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Province Saint-Pierre de New Westminster: les missions indiennes de la Colombie britannique

I. Origine. — En allant évangéliser les Indiens qui vivaient le long de la Côte du Pacifique, dans les Etats actuels de Washington et d’Orégon, deux prêtres séculiers, les abbés Norbert Blanchet et Modeste Demers, après avoir traversé les Provinces de Québec et d’Ontario et les Prairies canadiennes, atteignirent la limite orientale de l’actuelle Province de la Colombie britannique, le 10 octobre 1837. Quatre jours plus tard, ils y offrirent le saint Sacrifice de la messe, ainsi célébré pour la première fois, sans doute, sur le continent de la plus occidentale des Provinces du Canada. Suivant ensuite le fleuve Columbia jusqu'aux territoires des Etats- Unis, ils arrivèrent, le 24 novembre 1838, au Fort Vancouver situé à 150 kilomètres de l’embouchure de la Columbia. C'est là qu’ils établirent leurs quartiers généraux. Un an plus tard, ils se transportèrent dans une maison qu'ils avaient bâtie près du Fort Wallamette (1). .

En 1841, l'abbé Demers étendit son ministère jusqu’en Colombie britannique et passa six semaines environ parmi les Indiens et les quelques colons blancs qui résidaient le long de la partie inférieure de la Rivière

(1) Le Fort Vancouver était alors le quartier général des agents de la Compagnie de la Baie d'Hudson sur l'Océan Pacifique. Il n’est pas à confondre avec }'île de Vancouver ni avec la ville de Vancouver, toutes deux situées en Colombie britannique. — Georges Vancouver, 1758-1798, issu d’une famille hollandaise émigrée en Angleterre, explorateur de la Côte du Pacifique. — Les limites actuelles entre les Etats-Unis et la Colombie britannique ne furent fixées qu’en 1846. (N. d. I. Réd.)

Fraser. Durant ces semaines, il baptisa 758 enfants. Vers la même époque, le P. De Smet, jésuite, avait quitté sa première Mission indienne, Saint-Joseph de Council Bluffs, Iowa, pour se rendre Chez les Têtes- Plates et les Pierres-Jaunes des Montagnes-Rocheuses. De là, il venait aussi prêcher l'Evangile aux Indiens du Kootenay et aux Okanagans, dans la partie sud-est de la Colombie.

Simon Fraser, le fameux explorateur catholique, Peter C. Ogden et leurs employés catholiques, dont la plupart étaient canadiens-français, demeurant à 800 milles ou davantage au nord de Wallamette, avaient parlé de la religion catholique aux Indiens du nord de la Colombie britannique ; et, résultat de cet apostolat, ces Indiens demandèrent un prêtre. Le 29 juin 1842, l’abbé Demers se mit en route avec une caravane qui se rendait dans ces régions septentrionales ; et, avant de retourner à Waïllamette, dix mois plus tard, il avait visité les Indiens de Kamloops, de William’s Lake, d’Alexandria et de Stuart’s Lake.

Le P. De Smet continua à visiter les Kootenays et les Okanagans et passa même quelque temps parmi eux. Mais, trouvant qu'il avait trop à faire, — d’autant plus qu’il avait bien d’autres occupations — il demanda et obtint l’aide de quelques autres Jésuites d'Europe. Parmi eux se trouvait le zélé P. Nobili qui, accompagné d’un Frère convers, se mit immédiatement en route pour un long voyage dont le terme fut le Lac Stuart (Stuart’s Lake). L'année suivante (1846), il se dirigea encore vers le nord, mais n’alla pas plus loin que le Fort George. C’est durant l’un de ces voyages qu'il visita les Chilcotins et que, encore sans expérience, il en baptisa plusieurs, des adultes, sans les instruire préalablement d’une façon suffisante. Ceux-ci retournèrent bientôt à leurs superstitions.

Après avoir admirablement accompli l'œuvre de Dieu parmi les Kootenays et les Okanagans et même parmi les Indiens qui vivaient à la source de la Rivière Athabaska dans les Montagnes-Rocheuses de l’Alberta actuel, le P. De Smet dit adieu à la Colombie britannique,

le 30 août 1845, et, peu de temps après lui, son confrère, le P. Nobili, fit de même (1847).

