‹ Provinces danubiennes et roumaines par mm. Chopin et A. UbiciniChapitre 229 sur 300 · LUS PAYS ROUMAINS · texte numérisé non relu

LUS PAYS ROUMAINS

étendue et limitrs des pays Roumains. — Ancienne Dacie. — Origine, du nom de Valaques. — Division de la Roumanie en trois parties. — Roumanie turque. — Roumanie autrichienne : Transylvanie, Rulsovine et Ha uat,- ■ Roumanie russe : Bessarabie. — Population de la Roumanie.

Étendue de ta Roumanie.

A l’extrémité orientale rie l’Europe, entre le I)niester,les Carpathes, la Theiss, le Danube et la mer Noire , s’étend une eontrée sur le sol de laquelle tous les peuples de l’Europe orientale, Russes, Polonais, Turcs, Hongrois, Allemands, se sont rencontrés, depuis cinq siècles, comme sur un vaste champ de bataille.

Cette contrée, l’ancienne Dacie, dont une portion appartient aujourd’hui à la Turquie, une autre à la Russie, une autre à l'Autriche, est habitée par une population compacte et homogène, dont la physionomie, la langue, les monuments, les coutumes, le nom même, dénotent l'origine latine.

En effet, le nom de Valaques donné par les géographes aux habitants de cette contrée , n’existe pas dans leur idiome national. Ils s’appellent Roumains (/tou-

mtmn), en souvenir de leurs aïeux que Trajan fit venir de l'Italie et des autres

Eirties de l’empire pour repeupler la acie, après la dispersion de la race indigène , et donnent à leur pays le nom de Terre romaine ( Ttara romanesca ).

Les lettres le nomment Roumanie- La dénomination de Valaques est empruntée aux idiomes slaves, qui, par un procédé d’assimilation assez commun chez ces peuples, traduisireut le mot Romain (péifiaïbç, fort, robuste), par Vlak ou Vloky, signifiant la même chose dans leur langue, de la même manière qu'ils transformèrent théologie en hegoslovia (discours sur Dieu), géographie en zembleopissania ( description de la terre ), Laetitia ou Euphrosine en Rada (allégresse), Théodore en Rogdan (présent de Dieu ), etc. (1 ). Les Bulgares les premiers, venus des rives du Volga dans cette partie de la Mœsie appelée depuis Bulgarie, désignèrent par ce mottes agriculteurs et pasteurs romains avec lesquels ils se trouvèrent en contact. Le même mot, adopté par tous les peuples de race slavonne, Russes, Polonais, Croates, Roliêmes, etc., qui l'appliquent indifféremment aux anciens Romains et aux races latines modernes, devint l’o-

(i) Le Protectorat du exar , par Jean R...

INTRODUCTION

résine du nom de V laques ou Valaques, donné par restriction à la fraction la plus considérable des habitants de la Roumanie (1).

En effet, si la Roumanie est uue par l'origine, la langue, lareligion, les mœurs, la géographie, elle est divisée politiquement en trois parties, la tioumanie turque , la Roumanie autrichienne, et la Roumanie russe.

Roumanie turque

La Roumanie turque est formée des deux principautés de Valachieetde Moldavie. C’est de eelles-ci que nous écrirons plus particulièrement l'histoire.

Roumanie autrichienne.

La Roumanie autrichienne est formée de la Transylvanie, de la Bukovine , du Banat de Temesvar, et des pavs adjacents.

Transylcanie . — T, a chaîne des Carpathes, après avoir séparé la Hongrie de la Gallicie, en suivant une direction du nord-ouest au sud-est, descend en ligne droite vers le midi, perpendiculairement au Danube; puis tourne subitement vers l’ouest, parallèlement à ce neuve, jusqu’à ce qu'elle rejoigne le territoire hongrois. la* pays compris entre ce bras des Carpathes forme la Transylvanie.

C'était autrefois la Dacie méditerranéenne. Au moyen âge, les Magyars ayant appelé SUvana regio le pavs situé à l'est de la Hongrie, la contrée qui se trouvait au delà reçut le nom de Vitra Silcana ou Trans Sylrana. Eu hongrois on l’appela Erdeltj ( Ardalie), de erdo, forêt (2).

Ouverte, au nord et à l’ouest, du côté de la Hongrie, elle a pour voisines, au delà des Carpathes , a l'orient la Moldavie, au midi la Valaehie.

