‹ Provinces danubiennes et roumainesChapitre 6 sur 218 · ATTILA · texte numérisé non relu

ATTILA

Dans Attila l'histoire a personnifié, pour ainsi dire , le fléau des invasions.

Urraison. ( Provinces Danubiennes. %

L'UNIVERS

L'Eglise le surnomma le fléau de Dieu, attribuant à la colère céleste des maux qui semblaient dépasser la mesure humaine. Attila se glorifiait de ce titre et faisait tout pour le mériter : on dit même qu'il le regardait comme un présage favorable qui l'appelait invinciblement à la conquête du monde. Avant même que ses exploits l'eussent rendu célèbre, une circonstance fortuite l'avait désigné à un peuple ignorant et superstitieux comme appelé à des destinées extraordinaires.

On raconte qu'une génisse s' étant blessée au pied dans un pâturage le berger qui la gardait découvrit sous l'herbe la lame d'une épée, et qu'il la porta au roi. Attila reçut cette arme comme un fiigne de la volonté des dieux, qui lui «tonnaient la mission de combattre et d'exterminer.

Quelquefois la parole de ce guerrier farouche est empreinte d'un caractère •l'élévation qui rappelle les saga Scandinaves : La terre tremble sous moi, l'herbe cesse de croître où mon cheval a passé. Comme pour concentrer dans son action toutes les forces du monde barbare, il subjugue et entraîne après lui les hordes qui se rencontrent sur son passage : épouvantées ou fascinées , elles suivent. Cependant la Perse arrête un moment sa marche victorieuse; il se détourne et se jette sur les provinces de l'empire. Maître du cours du Danube, il laisse une trace de sang de la Mœsie à la frontière illyrienue : Sirmium. Marmnopolis, H n'issus, Sardique sont at-

rançonner à son gré l'empire. V< il accorder à quelqu'un des sien gratification extraordinaire , il le geait d'une mission pour Cou noole , sachant bien que la cour riale ferait tous les sacrifices po dans l'espoir de se rendre le négoc favorable. Parmi ces envoyés < des Huns figurèrent Oreste et Éd devenus célèbres dans l'histoire titres bien différents : l'un fui d'Augustule, dernier empereur d dent; l'autre donna le jour à Od qui ouvre la série des rois barbai l'Italie. Oreste et Edécon retour près d'Attila, accompagnés de Ma:

qui était chargé de suivre les né tions avec le roi lui-même , en s rant des conseils du sophiste Pi auquel nous devons des renseigne curieux sur les mœurs de ces bar Son récit est heureusement résun l'historien Cantu, que nous allons i

«Ils partirent de Constantinople, « d'un nombreux cortège d'hommi « chevaux, etso dirigèrent versSar « qu'ils trouvèrent en cendres. Ils :

« rent ensuite Naïssus, arsenal n. ■ florissant , qui n'offrait plus « amas de décombres , ou quelque « lades languissaient dan s lesruin « églises. Le reste de la ville était j « d ossements. Enfin, ils passèrent « nube sur des barques laites de « d'arbres creusés. Déjà Maximin • eu avec les envoyés du roi de!

relies de prééminence , et hienlo

• Ce vaste royaume des Huns ne

• possédait pas une seule ville. Ce qui

• formait leur capitale était un camp

• dressé entre la Danube, la Theiss et

• les monts Carpathes....

« Les tentes mobiles s'étaient conver- « tiei ta cabanes disposées symétrique-

■ w«rt et assei nombreuses pour suf-

■ in à toute la cour. Onégèse , favori

• do roi , avait fait construire un bain

■ de pierres. Un vaste palais de bois ,

• entouré d'une palissade de planches

■ bases et flanquée de tours , servait

> d'habitation aux femmes d'Attila.

• Chacune d'elles y avait son apparte-

• ment séparé, et comme il ne leur était

> pas interdit de communiquer avec les -MMunes, les envoyés furent admis

■ dans celui de Cerca , qui tenait le pre-

■ auer rang parmi elles» C'était un édi-

• les bien construit , que soutenaient

• des colonnes en bois tourné, sculpté

• et verni , et qui ne manquaient ni de

• régularité dans les proportions ni de

• usât dans les ornements. Cerca reçut

■ les ambassadeurs couchée sur un 'lit

• de parade, dans une salle élégante,

• dont le plancher était recouvert d'un

• tapis. Des esclaves se tenaient autour

• d'elle, et ses jeunes suivantes bro-

■ datent des vêtements destinés aux

- vainqueurs du monde. Déjà les Huns

- se plaisaient à étaler une grande pro- « fusion d'or et de pierreries sur leurs « armes et sur leurs habillements , et à

• charger leurs tables de vasesprécieux.

* Attila, au contraire, affectait la

• pies grande simplicité. 11 faisait usage « de vases et de coupes de bois, et ne

• mangeait ni viande ni pain. A son

• entrée dans la salle du banquet , on

• faisait une libation en son honneur, ■■ puis les hôtes prenaient place à de

• petites tables disposées autour de celle

• du roi -% ou ne s'asseyaient à ses côtés

• que ses fils ou des princes d'un rang

- élevé. A chaque service , Attila buvait

• par trois fois à la santé d'un des chefs

- de sa suite, qui se levait aussitôt , et

• repondait par un toast. Les ambassa- ■ fairs romains assistèrent à un de

- eti banquets. Quand les tables furent

• dressées , les convives se mirent à

• boire , et l'intempérance se donua to'it.e carrière. Deux bardes chantaient près du lit d'Attila ses exploits et

« oeux de ses aïeux , entremêlant le ré- « oit de passages qui rappellent les « chants guerriers de l'ancienne Islande : « Quand nous combattions avec Cépée , « les aigles jetèrent des cris de joie, ei « les vierges pleurèrent longtemps....