En 1846, l'abbé Norbert Blanchet devint archevêque d’Orégon City; son frère, Augustin-Magloire, fut nommé évêque de Walla-Walla, et, bien qu’il n’eût pas un seul prêtre résidant sous lui, l’abbé Modeste Demers fut installé premier évêque de Victoria, dans l’île de Vancouver.

Le 5 septembre 1847 arrivèrent à Walla-Walla, envoyés par Mgr DE MAZENOD, le R. P. Pascal RicarDp, avec trois Scolastiques et un Frère convers. Ils se mirent immédiatement au travail Quelques mois plus tard, le 2 janvier 1848, les Frères Casimir CHIROUSE et PAN- Dosy furent ordonnés prêtres. Après s'être dépensés pendant dix ans dans les Missions de l’Orégon, les Oblats suivirent l'invitation de Mgr Demers et vinrent s’établir dans l’île Vancouver. C’est en 1858 que leur première maison et église fut construite à Esquimalt, à l’ouest de Ia ville de Victoria. Le 17 novembre 1866, l'union de l’île Vancouver et de la terre ferme donna lieu à la création même d’une nouvelle Province : la Colombie britannique.

C’est de cette maison d’Esquimalt que le Rév. Père D'HERBOMEZ, successeur du P. RicarD dans la charge de Vicaire des Missions, dirigeait le travail des Oblats dans les Etats (actuels) d’'Orégon et de Washington et dans l'Île de Vancouver (1).

À EFEsquimalt, les Oblats s’occupaient des besoins spirituels des nombreux marins irlandais de passage dans ce port et des quelques autres catholiques qui s’y étaient établis. Un peu plus tard, le P. CHIROUSE, bientôt suivi par d’autres Oblats, commença à évangéliser les Indiens de la grande île et il réussit 1à où d’autres avaient échoué. Un fléau terrible s’abattit bientôt sur les Indiens comme sur les Blancs : les victimes en moururent par milliers et l’héroïsme des missionnaires rivalisa avec celui de leur vénéré Fondateur en pareilles circonstances.

(1) D’après l’année 1849, le P. Lemprrir, exerça le ministère dans l’île. Ancien chartreux, il dut quitter les Oblats, en 1853. « Nous nous étions trop fiés à l'étiquette du sac, » écrivait le vénéré Fondateur à cette occasion.

Pendant que les missionnaires oblats dans l’île de Vancouver et sur le territoire américain étaient inhumainement surchargés de travail et demandaient du renfort, Mgr Demers et le P. D'HERBOMEZz Voyaient avec douleur que, sur le continent de la Colombie britannique (300.000 milles carrés), des milliers d’Indiens réclamaient des prêtres et que, depuis le départ des deux zélés Jésuites mentionnés plus haut, il ne s’en trouvait même pas un seul. Il fallait bien faire quelque chose : aussi, en 1859, le P. D'HERB0o- MEZz envoya-t-il les Pères PANDosy et Pierre RICHARD, et le F. C. SurREL, sur le continent. Après avoir remonté le Fraser et le Thompson et s'être arrêtés quelque temps à Kamloops, ces braves pionniers fondèrent la Mission de l’Immaculée Conception sur la rive orientale de lac Okanagan, le 8 octobre 1859.

Les Indiens étaient si nombreux que vingt missionnaires et plus eussent pu étre immédiatement occupés rien que sur le continent. Mais où les trouver ? Voulant du moins remplacer la quantité par la qualité, le Fondateur leur envoya deux de ses meilleurs jeunes prêtres, les Pères Fouquer et Durreu, dont le P. Monrice a dit qu'ils devaient devenir deux des plus excellents missionnaires indiens de la Côte du Pacifique. Vers le même temps, du reste, une circonstance providentielle libéra un certain nombre d’autres missionnaires. L’Evêque de Nesqualiv (naguère ce siège s’appelait Walla-Walla, et, aujourd’hui, il a pris le nom de Seattle) pour le dire crûment, fit une telle situation aux Oblats qu'ils se virent dans l’alternative ou de rester fidèles à l'esprit de leur Congrégation ou de quitter son diocèse. Le P. D'HERBOMEZ prit patience et attendit quelques années pour retirer du diocèse jusqu’au dernier missionnaire. Après la visite canonique faite par le R. P. BEerMoND furent abandonnées les missions des Vakimas, des Cayouses, celle de Colville, plus tard celle d’Olympia. Mais les Indiens, pas plus que les colons blancs, — pour lesquels ils avaient tant fait — se gardèrent de les oublier ; et, aujourd’hui encore, sur l'emplacement de leurs travaux et de leurs souffrances, on peut voir un monument en granit portant cette fascription (en anglais) : « Mission Saint-Joseph, fondée

en octobre 1847, par les Pères Oblats RICARD, CHIROUSE, PanDosy et BLANCHET ; brûlée en 1865 ; rebâtie par le P. Saïnt-Onge, en 1867. Souvenir (érigé) par l’Association des Pionniers de Yakima. »