Sa superficie est évaluée à 1,103 mil-

(*) Rurirns, tte ttrgno Datmntiat , lib. VI, cap. V. — Selon une autre explication, Flaccus, chef des colonies que Trajan envoya en Dacie, donna au pays son nom, auquel le temps fit subir une légère altération. Voyt% encore, pour l’éclaircissement de cette question, la note de la page 11.

(a) De Géraudo, ta Transylvanie et ses habitants. ,

les carrés géographiques; sa population, à 2,073,737 habitants (1).

Cette population appartient à diverses races entièrement distinctes, et dont les principales sont : les Hongrois, les Szecklers ou Sicules, et les Saxons. Chacune de ces trois nations a son territoire, «jue la loi lui assigne , la première a I ouest et au centre, la deuxième a l’est, la troisième au sud et au nord ; chacune a son administration, ses droits, ses privilèges distincts; chacune figure pour son propre compte à la diète qui représente ce que l’on appelle la Trinité transylvaine, instituée solennellement en 1345, à la diète deTorda

Les Hongrois sont les premiers; ils ont conquis le sol au dixième siècle.

Après eux viennent les Sicules, fraction du peuple magyare, qui l’oeeupaient bien avant eux. Enfin arrivent les Saxons, admis au douzième siècle en qualité de colons. Les armes de. la principauté, jadis puissant royaume, se composent d’un aigle pour les Hongrois, d’un croissant et d’un soleil pour les Sicules, et de sept tours pour les Savons (2).

Au-Jessous des trois nations sont les Valaques, anciens maîtres du sol et les plus nombreux habitants, qui ne possèdent pas de territoire en propre, et qui, dispersés sur toute la surface du pays, gardent profondément empreint le sentiment de leur nationalité.

Leur nombre est diversement estimé.

Un publiciste roumain , dans une brochure publiée récemment (3), le porte à 1,486,ooo, chiffre évidemment exagéré; M. Vaillant (4), à 970,000; de Gerando, à 570,000. Le gouvernement autrichien n’ayant pas encore publié de dénombrejrteiit exact par nationalités, ce qu’il y a usqu’à présent de plus précis , ce sont es tableaux statistiques dressés par religions pour les divers États de la monarchie. Or, ces tableaux comptent pour la Transylvanie 725, 7oo habitants du rit grec non uni. Voilà donc: déjà un chiffre acquis à la nationalité roumaine,

(i) Almanach de Gotha pour] 1 854.

(•*) De Géraudo Apco cita ta.

(i) G. Chainoi (Ton Gliica), Démit re occupation des principautés danubiennes pur ta Russie.

(4) Vaillant, la Roumanie.

L’UNIVERS

les Valaques étant les seuls habitants de la Transylvanie qui professent la religion grecque. Si l'on ajoute 70 à 80,000 Koumaius catholiques, l'on obtient le chiffre de 800,000 individus, qui me parait le plus approcher de la vérité.

Bukovine. — La Bukovine , comprise entre la Gallicie et la Podolie au nord, la Moldavie à l'est et au sud, laTran-

Sj’lvnnie à l'ouest , offre une population e 380,000 habitants, presque exclusivement roumains, sur un territoire de 189 milles carrés géographiques.

La Bukovine faisait anciennement partie du territoire moldave, dont elle fut démembrée peu de temps après la paix de Kaînardji (1774). Voici comment Sehocl, dans son Histoire abrégée des traités, rend compte de cette spoliation : « Peu de temps après la signature de la paix de Kaînardji, l’Autriche profita de l'épuisement où se trouvait l’empire ottoman , de ses liaisons avec la Russie, pour faire une acquisition importante nux dépens de la Porte. Les Russes étaient maîtres de la Moldavie. Un district de cette province, qu'on appelle la Bukovine ou la foré.' Bouge, et qui est située entre la Gallicie et la Transylvanie , avait anciennement fait partie de cette principauté. Etienne V, prince de Moldavie, l’avait réunieàses États. L’impératrice-reiue ayant réclamé la Bukovine comme dépendance de la Hongrie, les Russes, qui venaient de conclure la paix avec les Turcs, mais qui n’avaient pas encore évacué leurs conquêtes , remirent ce district aux Autrichiens. La Porte ne voulant pas se brouiller avec la cour de Vienne, le lui céda par trois conventions dont on ne connaît que les dates, qui sont: le 7 mai 1775, le 12 mai 1776, et le 25 février 1777. Grégoire Gliika, prince de Moldavie, ayant protesté contre cette cession, la Porte le lit mourir le 12 octobre 1777. Ainsi, l'Autriche acquit , à l'ombre d’une négociation mysiérieuse, un district ayant une surface de 198 milles carrés géographiques et une population de 132,000 ilines. »

Banal et pays adjacents. — Le Bannt, les districts de Vacaras, les évêchés d'Osez et d’Ungrad, sur le territoire hongrois, renferment un autre groupe de Roumains, que les statisticiens éva-

luent pour le moins à 1 ,200,000 âmes.

