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Province de Constantine

La pensée de cet ouvrage a été conçue dans les derniers jours de l’année i836. L’expédition de Constantine paraissait alors résolue. Je crus qu’il serait avantageux de réunir dans un petit volume tous les renseignemens utiles pour la guerre et l’administration, tous les détails sur la statistique de la province de Constantine, qu’on pouvait recueillir dans l’antiquité grecque, romaine ou arabe, et dans tous les voyages modernes dont quelques-uns , encore inédits , sont entre mes mains. Cette idée a reçu l’approbation et les encouragemens de plusieurs personnes éminentes dans le gouvernement et dans l’armée. Mais quelque peu considérable que dût être ce volume, l’opinion généra-

iement répandue que l’expédition se ferait au commencement d’avril^ resserrait dans des limites très étroites le temps que je pouvais y consacrer. Cependant^ pour que l’ouvrage remplît son but d’utilité pratique, il fallait qu’il fut imprimé avant le i®' avril au plus tard. Cette précipitation obligée pourra peutêtre servir d’excuse pour les oublis involontaires que J’aurai commis, et pour les fautes, soit de rédaction , soit d’inadvertance , qui auraient été probablement corrigées, si j’avais eu plus de temps k ma disposition. J’avouerai même que le travail n^aurait pu se trouver prêt k l’époque fixée, si je n’avais été puissamment aidé par le zèle et l’activité d’un jeune ami, M. H. Géraud, élève de l’école des chartes.

Je me suis presqu’entièrement abstenu de toutes conjectures, de toutes déductions, même lorqu’elles m’ont semblé le plus probables (i). Mon but était, je le répète, de

(i) Les questions que je ne fais qu’indiquer ici seront traitées à fond dans un ouvrage spécial que je compte publier dans quelque temps.

retiair le plus grand nombre d’indications utiles, soit pour la marche de l’armee, la viabilité des routes, la navigabilité des rivières, soit pour la connaissance du climat et des saisons, soit pour les moyens de nourriture et de transport des vivres, soit pour les mœurs, le caractère, la force des tribus arabes ou berbères qui sont répandues dans toute l’étendue dubeylick de Constantine. Je n’ai point négligé de signaler leurs inclinations, leurs penchans à une civilisation plus ou moins avancée, les moyens qu’on a jugés de tout temps les plus propres, a opérer la fusion des peuples, des mœurs, des croyances, à amener enfin la soumission et la pacification de ces belles contrées. Cependant je ne présente ces documens qu’avec beaucoup de réserve^ parce que les renseignemens les plus exacts et les plus complets que nous possédions sur cette partie de la régence , datent déjà de 5o années.

J’ai cru devoir ajouter encore (car les sciences ont leur utilité pour l’administration et le gouvernement, et d’ailleurs elles sont une des gloires de la France) tous 1es>

renseignemens, quoique souvent vagues et incomplets^ que les auteurs anciens et les voyageurs modernes nous ont transmis sur les plantes economiques, sur la minéralogie, la zoologie, la géologie et la climatologie de la province de Constantine.

Je n’ai point cru devoir négliger les indications qui pourraient avancer l’étude de l’archéologie et de la géographie comparée, puisque déjà l’armée française, dans sa dernière marche sur Constantine, a recueilli plusieurs faits nouveaux et curieux sur cette matière. J’ai donc indiqué avec soin toutes les positions désignées par des inscriptions trouvées sur place, toutes les ruines visitées et décrites par les voyageurs modernes, toutes celles qui, moins importantes, ne leur ont pas semblé dignes d’une description particulière. J’y ai joint quelques localités mentionnées par les historiens anciens et dont l’emplacement , quoique circonscrit dans des limites étroites, n’est pas encore déterminé d’une manière positive. J’ai reproduit les noms propres arabes ou berbères tels qu’ils ont été donnés par les voyageurs, sou-

vent peu familiers avec les langues orientales; plusieurs de ces noms^ je n’en doute pas , altérés par une audition imparfaite et par leur transcription dans les divers langages européens, seront devenus me'connaissables pour les orientalistes ; mais ils étaient déjà placés depuis long-temps sur les cartes sous cette forme, et J’ai cru devoir la respecter. Je me suis contenté de ramener à l’orthographe et à la prononciation françaises les noms propres transcrits avec des lettres différentes par les Allemands, les Italiens et les Anglais qui ont voyagé dans ce pays. Enfin, pour compléter, autant que possible, les indications géographiques, j’ai cru devoir transcrire à la fin du volume, les extraits de l’Itinéraire d’Antonin et de la Table de Peutinger pour les anciennes routes qui traversaient en tout sens la province de Constantine. J’espère, en publiant incessamment les voyages manuscrits de Peyssonnel et de Des-fontaines, pouvoir exécuter le même travail pour les provinces de Tittery et d’Oran et compléter ainsi un essai de statistique ancienne et moderne de la régence d’Alger.

Ainsi, la description^physique du pays, la statistique spéciale, l’archëologie et la geographie comparée se trouvaient naturellement indiquées comme divisions principales de ce petit ouvrage.