Parmi les Oblats rendus libres, grâce à cet incident, se trouvait le zélé P. GRANDIiDIER. Il fut presque immédiatement envoyé à l’extrême nord de la Colombie, En 1861, il visita Fort Douglas, Lillooet, William’s Lake et Barkerville, sans excepter les villages et les camps indiens qui les séparaïent. Nous ne dirons rien de l’héroïsme qu’un tel voyage exigeait alors, car il ne différait guère des voyages ordinaires accomplis par les autres missionnaires. Ils n’attachaient aucune importance à un voyage de plusieurs centaines de milles, fait surtout à pied, à travers de hautes montagnes ou des torrents furieux, sous ce que le P. Morice appelle une « chaleur sénégalienne » ou sous un froid enregistré par le thermomètre à quarante degrés Celsius au-dessous de zéro, sans un seul linge de rechange et souvent sans rien à manger, sauf ce qu’on leur donnait ou qu’ils pouvaient trouver pendant qu’ils s’en allaient à la recherche des âmes, à travers des forêts sans sentiers, chez les Indiens dont quelques-uns pratiquaient le cannibalisme, et d’autres la cruauté et limmoralité les plus révoltantes. Après avoir parlé à quelques-uns de nos vieux missionnaires et parcouru quelques-uns des premiers documents de nos archives, un historien oblat demanda le privilège de pouvoir écrire l’histoire de la Province de Saint-Pierre, en déclarant que, dans toutes les annales (pourtant si glorieuses) de la Congrégation, on ne pourrait trouver une page plus héroïque.

Au Chapitre général tenu à la suite de la mort de notre fondateur, le P. D'HERBOMEz demanda du renfort et obtint trois excellents missionnaires, dont le plus remarquable fut peut-être le P. LE JaAcQ. Un peu plus tard, on lui envoya cet homme de Dieu — que le P. Monice appelle « un sujet très précieux », — le R. P. McGUCKIN, qui devait faire tant de bien parmi les Indiens, les mineurs et les premiers colons et qui devait amener de F’irlande, son pays natal, tant de sujets à la province de Saint-

Pierre et tant de vocations aux diverses communautés religieuses établies dans cette partie du Canada. L’un de nos visiteurs canoniques fut tellement impressionné par la régularité exemplaire de ce missionnaire qu’il l’envoya dans une autre province pour le mettre à la tête d’une institution importante, sinon pour restaurer, du moins pour y maintenir la discipline religieuse. « Je ne suis pas taillé pour cette besogne », dit le P. McGucxin à un autre Oblat, « mais j'observerai la Règle et je ferai mon possible pour que les autres fassent de même. »

Accompagné d’un religieux tout aussi exemplaire que lui, le P. JAYoL, McGucxix se rendit au pays des Indiens Caribous et là, en 1866, bâtit une petite cabane, à quinze milles environ du William’s Lake ; puis avec son compagnon, évangélisa les Indiens et les colons blancs ; après quoi, il alla lui-même rendre compte de son travail à Mgr d'HERSOMEZ devenu vicaire apostolique de la Colombie britannique (le 22 décembre 1863). Lorsqu'il retourna dans le nord, l’année suivante, il trouva sa cabane occupée. Il choisit un meilleur emplacement et fonda la Mission Saint-Joseph, à douze milles environ du William’s Lake. C’est de cette Mission que partirent les Oblats pour aller convertir les Shuswaps du nord, les Chilcotins, les Carriers et autres Indiens dont les derniers nommés appartiennent maintenant au Vicariat du Yukon.