Roumanie russe.

La Roumanie russe est formée de la

firovince de Bessarabie, qui faisait égaement partie de la Moldavie, et que la trahison de Oéinétrius Morousi livra aux Russes en 1812 (I).

La Bessarabie est bornée au midi par le Danube, au nord et à l’est par le Dniester et la mer Noire, à l'ouest par la Bukovine et le Pruth, qui la sépare de la Moldavie. « Elle forme ainsi, dit M. Hommaire de Hell, entre ce fleuve et le Dniester, une lisière de plus de 600 kilomètres de développement, et dont la largeur moyenne ne dépasse pas 80 kilomètres. Cette lisière, qui s’élargit peu à peu en se rapprochant du littoral maritime, se partage en deux contrées totalement distinctes, autant par la nature rie leur population que par leur constitution topographique. La partie méridionale , a laquelle les Tatares ont donné le nom de Boudjiak, se compose du pays plat, qui s’étend au bord de la mer, entre les embouchures du Danube et le cours inférieur du Dniester. Cette région, qui présente déjà tous les caractères des steppes de la Russie, et ne possède que quelques maigres ruisseaux sans importance, est principalement favorable à l’élève du bétail; l'agriculture proprement dite y est peu productive, a part dans quelques localités, le long des cours d’eau, où se sont établies de nombreuses colonies d’Allemands et de Bulgares (2). La partie septentrionale, confinant à l'Autriche, présente, au contraire, un pays de collines admirablement accidenté, couvert de magnifiques forêts, et riche de tous les produits des climats tempérés les plus favorisés (3). » La superficie totale du pays est évaluée à 2,148,584 hectares, sur lesquels on compte 823,875 hectares de terres labourables, et 832,112 hectares de prairies.

Suivant M, P. deKccppen, la population

(i) Traite de Bucarest, du 18 mai 1810. (a) On complait, en 1840, 10, i53 famille*, bulgares, formant uu total de 6a,a3o individus, établies dans le Boudjiak. Le nombre des familles allemandes ne s'élevait qu'à 1,736.

(3) X. Hommaire de Hell, Revue de FAI gerie et des cotonies, tom. XIII, p. 809.

INTRODUCTION

ne serait pas moinare de 792,000 habitants, répartis entre 8 villes, 16 bourgs, 1030 villages et hameaux.

La province est partagée en 9 districts,dont les chefs-lieux sont, en partant du midi,!smaïl, Akermaii,Khaboul,Bender, Kichinev, Beliz, Orgiev, Soroka et Khotin. La capitale est Kichinev, sur le Bonik, petit affluent du Dniester, avec une population de près de 45,000 âmes, parmi lesquelles on compte de 15 a 18,000 juifs.

Son commerce peut être évalué en moyen ne à 8, 250,000roub les( 3 3 ,000 , 000 fr. ), dont un onzième seulement à l’importation (1).

Population de la Roumanie.

En résumant les données précédentes, nous trouvons que la population roumaine, dans les limites de l’ancienne Dacie, atteint un chiffre de plus de 7 millions d'habitants, répartis de la manière suivante :

SB

o £ os Z

ai

Mo Ido* Valachie 4,000,000

Transylvanie. . . . 800.000

Bucovine 386,000

Banal et pays ad-

accnts 1,300,000 2, .380,000

Bessarabie

7,180,000 fl)

(1) lùicl.

(a) Ce chiffre ne comprend que les Roumains des principautés. Mais il existe encore sur le territoire ottoman proprement dit, en Bulgarie, dans la Dobrôdja, en Macédoine, des col mies roumaines 1res- compactes, qui ne doirent pas être évaluées à moins d’un demi- RHlli>n d’individus.

LA moldo-valachie.

Si-

Ceograpialc et slatlatlqae.