Je suis d’autant plus fondé à croire que ce travail répond aux besoins de l’administration et aux désirs du gouvernement, que deux ministres, à deux époques différentes, ont provoqué successivement le zèle et les efforts des sa vans sur ces importantes questions. Le i8 novembre i833, M. le maréchal duc de Dalmatie, ministre de la guerre, écrivait à l’académie des inscriptions et belles-lettres :

(( L’occupation de la régence d’Alger, par les troupes françaises, qui a rendu la sécurité au commerce de la Méditerranée et ouvert des voies nouvelles a la civilisation européenne, ne doit pas rester sans résultat pour la science, et, de son coté, la science ellemême peut concourir à cette œuvre de civilisation qui commence en Afrique sotis la protection de nos armes. Quelques personnes, qui s’occupent avec une attention éclairée des

affaires d’Alger, m’ont signale, et j’ai senti moi-même les avantages que, sous ce double rapport, pourraient offrir une bonne géographie de la Mauritanie, sous la civilisation antique, et une histoire de la colonisation des Romains dans cette contre'e, des institutions qu’ils y avaient fondées, des rapports qui s’étaient établis entre eux et les indigènes.

« Je n’ai pas besoin d’insister sur l’intérêt scientifique de ces recherches; celui qu’elles auraient pour l’administration n’est pas moins évident. Les circonstances naturelles qui avaient déterminé les Romains à s’étendre dans telle ou telle direction, la fertilité respective des terres, le cours des rivières, le gisement des montagnes, les attérages des côtes, n’ont pas changé ; les Kabayles d’aujourd’hui ont conservé le type des mœurs et du caractère des peuples qui habitaient leur pays, il y a deux mille ans ; et il me semble d’une utilité réelle, d’étudier les circonstances sous l’influence desquelles se développa la population de certaines villes, de retrouver le tracé des routes antiques, de

constater par la viabilité passée des rivières aujourd’hui obstruées^ par la salubrité' des contrées que nous trouvons inhabitables, la possibilité qu’il y aurait de se replacer dans des conditions également favorables.

(( - De son côté, l’administration est en

mesure d’offrir un concours qui ne sera pas sans avantage. Le gouvernement a fait explorer une partie des côtes occupées par nos troupes, et les travaux des officiers d’étatmajor et des ingénieurs géographes de l’armée de terre et de la marine ont déjà jeté quelques lumières sur des points obscurs de la géographie moderne. Je m’empresserai de mettre à la disposition de l’académie, ce que possède a cet égard mon département, etc. ))

Le 22 janvier i835, M. le maréchal duc de Trévise étendit encore le cercle d’investigations tracé précédemment par M. le duc de Dalmatie.

(( En demandant, dit-il, qu’on voulût bien s’occuper des recherches historiques propres à faire connaître l’état de l’Afrique

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SOUS la domination des Romains, mon prédécesseur n’avait nullement entendu limiter à cette période les investigations auxquelles on jugerait convenable de se livrer, et n’avait pas perdu de vue de quelle importance il était à la fois pour la science et l’administration de bien connaître également tout ce qui se rapporte à l’établissement des Arabes en Afrique, et des Turcs sur la côte d’Alger.

(( Avant de donner suite à ces propositions dont Je reconnais toute l’importance et l’utilité, il me paraît nécessaire d’attendre les progrès ultérieurs et la consolidation de l’autorité française en Afrique. Alors, l’académie doit en être bien convaincue, le concours . actif du département de la guerre et de l’administration locale secondera efficacement ses laborieux efforts. Jusque-là néanmoins, j’ai lieu de croire que pour la partie arabe, comme pour la partie romaine, elle trouvera dans les documens déjà recueillis, des matériaux importans qu’elle pourra consulter avec fruit. »

Je dois, en finissant, exprimer ma vive

reconnaissance, pour le concours obligeant que m’a toujours prête le depot delà guerre. M. le directeur general de cette grande administration scientifique, dont l’obligeance égale les lumières et le zèle pour toutes les sciences qui se rattachent à la géographie, a bien voulu me donner connaissance de tous lesdocumens nouveaux recueillis par MM. les officiers d’état-major, sous le rapport de l’archéologie et de la géographie comparée. La carte, jointe à cet ouvrage, qui est au niveau de l’état des connaissances acquises jusqu’à ce jour sur les côtes et l’intérieur de la province de Constantine, est due à l’expérience et à l’habileté de M. le colonel Lapie, qui m’a rendu avec le zèle le plus actif tous les services qui étaient en son pouvoir.

Je dois aussi exprimer ma vive gratitude envers M. le capitaine Bérard, qui a mis à ma disposition , non-seulement les belles cartes qui composent l’hydrographie des côtes de la régence, mais encore le mémoire manuscrit destiné à les appuyer et à les compléter.

Enfin je ne m’abuse point sur l’impor-

tance et le mérité de cet ouvrage. La forme est négligée : je n’ai pas cherché à plaire. Mon but était essentiellement d’étre utile, et, si je l’atteins, c’est beaucoup moins par ce que j’aurai fait moi-même que par ce que j’aurai engagé les autres a faire.

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