En 1868, Mgr d'HERBOMEZ vint, accompagné du P. LE JAcQ, inspecter William’s Lake. Laissant le Père LEJacQ à la Mission Saint-Joseph et emmenant avec lui le P. McGucxin, il passa environ cinq mois à visiter les Indiens du nord et les nombreux mineurs de la région ; et il poussa même jusqu’au lac Fraser. Considérant tout le bien qu’on pouvait faire aux mineurs et tout le mal que leurs mauvais exemples pouvaient faire aux Indiens, l'Evêque les confia aux bons soins du P. McGucxin (1). Bien qu’il passât un temps assez

(1) C'est ce que dit le P. Morice lui-même, ce qui réfute son insinuation concernant le peu de travail que le P. McGuckin fit dans la suite parmi les Indiens. ‘

considérable parmi les mineurs, ce prêtre zélé trouva le moyen, surtout avec l’aide très cordiale du P. LEJAcQ, « le Prince des Missionnaires indiens », de fonder, en faveur des enfants des colons, un collège et un couvent, lesquels sont devenus depuis l’école résidentielle indienne de Cariboo, et d'entreprendre des voyages apostoliques parmi les Shuswaps du voisinage, les Chilcotins et les Indiens de Fraser Lake. Le P. LEsacQ les visita même plus souvent que ne le fit son Supérieur et il peut, à juste titre, être considéré comme leur apôtre.

En 1873, les Pères LeJAcQ et G. BLANCHET quittèrent la Mission Saint-Joseph et fondérent, à Stuart’s Lake, la premiére mission du présent Vicariat du Yukon. Une année plus tard (1874), fut fondée la Mission Saint- Eugène parmi les Indiens du Kootenay, près de Cranbrook ; et, l’année suivante (1875), le P. DurIEU qui, avec le P. LEJaco, a été surnommé « le Prince des Missionnaires indiens » fut nommé coadjuteur de Mgr d'HERBOMEZ.

Nous avons mentionné la fondation de tous nos centres indiens, excepté celle de la Mission Sainte- Marie, établie par le P. FouquerT en 1861, et celle de la Mission Saint-Louis de Kamloops, fondée en 1878.

Cest en l’honneur des saints Patrons de notre Fondateur que la Mission de New-Westminster reçut le nom de saint Charles, celle de Cranbrook le nom desaint Eugène et celle de William’s Lake le nom de saint Joseph. La Mission de Kamloops et le Collège des Oblats à Victoria, comme celui de New-Westminster, furent mis sous le patronage de saint Louis, en l'honneur de Mgr Louis-Joseph d'HERBOMEzZ. Quant aux Missions de North-Vancouver et de Sechelt, elles furent appelées respectivement Mission de Saint-Paul et Mission Saint- Augustin, en l’honneur de Mgr Pierre-Paul Durreu et de Mgr Augustin DOoNTENWILL.

IT. Superficie. — Le territoire des Missions indiennes de la Province Saint-Pierre de New-Westminster s’étend du 49° au 53€ degré de latitude et depuis le sommet des Montagnes Rocheuses jusqu’à la côte de l’Océan

Pacifique, bien qu’il n’y ait ni missions ni missionnaires dans la partie nord-ouest de ce territoire. Ce champ de missions a la même superficie que l’archidiocèse de Vancouver et celui de Nelson, c’est-à-dire environ 150.000 milles carrés, — ce qui équivaut à un tiers environ de la superficie de la France. Comme les Indiens de la Colombie britannique ne sont pas des « Indiens du traité » (Treaty Indians), — c’est-à-dire pas soumis au traité qui régit les Indiens des autres parties du Canada, —- ils ne sont pas obligés de rester dans leurs « réserves » et ils peuvent librement circuler à travers le pays. Ce fait et celui du caractère montagneux du pays — lequel n’est littéralement autre chose qu’une agglomération de montagnes, où « des Alpes s'élèvent sur d’autres Alpes » — rendent les voyages et le ministère parmi les Indiens extrêmement difficiles ; car plusieurs de ces montagnes, sans parler des gorges ou ravins parfois très profonds, séparent non seulement une tribu d’une autre, mais même un village d’un autre village.

III. Missions voisines. — a) À l'est, les Missions de la Province de l’Alberta-Saskatchewan ; b) à l’ouest, les Missions de l'île Vancouver ; c) au nord, les Missions du Vicariat apostolique du Yukon : et d) au sud, les États- Unis d'Amérique.

IV. Population. — Les missionnaires indiens, à l’exception d’un seul Père qui s'occupe du bien spirituel de 31 Blancs, travaillent exclusivement au salut de leurs 7.933 Indiens catholiques et de leurs congénères non catholiques. C’est le désir formel de l’Archevêque que les missionnaires indiens laissent absolument de côté les Métis (autres que ceux qui jouissent des mêmes droits que les Indiens, vivent sur les réserves indiennes et sont légalement appelés Indiens et considérés comme tels) ainsi que les Blancs catholiques afin qu'ils puissent consacrer tout leur temps à leur ministère si spécial.