Position, limites, étendue. — Montagne», rivières. — Climat , productions. — Revenu agricole, exportations, importations. — Population— Races ; Roumains , Grecs, Arméniens, Juifs, Tsiganes ou Bohémieus. — Partage de la population par classes. — Privilégiés et contribuables. — Boyarie.

' 5° U origine. — Rangs. — Assimilation des rang, de la boyarie aux grades militaires. — Classe intermédiaire. — Négociants et artisans patentés. — Paysans cultivateurs. — Mosneui, ou paysaus propriétaires. — Paysans corvéables. — Rapports du propiiétaire et du paysan.

enant

La Valachie et la Moldavie s'étendent entre 48ü5©' et 43‘ 38' lat. N. et 20°20' — 27TO' long. E. Séparées l’une de l’autre par le Milkov et le bas Sereth, elles sont limitées au nord par la Transylvanie et la Bukovine, à Test par le Brutb, au sud et à l’ouest par le Danube.

La superficie totale, en y com| les lies du Danube, atMfijm’ tre-vingl-huit, est évaluée à carrées, dont 3,820 lit

chie, et 1,907 pour la Moh La Valachie (en turc, tfln/l) se divise en deux parties, séparées par le cours de l’OIto : la grande Valachie à Test, et la petite Valachie à l’ouest. On y distingue aussi, de même qu’en Moldavie, le haut pays ( i’sara de Sous») et le bas pays ( Tsara de Schoss ),

Le territoire de la Moldavie (en turc, Boûdan ) s'étend, sous une forme longitudinale, de Test à l'ouest ; sa plus grande longueur est d’environ 70 lieues, et sa plus graDde largeur de 35. Les deux frontières de Russie et d'Autriche occupent, chacune d'un côté opposé, la presque totalité de sa circonférence, en laissant à la frontière valaque un développement de près de 30 jieues. La frontière du Danube, du côté de la Turquie, n'a qu'une étendue de 4 lieues (2).

(x) G. Chainoi, loco citato. N. SuuUo, JVo lions statistiques sur la Moldavie.

(») SouUo, loco citato. *

L’UNIVERS

Montagne», rieiéret.

La Valachie s'élève par degrés , depuis les immenses plaines du Danube qui la borde dans toute sa longueur, jusqu'aux Carpathes, dont le pie le plus élevé (l’Omul ou le Knra Imam) atteint de ce côté une élévation de 2,650 mètres. Braïla, sur le Danube, est a 15 métrés, Bucarest à 77, Ploïesti a 141, Tergowist à 262. Le sol de la Moldavie est beaucoup plus montueux et plus accidenté. Les pics principaux sont : le Piou ou Tchacléou, dans le district de Neamtzo (2,720 mètres), le mont Rareou.dans le même district (2,008 mètr. ), et Vrantcha, dans celui de Poutna.

Les principales rivières, outre le Danube, sont, en Valachie : le Chyl, l’Aiouta ou Ollo, l’Argis, la Dimbovitza , la Jalomnitza; en Moldavie: le Sereth et le Prulli.

Le Chyl, naît dans l’intérieur des Carpathes. sur le plateau de Transylvanie, d’où il sort par le déUlé de Vulkau. arrose Craïova, capitale de la petite Valachie, et Unit dans le Danube en face de Rahova.

L'Aiouta, ou i’OIto, qui séparé la petite et la grande Valachie, tient egalement de la Transylvanie ; il entre en Valuchie près de la Tour-Rouge par un délilé de 40 kilométrés de longueur, arrose Rininik, Slatina, et finit en face de Nicopoli, apres s'étre partagé en plusieurs bras.

L’Arçis, ou Ardjich, descend du revers oriental des Carpathes, arrose Argis, ancienne capitale de la Valachie, et se termine au-dessous d'OItenitza , en face de Turtukaï.

La Dimhovitza, qui arrose Bucarest, capitale actuelle de la Valachie, est un afiluent de l’Argis, dont le cours est parallèle au sien.

La Jalomnitza baigne Tirgovitz, ancienne résidence des hospodars de Valachie, reçoit deux petits affluents, le Telesin et le Rahova, et finit dans les grandes dérivations du Danube , au-dessus de Hirschova.

Le Sércth prend sa source dans les Carpathes, traverse la Ruknvme, entre en Moldavie près de Mihaïleni, coule tout le long de la principauté qu'il divise en deux, reçoit à droite la Moldave, le Bistritea, le Trotouch , le Milkov, le

Uoiizeo, a gauche le Berlat, arrose Roniano, petite ville dont le nom indique l'antique origiue, et se termine près de Galatz.

