‹ Provinces danubiennes et roumaines par mm. Chopin et A. UbiciniChapitre 150 sur 300 · ETABLISSEMENT UES FBÈBES MINEURS · texte numérisé non relu

ETABLISSEMENT UES FBÈBES MINEURS

CONVENTUELS OU COBOELIEHS.

Les mahométans, autant par politique que pourobéir à la loi du prophète, ne traitaient en ennemis que leurs adversaires religieux. Quand un pays était conquis, ils concedaientà tous ceux qui se convertissaient à l’islamisme les privilèges des musulmans , c'est-à-dire que les vaincus pouvaient posséder des biensfonds , porter des armes, et parvenir à tous les grades militaires et civils. Ces prérogatives amenèrent parmi les chefs slaves un grand nombre d’apostasies.

L’Église romaine essaya de conjurer ce danger. En 1249 le pape envoya chez les Illyriens quelques mineurs conventuels , parmi lesquels étaient les frères Pelegrin et Jean, du royaume d'Aragon.

Il leur était particulièrement recommande de maintenir la pureté du dogme catholique et de combattre l'hérésie des pateruiens. Ces derniers, nommés aussi pauliciens, n'admettaient ni sacrements ni sacrifices ni prêtres. Ils jeûnaient le veudredi, et observaient le dimanche en chantant des psaumes. Ils célébraient comme fête principale le jour de l'Ascension de Jésus-Christ. Ils avaient, diton, la croix en horreur, et s’appelaient entre eux pauliciens. li paraît qu'ils

avaient fait en Bosnie un grand nombre de prosélytes depuis que Paterne, leur chef , natif de Rome et banni de l’Italie, avait cherché un refuge dans cette partie de l’Illyrie.

Lors du recensement des frères mineurs fait à Assise treize ans après leur institution , il se trouva que l’ordre des cordehers en renfermait cinq mille. Saint François distribua dans toutes les parties du monde connu cette milice vouée, au soulagement des misères humaines (divisa inter sodales orbe ). La première céuobie qu’ils établirent fut fondée à Sée en Normandie.

Les difficultés que leur opposait l'ignorance des slaves méridionaux n’arrétèrent point leur zèle. Des lettres du pape Grégoire IX, datées du 7 juin 1234, témoignent qu’il existait à Bosna- Sérai un évêque de l’ordre des frères prêcheurs et aes préfets des Cordeliers a Slrigoiiia et à Grau. La Dalmalie comptait quatre custodies, et le vicariat de Bosnie huit.

Le fondateur de l'oeuvre avait désigné la Grèce à Benoit d’Arétiuin, qui fut le

firemier propagateur de son ordre dans a Romanie. Il parcourut ces provinces sans autres armes qu’une croix de bois et le bâton de pèlerin. En 1274 l'Illyrie orientale ne comptait pas moins de trente-neuf custodies.

L'inquisition essaya de s’établir dans ces provinces. On trouve, sous la rubrique de 12tis dans les annales de Wadding , des frères mineurs inquisiteurs établis en Rascie, en Servie et dans toute l'Illyrie occidentale. Ils marchaient escortés d'exécuteurs, et ne résidaient nulle part à poste Uxe.

En 1324, le P. Fabien, assisté de deux assesseurs de l’ordre des frères mineurs, établit le siège principal de l'inquisition dans la Bosnie , et bientôt l’Illyrie occidentale se couvrit de custodies, d'associations secrètes, de prisons et d’échafauds. Sous le voile des intérêts religieux, les chevaliers et les comtes se permirent les exactions les plus condamnables. Ces persécutions allumèrent des guerres funestes, qui durèrent de 1364 à 1460. Les pauliciens , traquésdans leurs retraites comme des bêtes fauves, se virent réduits à implorer le secours des Turcs , et con-

sentirent à devenir leurs tributaires; la guerre se poursuivit avec plus d’acharnement que jamais. En 1461, le légat apostolique ayant conseillé aux Bosniaques de romp're avec les Turcs , Mahomet II lit une invasion subite dans le pays, et devant ses hordes les inquisiteurs disparurent ; quelques cordeliers, suivis d'un petit nombre de chrétiens, se réfugièrent dans les forêts, où plusieurs chapelles en ruines attestent leur présence et leur zèle dans ces solitudes Les paterniens et les Grecs qui avaient favorisé l’armée ottomane ne furent pas plus épargnés que les catholiques, et les vainqueurs étendirent le carnage et la dévastation sur cette malheureuse contrée. Thomas II, qui régnait alors, fut contraint de se retirer dans la palanka de Klioutch , où il dut accepter les conditions de vasselage qu’il plut à Mahomet de lui imposer. Muni du traité qui lui garantissait le trône , il se rendit à la tente du sultan. Mais au lieu de recevoir son serinent, on lui signifia, ainsi qu'a ses ministres, l’ordre d'embrasser l’islamisme : Thomas préféra la mort à l’apostasie; saisi par (es bourreaux, il fut écorché vif, et le corps du martyr servit de but aux flèches des mahométans.

Quand cet orage fut passé, lescalholiques sortirent de leurs retraites et se soumirent à toutes les conséquences de la servitude; à ce prix il leur fut permis de conserver la foi de leurs pères , et depuis ce temps Rome n’a point cessé de nommer des évêques de Bosnie. Le premier est celui de Trébigné, qui est ordinairement choisi parmi les religieux de l'ordre des jacobites de Raguse; le second réside à Phoïnitza, dans le couvent du Saint-Es-

firit. Il comprend dans sa juridiction a Srebrnitza et le sandjiac de Seraglio. Ce prélat est élu par les cordeliers, qui choisissent toujours un Bosniaque ; la cour de Rome lui alloue un traitement de six à sept cents francs.

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