V. Langues. — Dans nos Missions il se parle douze idiomes ou langues (et non dialectes) distincts : le kootenay, l’okanagan, le shuswap, le thompson, le stalo, le chilcotin, le carrier, le lillooet, le squamish, le secheït, le

sliammon et le youkltas. Le jargon connu sous le nom de chinook —- inventé par les Indiens, avant l’arrivée des Blancs, enrichi par les commerçants blancs et merveilleusement amélioré et perfectionné, pour l’expression des vérités religieuses, grâce surtout au génie de Monseigneur DURIEU — est maintenant usité dans fort peu de Missions indiennes. Un homme qui prétendrait que, à cause de son vocabulaire trop limité, ce jargon ne pourrait exprimer d’une façon suffisamment claire les vérités religieuses, non seulement montrerait qu’il n’est pas du tout au courant de ce que (comme connaissances religieuses) nos anciens missionnaires réclamaient des Indiens avant de Iles admettre aux sacrements, mais ressemblerait beaucoup à quelqu'un qui se permettrait de ridiculiser l’assertion qu'avec les vingt-six lettres de Falphabet on pourrait écrire tous les mots des langues européennes.

VI. Recensement religieux. — Sur une population indienne totale de 9.610 âmes, il y a 7.933 catholiques, 1.427 anglicans, 129 méthodistes et, de plus, quelques individus appartenant à d’autres dénominations ou sectes chrétiennes. Il n’y a, parmi ces Indiens, ni païens, ni muisumans, ni juifs, etc.

Le fait qu’il y a, dans notre champ d'activité missionnaire, plus de 1.500 protestants et le fait qu’il y a, dans la Province civile de la Colombie britannique seulement 13.500 catholiques sur une population indienne totale de 23.598 âmes, demandent une explication. Tout d’abord, nous devons nous rappeler que la Congrégation, ayant de plus en plus besoin de missionnaires dans toutes ses Provinces et tous ses Vicariats, ne pouvait en fournir que très peu à la Province Saint-Pierre laquelle embrassait alors, non seulement les 300.000 milles carrés du continent de la Colombie britannique, mais encore les « Missions de l’Orégon », de Vancouver et des îles adjacentes, ainsi que la région de la rivière La Paix à l’est des Montagnes Rocheuses. Comme les Indiens avaient entendu parler de la « nouvelle » religion et étaient, pour la plupart, désireux d’en connaître

au moins un peu plus, et comme le nombre des missionnaires était ioin d’être suffisant pour s'occuper de ces milliers d’Indiens, des missionnaires protestants, bien fournis en cadeaux pour leurs néophytes, réussirent à atteindre une foule d’entre eux, avant que les prêtres aient pu le faire, et à les prévenir ainsi contre le catholicisme, —— si bien que, lorsque nos Pères arrivèrent finalement parmi eux, ils furent tournés en ridicule, traîtés avec mépris et même repoussés. Puis, en second lieu, soit par suite de leur éducation, soit parce que les Pères préchaient aux Indiens Ia tempérance et la chasteté, un grand nombre des colons blancs firent tout leur possible pour prévenir les Indiens contre les missionnaires catholiques et ainsi leur rendre la vie presque insupportable (1).

Il faut ajouter que les missionnaires, après avoir vu ce qui était arrivé aux Indiens qui avaient été baptisés sans avoir été suffisamment instruits, — et quelques prêtres séculiers avaient été, sous ce rapport, encore moins prudents que le P. Nobili, — refusaient de baptiser les adultes avant de les avoir soumis à une période prolongée d'instruction et de probation. Des ministres protestants, au contraire, n’étaient pas du tout exigeants, et, de la sorte, purent recruter quelques adeptes. Quelques-uns de ces missionnaires non catholiques ne se firent même pas scrupule de se faire passer pour des prêtres catholiques et trompèrent ainsi les Indiens. Le P. Monice, parlant de l’un d’entre eux, nous dit qu'il représentait (il ne fut pas le seul à le faire)