Le Prutli vient également de la Bukovine, entre en Moldavie par son extrémité la plus reculee près de Mainormtza, reçoit la Gigia grossie du Bachlui, ruisseau fangeux qui passe a Jassi, capitale. de la principauté, coule non loin de Huch,où Pierre 1er fut enveloppé avec son armée par les Turcs en 171 1, et se perd dans le Danube près de Reni.

La Valachie compte plus de quarante sources d'eaux minérales de toutes sortes; les plus fréquentées eu Moldavie sont celles de Slanik, dans le district de Bakeo, de Borca dans celui de Neamtzo et de Strounga , non loin de la ville de Tirgo-Formos.

Climat, productions.

Le climat de la Moldo-Valachie réunit les extrêmes les plus opposés : en hiver, c'est le froid de Moscou ; l’été, les chaleurs de la Grcce.A proprement parler, on n’y rencontre que ces deux saisons, qui succedeut brusquement l'une a l'autre. L’hiver dure environ cinq mois, de novembre à la fin d’avril ; pendant les quatre premiers, U neige couvre constamment la terre, et'i’on ne peut voyager qu'eu traîneau.

Peu de contrées d’ailleurs, eu Europe, sont aussi favorisées de la nature. Aux vastes et fertiles plaines, auxquelles le Danube sert de ceinture, succèdent, du côté des Garpathes.de magnifiques pâturages, des forêts de bois propre à la construction, des salines de sel gemme qni peuvent rivaliser avec les meilleurs produits de ce genre en Europe, enfin des montagnesde sel recouvertes a peine d’une légère couche de terre, et que personne na jamais exploitées. La région moyenne, mêlée de plaines et de coteaux, de prairies et de bois, offre des aspects d'une beauté ravissante.

Les caractères des pays de plainéS, des pays forestiers et des pays de montagnes, se réunissent dans ce territoire. Toutes les productions lui appartiennent : l’olivier et l’oranger sont les seuls arbres européens que le sol et le climat ne favorisent pas. Ses nombreux vignobles fournissent d’excellents vins, qui

Digitize

INTRODUCTION

n'attendent qu’une exploitation intelligente pour rivaliser avec les vins de France. Point de terrains stériles, point de landes. Un grand nombre de rivières, l’OIto, l'Argis, la Jalomnitza , la Bistritza, roulent des paillettes d’or arrachées aux flancs des montagnes. Ces mêmes montagnes renferment dans leur scindes mines inexploitéesde mercure, de fer, de cuivre, de bitume, de soufre, de charbon de terre, etc. La cire, le miel, le tabac, le beurre, le laitage, les cuirs, les peaux, le lin, la graine jaune, la laine, la soie, le gros et le menu bétail, la volaille, le gibier, s’ajoutent à la richesse naturelle de ces contrées. Là toutes les céréales abondent ; point de moyens artificiels pour stimuler la production ; les engrais , les amendements sont inconnus. Le froment y donne seize ou même vingt-cinq fois la semence; le seigle, trente; le millet, trois cents (I). On y trouve des forêts entières d’arbres fruitiers, tels que poiriers , abricotiers, cerisiers. La plus grande partie des montagnes ressemble, pour la variété et la richesse des productions, aux plus beaux de nos jardins (3).

devenu agricole , exportations, importations.

On compte dans les Principautés environ 3.700,000 hectares cultivés, dont la production annuelle est évaluée à 260,000,000 piastres, ou 88,000 francs : ce qui donne une moyenne de 24 francs par hectare. En Angleterre, cette moyenne est de 441, c’est-à-dire qu’un hectare de terre dans les Principautés rapporte environ le vingtième de ce qu’il rapporte en Angleterre.

La plus grande partie de la production est en céréales. Cette production a été évaluée ainsi pour les dernières années :

Froment 4,500,000 hectol.

Maïs. 6,000,000

Seigle, orge, etc. 1,700,000 plus, 800,000 hectolitres de pommes de terre. Cette dernière culture est encore toute récente en Moldavie, et presque inconnue en Va!achie(3).

(O Michel Anagnosli, ta Vatachic cl la Molaa vie .

(*) Malte-Brun, Géographie générale.

(3) Ciiainoi, loco cilaio.

Sur cette quantité, les Principautés exportent annuellement près de 4,000,000 hectolitres de céréales, représentant une valeur approximative de 30.000,000 fr.

