, comme le croyait madame Desgravilliers... pour faire un riche et ^rillant mariage.

CA!aiLLE.

Elle me l'a dit hier soir... au moment où nous quittions le bal ensemble... (Après un instant de silence.) C'est sans doute quelque place... quelque poste important qui vous appelle à Paris?

HENRI

Non, mademoiselle ; je n*ai là ni protecteur, ni fortune à attendre.

CAMILLE

Comment alors abandonnez-vous en ce pays une position que Ton dit fort belle?... fout le monde assure que vous avez de grandes chances pour être nommé représentant.

HENRI

Je crois qu'on se trompe, mademoiselle.

CAMILLE

Mais enfin, à votre place, j'essayerais... j'attendrais.

HENRI.-

Ce serait une aéception de plus... el je vais, en partant, envoyer cette lettre par laquelle je renonce à toute candidature.

CAMILLE

Mais vous avez tort, monsieur... très-grand tort... Coi> sultez plutôt vos amis...

Je n'en ai pas, mademoiselle.

CAMILLE

On en a souvent plus qu'on ne croit, et ils vous diront tous qu*à votre âge il faut être ambitieux...

^ HENRI

Je le suis peut-être au-delà de ce que vous pouvez croire. Mon ambition, à moi, s*est, au contraire, élevée trop hautl... Elle a osé aspirer à un bien si grand et si précieux que tout ce qui n'est pas lui me laisse désormais insensible et indiffé^ rent.

CAMILLE

J'ignore quel est ce bien dont la possession inspire Féloignement et le mépris de tous les autres... c'est là un triste avantage... mais, en tout cas, le découragement et le désespoir n'ont jamais été des moyens d'arriver au but qu'on se proposait. Ce but, quel qu'il soit... il faut le mériter et s'en rendre digne.

HENRI

Et comment?

CAMILLE, avec émotion.

Je ne suis qu'une femme... mais il me semble que nous vivons dans un temps où chacun se doit à son pays... car jamais notre pays n'a eu plus besoin du talent et du courage de chacun... Et lorsqu'on vous offre une occasion de le servir... de défendre la cause des honnêtes gens... d'acquérir pour vous gloire et renommée... vous vous éloignez...

HENRI, aT«c joie et espoir.

Non, non, je resterai!...

CAMILLE

Bien! monsieur Henri...

HENRI

Mais il faut du temps pour arriver... et pendant que mes

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jours se consumeront dans le travail et l'étude, si, pour prix de mes efforts... ce bien, le rôve de ma vie... tombe au pouvoir d'un autre...

CAMILLE, baissant les yeux.

Je connais des gens qui savent attendre... et qui pensent qu'avec le mérite, le temps et la persévérance, tout est possible!...

HENRI

Ah ! dussé-je mourir avant de parvenir au but... l'espoir seul de l'entrevoir, me donnera la force de vaincre tous

les obstacles ! . . . (ll fait quelques pas pour sortir ; on ferme en dehors la porte du fond.) Qu'cntends-je ? (n fait quelques pas vers la porte à

droite que l'on ferme aussi.) Ëli ! maîs il me semble qu'on fait des barricades de ce côté I

CAMILLE

Nous enfermer ensemble dans ce pavillon, qu'est-ce que cela signifie?...

DESGRAVILLIERS, criant du dehors.

Nous VOUS tenons enfin et vous ne pouvez nous échapper...

HENRI, frappant à la porte.

Il y a quelque erreur, monsieur... C'est moi, Henri Melval...

DESGBAVILLIERS, en dehors.

Raison de plus.

HENRI

Daignez de grâce m'ouvrir !

DESGRAVILLIERS, en dehors*

Non pas!...

HENRI

Mais je ne suis pas seul.

DESGRAVILLIERS, de même.

Je le sais bien.

HENRI

Le hasard me fait trouver ici, en ce moment, avec une autre personne.

DESGRAVILLIERS.

Nous ne l'ignorons pas... aussi un peu de patience !... le temps seulement de constater le fait... et vous serez libres...

CAMILLE, toute tremblante et tout étonnée.

Que dit-il là ?

C'est absurde !

DESGRAVILLIERS, en dehors.

Nous avons nos témoins, et nous n'attendons que l'arrivée de l'officier ministériel... pour dresser le procès-verbal.

HENRI, en dedans du pavillon et frappant à la porte.

Je VOUS répète, monsieur, que je suis ici avec une personne de votre connaissance... avec une jeune dame.

DESGRAVILLIERS, toujours en dehors.

Dont nous allons constater l'identité !

HENRI

Avec mademoiselle de Solanges, votre pupille...

DESGRAVILLIERS, en dehors.

A d'autres... nous ne nous laissons pas prendre à de pareilles ruses... Ah! voici M. le commissaire... (a voix haute.) Que l'on ouvre maintenant!... que l'on ouvre toutes les portes !...

(Les deux portes et les fenêtres s'ouvrent ù la fois, Camille effrayée se réfugie près de Henri au moment où tous les gens qui étaient en dehors se précipitent dans le pavillon.)

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