(4) Les Statistiques générales des O. M. I., publiées dans les Missions, mars 1938, avaient donné ces chiffres : Population indienne totale : 23.598, dont : Catholiques, 18.492 ; Protestants, 9.847 ; Non chrétiens, 149. L'auteur du Rapport veut que nous restreignions les statistiques aux Indiens des régions qui sont, de fait, visitées par les Oblats. Les chiffres donnés par les Missions s’appuient sur le recensement officiel de la Province civile de la Colombie qui, il est vrai, comprend, outre nos stations missionnaires sur le continent, encore l’île de Vancouver, les îles Charlotte, la partie sud du Vicariat du Yukon, le Peace-River Block du Vicariat de Grouard et le Nord-Ouest de l’archidiocèse de Vancouver. Ce dernier surtout est occupé par les protestants. Cf. Missions, 1937, pp. 298-302. (N. d. L R.)

la doctrine catholique et surtout l’enseignement moral catholique comme absolument trop sévère. Certains Indiens, qui ne pouvaient devenir catholiques parce qu'ils ne voulaient pas se débarrasser de leurs nombreuses femmes, furent heureux de savoir qu'ils pouvaient être de bons protestants et garder leurs épouses. « Ce brave homme », nous raconte le P. MoricE, « avait l'habitude de dire que David et Salomon avaient des centaines de femmes et que, par conséquent, il ne voyait pas pourquoi nous exigerions un tel sacrifice de la part de ces pauvres Indiens ». Les Indiens dont il s’agit — les Thompsons, parmi lesquels se trouvent 1.427 protestants, sur 1.500 Indiens protestants que contient notre Province — estimérent presque tous que cet enseignement leur plaisait et, comme le remarque le P. Morice, embrassèrent la religion d'Henri VIII, l'homme à l'esprit « matrimonial ».

Si nous en croyons le même écrivain, quelques Indiens, des environs de Chilliwack, eurent des difficultés avec leur missionnaire ; et les Méthodistes en profitèrent pour les attirer dans leur bercail. Il nous parle aussi des Youkltas, parmi lesquels le zélé P. PLAMONDON désirait depuis des années aller travailler, faveur qui lui a été accordée dernièrement, malgré ses 71 ans. Ces Indiens étaient si immoraux et si opposés au Christianisme qu'après leur avoir envoyé et avoir laissé de longues années parmi eux ses meilleurs missionnaires, et après avoir constaté l’impossibilité de les convertir, « Mgr d'HERBOMEZ jugea qu’il valait mieux leur retirer ces missionnaires plutôt que de les voir — eux, les meilleurs missionnaires qu’il eut — languir dans l'inaction, d'autant plus qu’on avait besoin d'eux ailleurs et qu'ils pouvaient faire tant de bien parmi tant d’autres Indiens bien disposés et réclamant des prêtres. »

VII Personnel missionnaire. — Ce personnel est exclusivement oblat : 22 prêtres et 12 frères convers. Comme auxiliaires nous avons environ 40 religieuses. De plus, à cause des distances entre les diverses missions, on enseigne à tous les adultes, comme à tous les enfants

de nos écoles, la façon de conférer le baptême. Nous avons fort peu de catéchistes officiels, pour ia bonne raison que les parents sont parfaitement pénétrés et imprégnés du devoir d’instruire leurs enfants, et que la plupart des enfants, dès l’âge de sept ans révolus, entrent dans nos écoles résidentielles et qu'’enfin il n’y a plus de païens parmi nos Indiens. Nous n’avons pratiquement ni médecins ni garde-malades catholiques ; docteurs et nurses sont nommés par {e Gouvernement, les municipalités, etc. Ils sont, d'ailleurs, très bien disposés envers la religion catholique ; et quelques-uns d’entre eux acceptent même de baptiser les enfants en danger de mort, lorsque le prêtre ne peut pas arriver à temps.

VIII. Divisions ecclésiastiques. — Le champ de nos Missions indiennes et l’archidiocèse de Vancouver avec le diocèse de Nelson occupent exactement le même territoire. Nos Missions sont partagées entre l’archidiocèse et le diocèse. Nous avons, de plus, une Mission dans le Vicariat du Yukon : la raison en est que cette Mission est très éloignée des autres Missions du Yukon et que l’un de nos missionnaires doit passer par cette Mission pour se rendre d’une à une autre de ses propres Missions.