Les autres branches de l'exportation peuveut être classées et évaluées de la manière suivante :

Bêtes à corne et chevaux 1 5,000,000 fr.

Sel 2,800,000

Bois de construction, laines, peaux, suifs, cire, lin, vin, etc. , 11,000,000; soit, en total, 58,800,000 fr. (t).

Le total de l'importation dépasse 50,000,000 francs, dont un tiers pour la Moldavie, et deux tiers pour la Vatarhie Les principaux articles d'importation sont les produits manufacturiers de Leipsick , qui arrivent dans les Principautés par la Bukovine , la Transylvanie et le Danube; les marchandises dé Vienne, consistant eu draps, cbaussures.gants, voitures, instruments de musique, verrerie de Bohême, glaces, vaisselle, faïence, etc. ; celles de Cronstadt (Transylvanie), consistant en objets d’un usage vulgaire , tels que grosse toile , couvertures, peaux tannées, papier, quincaillerie, ustensiles de ménage, poudre, plomb, etc.; les marchandises du Levant, consistant en produits coloniaux et épiceries, huiles, olives, caviar, salaisons, tabac, cotou en fil, manufactures anglaises et françaises, fer et acier anglais, vins étrangers, etc. ; les marchandises de la Russie, consistant en farine, poisson salé, ustensiles en cuivre, fourrures, etc. , les marchandises de Frauce, telles que soieries, draps, parfumerie, gants, livres, et articles de modes (2).

Villes principales.

Les Principautés comptent peu de vrilles importantes. Les seules que nous trouvions à mentionner sont :

Bucarest ( Bucuretci ), capitale de la Valachie, et résidence des princes depuis 1600, située au milieu d'une plaine (tout une partie descend par une pente douce jusqu’au bord de la Dimbovitza,

(i) Ce chiffre repré«eutc la moyenne de* dix aimées 1837-47, d’après les documents officiels.

(») G. Chainoi. loco citato.

L’UNIVERS

qui traverse la ville (I), offre de loin l’aspect (fun immense village de quatre lieues de tour, et percé de cinq grandes rues qui en forment les artères principales. L'espace compris entre ces rues, semé de maisons et de jardins, conserve le nom turc de ma halte (faubourg), et forme quatre-vingt-six paroisses portant chacune le nom d’une église. Suivant la statistique dressée par M. Vaillant, Bucarest renferme une population de plus de 100,000 habitants, y compris 5,000 etrangers et près de 9,000 Tsiganes. On y compte 10,000 maisons, 20 monastères, 130 églises grecques, 1 église catholique, 2 églises protestantes, 5 synagogues, 10 khans ou hôtelleries, 1 collège et 80 écoles. La ville d'ailleurs est peu riche en monuments. Les seuls qui méritent d’être cités sont : la métropole, l'hospice Brancovnuo, l'hôpital de Coltsa,etsa tour en ruines construite en 1715 par les soldats de Charles XII, et le couvent de Saint-Georges.

Giurgeoo, sur le Danube, vis-à-vis de la forteresse turque de Koutschouk , à 70 kilom. sud de Bucarest, doit son nom à un fort bâti anciennement par des navigateurs, sous l'invocation de saint Georges, sanlo Giorgio , dont les Turcs ont fait Giurgio, puis Giurgevo.

Ses fortifications furent rasées en 1829, aux termes du traitéd'Andrinople, et son territoire restitué par la Porte à la Valachie. C’est actuellement un des points les plus fréquentés des priucipautés. en raison du mouvement des bateaux à vapeur de la mer Noire et du Dauube.

/Jraila , autre port sur le Danube, à environ 72 milles de Bucarest, 00 de la merNoire, et à 4 lieues de Galatz (Moldavie ),n'étaitégalcment, il y a une trentaine d'années, qu'une forteresse turque autour de laquelle se groupaient à peine quelques centaines d’habitants. C'est aujourd'hui une ville de 1 1 à 1 2,000âmes. La forteresse, cédée à la Valachie, après le traitéd'Andrinople, a été démolie, suivant une des clauses du traité, et le gouvernement en a fait don à la ville, qui

(i) Un proverbe dit : Dimbovitta , apa doter, quitte o ben, no se mai duce, - Dirobovitza, eau douce ! qui la boit, ne s'en va plus. » Le nom même de Buenresci, dérivé de bue une, signiGe • joie, plaisir. »

a bâti, à l’aide des pierres provenant des démolitions , de vastes magasins sur le quai, destinés à recevoir les céréales. En effet, Ibraïla. déclaré en 1836 port franc, est devenu le point central de l'importation et de l’exportation de toute la Valachie par la voie maritime.

