SCÈNE IL
Combien de fois, quand f arrivais trop tard, lui ai-je dît que je venais de la répétition î
LE SUISSE
Oui , et au théâtre vous dites que vous avez été retardé par l'office. C'est commode.
JULIEN
Il paraît que nous en avons un d'une aune , aujourd'hui. Ce qui m'amuse, au moins, c'est qu'avec les missionnaires on chante en français et sur des airs connus ; c'est plus gai.
LE SUISSE
Malgré cela, la moitié de voire monde ne sait pas encore un mot.
JXTLIEN.
Je suis là, soyez tranquille*.. Ah ça, nous avons l'air du chœur de Robin des bois :
Chrétien diligent.
Taîr de Gabrielle... Allons, tout est mêlé avec les parties de complies d'hier!
( Entre le Bedeau. } LE BEDEAU.
Monsieur Julien, j'aurais une communication secrète à vous faire.
LE SUISSE
Messieurs, ne vous gênez pas.
(Il sort.)
JOUEN.
Qu'est-ce donc, mon ancien?... Vous êtes toujours l'homme aux mystères.
LE BEDEAD.
Monsieur Julien , vous savez que je vous aime , quoique vous me plaisantiez souvent. Cela m'est égal parce que vous êtes un bon enfant , et que vous savez oflfrir un litre dans l'occasion.
JULIEN
Après l'office, si vous voule« , mon vieux.
LE BEDEAU
Ce n'est pas de refus ; mais il s'agît d'autre chose de plus conséquent. J'ai de l'expérience, voyezvous, et ce que j'entends ne tombe pas, comme oi^ (Mt, dans l'oreille d'un sourd. Or donc, j'étais tout à l'heure <îhez monsieur le curé ; deux pères causaient avec lui , et vous jugez si je me suis pressé de sortir lorsque j'ai entendu prononcer votre nom ! J'étais en train de plier des aubes : j'en ai vite chiffonné deux ou trois pour avoir encore quelque chose à faire. Là-dessus , un des pères a dit que c'était un scandale , et qu'un homme qui chantait au théâtre ne pouvait chanter à l'église.
JULIEN
Il a tort : c'est plutôt ceux qui chantent à l'église , qui ne pourraient guère chanter au théâtre. Enfin ?