« Les heures de la vie s'écoulent, à « l'heure de la mort nous sourirons.

« Ensuite les bouffons parurent , et la « salle retentit d'un rire bruyant. Seul, « Attila restait grave; seulement, de « temps en temps , il caressait les joues « d'Irnach, le plus jeune et le plus « chéri de ses fils. »

Marcien, qui venait de succéder à Théodose, repondit aux envoyés des Huns qu'il avait de l'or pour ses amis et du fer pour ses ennemis. Attila s'apprêtait à tirer vengeance de ce défi , lors- 3ue les événements le jetèrent au milieu es luttes de l'Occident. A cette époque, les Francs envahissaient hrGaule, et trouvaient dans Aétius un adversaire non moins habile que valeureux. Opposant barbares à barbares, il sauva peut-être l'Europe dans les plaines de Cbâlons. Le roi des Visigoths Théodoric était resté sur le champ de bataille , jonché de cent cinquante mille cadavres. Attila, retranché dans son camp , s'apprêtait à une résistance désespérée , lorsque les deux armées , abusées par un artifice d'Aétius , rétrogradèrent simultanément, et le roi des Huns reprit le chemin de la Pannonie.

Blessé dans son orgueil parce qu'on lui avait refusé la main d'Honoria , sœur de Valentinien , il mit à feu et à sang la haute Italie, et détruisit Aquilée, Padoue , A I tin u m. Les habitants échappés à ce massacre trouvèrent un refuge dans les lagunes, et l'expédition du barbare donna naissance à Venise, cette reine déchue de l'Adriatique, qui expie aujourd'hui une prospérité de quatorze siècles.

Il semble que la mission d'Attila ait été de détruire plutôt que de fonder.

Rome le vit à ses portes; mais il n'entra point dans l'ancienne capitale du monde. Peut être jugcait-il nécessaire de laisser un but à l'activité iuquiète des barbares, et espérait-il assurer définitivement ses conquêtes en réunissant sous ses bannières toutes les hordes qui venaienttour à tour se faire une part dans les dc-

L'UNIVERS

pouilles de l'empire. Mais les destins avaient marqué le termede sa carrière; au milieu des réjouissances qu'il célébrait à l'occasion de son mariage avec la jeune Hildegonde , il fut emporté subitement par une hémorrhagie. I«a puissance des Huns tomba avec ce chef extraordinaire, et bientôt la discorde se mit entre les barbares que son asceudant avait réunis. Les Visigoths restèrent maîtres de la Pannonie ; les Gépides s'emparèrent de la haute Mœsie et d'une partie de la Dacie ; les Huns proprement dits, qui combattaient toujours au 'premier rang, épuisés par tant de guerres et ne voyant aucun de leurs chefs qui fût digne de succéder à Attila , essayèrent en vain de maintenir leur prépondérance.

Ils reprirent peut-être leurs noms de tribus, et leurs restes se mêlèrent aux . Sarmates et aux Slaves.

Peu d'années après, Rome, prise et reprise par les Vandales, tomba au pouvoir des Hérules. Les barbares ne se contentaient plus de piller en passant; Odoacre ceignit la couronne. Les rôles étaient désormais bien changés : cette Rome antiaue, naguère conquérante et impitoyable, n'avait plus que l'ascendant de la mansuétude chrétienne; et elle trouvait dans la religion nouvelle la résignation à tous les maux qu'elle souffrait à son tour. On était fait de l'ancienne civilisation si Constantinonle n'en eût conserva les restes jusquÀ l'instant où les filais modernes

tèrent sur la Mœsie et *a Macédoine ; et, pénétrant jusque dans la Grèce , ils ruinèrent un grand nombre de cités florissantes; enfin, chargés de dépouilles, ils franchirent le Danube, traînant après eux plus de cent mille captifs. Constantinople se croyait à l'abri derrière son enceinte de murs fortifiés; mais un tremblement de terre en fit écrouler une partie, et les Bulgares, sous la conduite de Zamergan, s'avancèrent jus- Su'aux faubourgs de la ville impériale, sélisaire était alors en disgrâce ; on se hâta de lui rendre le commandement de l'année , il battit l'ennemi et le contraignit à repasser le Danube.

Sous Justin II , neveu et successeur de Justinien , les Avares envoyèrent de nouveau demander à l'empereur de leur céder un établissement, et de leur payer le prix qu'ils mettaient à leur alliance; mais ils reçurent pour réponse que les Romains verraient d'un œil indifférent la résolution qu'il leur plairait de prendre. L'effet ne répondit pas à la fierté de ces paroles; quelques années plus tard, le kacan des Avares imposait ses volontés à Maurice, qui s'empressait de lui envoyer soit un éléphant, soit un lit d'or ou des vases précieux , tout en lui payant un tribut énorme. Priscus vainquit les Avares en cinq rencontres ; mais ses troupes se mutinèrent, et l'indiscipline eut le même résultat qu'une défaite.

Kn Tannée 6(të* Alboin. roi des Lon

le nom de Huns blancs, quittèrent alors la Dacie sous leur khan Boïan, et s'établirent en Pannonie , où venaient successivement camper toutes les hordes pour se jeter de la soit sur la haute Italie, soit mr les terres de l'empire d'Orient. Pépin , fils de Charlemagne , détruisit leur ring, c'est-à-dire leur camp principal ; car , tout avides qu'ils fussent de pillage , ils avaient conservé 1rs mœurs nomades de leurs pères.

Ainsi les Francs, héritiers de l'empire d'Occident et protecteurs de l'Église, refoulaient de tous côtés le monde barbare.

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