a) District de Cranbrook (Indiens du Kootenay) : RR. PP. Michel Murpxy et Léon DERY ;

b) District de Penticton (Indiens d’Okanagan) R. P. Patrice CoLLins ;

c) District de Kamloops (Shuswaps, Okanagans et Thompsons) : RR. PP. Thomas KENNEpy, Herbert BESSETTE, Walter CULLINAN, Frank SUTHERLAND et Emmett BAXTER ;

d) District de William’s Lake (Shuswaps, Chilcotins et Carriers) : RR. PP. Georges ForBes, François THo- MAS, Théophile FAHLMANN et Jean HENNESSY ;

e) District de Lillooet (Indiens de Lillooet) : Rév. Péres Victor Rour et Gérard RoGER ;

1) District de Mission City (Stalos et Thompsons) :

RR. PP. Fergus O’GrADY, Jacques MCcCAFFREY, Patrice PATTERSON et Vernon CAMPBELL ;

g) District de North Vancouver (Indiens Squamish) : Archibald FLEURY ;

R) District de Sechelt (Sechelits, Sliammons et Youkltas) : RR. PP. Edmond CoRNeLt, Pierre PLAMON- DoN et Jacques McGRATH.

En comptant les grandes écoles-chapelles, distinctes des chapelles des Obhlats, nous avons huit églises ou chapelles avec prêtres résidant, cinquante-huit (58) églises sans prêtres résidant et environs vingt missions sans église ni prêtre. Nos églises les plus vastes ne peuvent contenir que 300 personnes environ et, par conséquent, toutes nos églises sont trop petites pour 400 personnes.

IX. Institutions. — Nos six écoles indiennes résidentielles, avec 795 élèves, sont réellement nos seules institutions, bien que les hôpitaux catholiques, exclusivement dirigés par des religieuses (lesquelles ne sont pas comptées parmi les 40 Sœurs mentionnées plus haut), reçoivent des malades indiens, comme l’orphelinat de la Providence à New Westminster, confié à des religieuses, prend également des orphelins indiens. Nos écoles sont aussi des orphelinats et des maisons de refuge pour les jeunes filles indiennes jusqu’à l’âge de 18 ans. Les hôpitaux sont entre les mains du Gouvernement ou des municipalités ; mais le prêtre y est toujours plus que le bienvenu. Le personnel, de même que les médecins, appellent toujours le prêtre lorsqu'il s’y trouve un catholique indien sérieusement malade. Il a été, un moment, question de confier aux religieuses deux hôpitaux non catholiques ; mais, tandis que les docteurs, les gardes-malades et les administrateurs étaient en faveur de ce transfert, d’autres personnes s’y montrérent si fanatiquement contraires que l’Archevêque pensa qu'il valait mieux laisser les choses en l’état.

Ecoles de prières, — On enseigne leurs prières aux enfants dans les écoles indiennes résidentielles, lesquelles sont à la fois écoles élémentaires et écoles techniques.

X. Baptêémes, communions, mariages. — a) En 1937, 306 baptêmes d’enfants et 11 baptêmes (conditionnels) d'adultes ; b) en 1938, 3.118 communions pascales ; mais il faut remarquer que le temps pascal (pour l’accomplissement de ce précepte) n’était pas encore révolu, lorsqu'on a noté ces chiffres ; c) en 1937, 65 mariages, dont un mariage mixte (mariage d’une jeune indienne avec un protestant.)

XI. Mouvement de la population. — Comme immigration, rien. Depuis le dernier Chapitre général (1932), on a annoncé une légère augmentation dans le chifire de la population, bien que, par suite de plusieurs épidémies, nous ayons perdu un grand nombre de nos gens.

XII Climat. — Comme Paltitude varie, depuis le niveau même de la mer jusqu’à plusieurs milliers de pieds au-dessus de ce même niveau, et comme il s’y trouve des montagnes toujours couvertes de neige aussi bien que des déserts de sable, la température dans la province varie également entre 110 degrés au-dessus de zéro et 60 degrés au-dessous (Fahrenheit). Il y a deux ans, la température à la Mission Saint-Joseph descendit jusqu’à 68 degrés (Fahrenheit) au dessous de zéro, et le même jour, elle descendit jusqu'à 74 degrés au-dessous de zéro à la Mission de Red Stone. Nous avons en hiver des pluies incessantes sur la côte, des sables brûlants à Kamloops et des froids comme des chaleurs extrêmes dans d’autres Missions. Dans certaines de nos Missions c’est en hiver une pluie torrentielle, tandis que, dans d’autres, c’est la neige entre six et douze pieds de hauteur.

Maladies : — Tuberculose, conjonctivite, petite vérole, diphtérie, ete, et influenza, si funeste aux Indiens. Quelques cas de cancer.

XIII Progrès. — Il n’y a point de païens sur le territoire actuel de nos Missions. Maïs il y a environ 1.500 protestants, résultat surtout du manque de missionnaires au début et même plus tard. Il y a dix ans environ, nous avions tellement peu de missionnaires indiens que

le P. Jean LE JEUNE, lui-même missionnaire très capable et très dévoué, se plaignait souvent d’être obligé, malgré ses 70 ans passés, d’être encore chargé de trente-deux Missions. Un autre excellent missionnaire demanda un jour à Mgr DonNTENWiILL, son Supérieur religieux et ecclésiastique, Ia permission d'aller évangéliser les Youkltas. « Occupons-nous d’abord de nos catholiques », lui répondit l’évêque, qui avait cependant plus de missionnaires qu'il n’y en eut plus tard. L'Europe et surtout la France apostolique avaient jusque-là fourni à la Province la plupart de ses missionnaires. Lorsque Mgr DonTENWiLL devint Supérieur général cette source de recrutement fut supprimée. Durant sa visite à la Province, en 1926, voyant combien les rangs des missionnaires s'étaient éclaircis, il autorisa les Oblats de langue anglaise, appartenant à la Province de l’Alberta-Saskatchewan, à opter pour la Province de la Colombie britannique. Bien que la Province de l’Alberta-Saskatchewan eût fait les frais de l'éducation de plusieurs de ces Pères et que leur départ dût faire tarir pour elle de nombreuses sources de revenus très utiles, elle sacrifia généreusement ses propres intérêts et accéda volontiers aux désirs du Supérieur général. Le nouveau Provincial de la Province Saint-Pierre, le P. GRANT, songeant à l’avenir et faisant peu de cas de certaines critiques, ne plaça que quelquesuns de ces Pères dans les Missions indiennes, mais envoya la plupart d’entre eux au Juniorat (lequel disparut plus tard pour faire place à un coïlège), au Noviciat et au Scolasticat qu’il venait de fonder. Grâce principalement à la générosité de la première Province américaine, de la Province anglo-irlandaise et du Vicariat de Ceylan, — lesquels prêtèrent ou donnèrent des sujets à notre Province, qui les chargea surtout d'œuvres non indiennes, — les résultats justifièrent la décision du Père Provincial. Non seulement on put placer plusieurs des anciens Pères de l’Alberta en charge des Missions indiennes, maïs le Noviciat et le Scolasticat purent, en temps voulu, fournir des prêtres et des frères aux Missions indiennes ; et ils continuent de leur en donner. Nous avons, certes, besoin de plusieurs autres missionnaires

indiens ; mais l’avenir est actuellement bien plus brillant qu'il ne l’était il y a quelques annnées.

On trouve des Indiens protestants dans les Missions des zélés Pères PLAMONDON, SUTHERLAND, PATTERSON et CAMPBELL. Mais, grâce à leur zèle et à leur tact, un grand nombre, sinon la plupart, de ces Indiens sont bien disposés à l’égard de la religion catholique ; et nous avons raison d'espérer, qu'avec la grâce de Dieu, les conversions qui ont déjà commencé, augmenteront rapidement. Ces braves missionnaires ont déjà réussi à retirer presque tous les enfants catholiques des écoles protestantes et à les mettre dans les écoles catholiques. Il va sans dire que plus ils réussiront à convertir ces Indiens, plus ils peuvent s’attendre à être combattus dans certaines sphères. Daigne le bon Dieu bénir leur zèle.

P.-S. — L'Évêque de Victoria (Ile de Vancouver) et les autorités bénédictines ont offert à notre Province l'Ecole indienne et les très difficiles Missions indiennes, situées sur la côte occidentale de l’Ile de Vancouver et actuellement confiées aux soins des Pères Bénédictins. L’Administration générale nous a permis d'accepter ces œuvres nouvelles ; nous devrons donc ajouter à la population indienne, dont la Province est déjà chargée, 1662 Indiens, dont 929 appartiennent à l'Église unie du Canada (Méthodistes et Presbytériens), 636 à l'Eglise catholique et 97 à d’autres dénominations (ou sectes) chrétiennes.

P. Georges ForBes, O0. M. I.

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