On peutencore mentionner, sur leterritoire vainque, Tergovist ( Turguvici ) ( 10,000 hab.) sur la Jalomilza, ancienne capitale de la principauté, remarquable par son château, qui servit de résidence à Mircea et à Michel le Brave \Craloca, capitale de la petite Valachie( 15,000 h.), Ploiesti , chef-lieu du district de Pracova ( 10,000 hab.)

La Moldavie ne renferme que deux villes importantes : Jassi et Galatz.

Jassi (l'ancien municipium Jassiorum) capitale de la principauté depuis 1529, bâti sur la pente d'un coteau assez élevé , au pied duquel coule le Bachlui, un des affluents du Prutb, à quatre lieues de la frontière russe, renferme une population de 50 à 55,000 habitants , sur lesquels on ne compte pas moins de 14,000 juifs. Les seuls monuments dignes d'attention que possède Jassi sont la lourde Basile le Loup, la nouvelle cathédrale, l’ancien palais nouvellement restauré, l’église dite des ’J rois- Saints, et le monastère de Frumos ( Formosa).

Galatz ( Galatzi ), port franc (I), sur le Danube, près de l'embouchure du Pruth, et à 16 lieues environ d’Ismaîl, fait, de même qu'lbraîla , une concurrence redoutable à Odessa pour l'exportation des blés et le commerce en général (2). La ville est divisée en deux parties : l'ancienne ville, d’un aspect sombre et repoussant, construite entièrement en bois, et pavée de poutres placées en travers de la chaussée, comme presque toutes les villes russes et molao-valaques; et la ville moderne, bâtie à l’européenne sur la colline qui domine le Danube, et permet de découvrir la dernière chaîne des Balkans.

La France, l’Angleterre, l’Autriche, la Russie, la Grèce, la Sardaigne, entre-

(i) Galal/. a été déclaré port franc par un office princier en date u'u a 8 août 1 834.

(a) Voy., plut lias, les détails relatifs au commerce de Galaiz et dlbraïla.

INTRODUCTION

tiennent chacune des consuls ou des agents consulaires à Jassi, à Galatz et à lbraïla. Ces mêmes puissances ont un agent et consul général a Bucarest; la Prusse et la Belgique également.

Population.

En 1832, la population des deux principautés réunies s'élevaità 3,299,362 âmes; savoir:

Valnchie . . . 2,032,362 Moldavie . . . 1,267,000

En 1838, le gouvernement valaque ordonna un nouveau recensement qui accusa 413,000 familles; soit, à 5 individus par famille, un total de 2,065,000 habitauts (I). Mais le recensement ne tenait compte que des classes contribuables, et laissait complètement en dehors toutes les classes nou soumises à l'impôt, tels que les boyards, les ordres religieux, les esclaves des particuliers , les domestiques, etc., dont le nombre ne doitpasëtre évalué à moins de 170,000 ; en sorte que le chiffre réel de la population atteignait vers cette époque 2,235,000 individus.

Cette même année , la statistique moldave accusait, d'après Colson, 1 ,419,000 âmes, ce qui donne, pour les deux principautés réunies, 3,754,000 âmes.

Cette même population est estimée aujourd'hui,en nombres ronds.par suite des accroissements successifs depuis 1839, à 4 millions d'individus, dont 2,500,000 pour la Valachie (2) et 1 ,500,000 pour la Moldavie (3).

Races.

La population des Principautés se partage, sous le rapport ethnographique, en deux grandes classes , là race roumaine ou indigène, et les races indigénées.

La première, sortie du mélange des

(i) J'ai suivi la moyenne adoptée par tous les latistiriens, et par les agents mêmes de l'administration chargés du recensement : cependant il résulterait, de recherches faites dans plusieurs localités, que cette moyenne serait ,un peu trop élevée, et ne devrait pas être calculée à plus de 4,75.

(a} G. Assaki , Almanach valaque pour

(3) t, 46a, ro5, d’après la statistique dressée par N. Soulzo.

anciens Daces et des nombreux colons romains que Trajan importa dans cette coutree, après l’avoir conquise, forme environ les neuf dixièmes de la population totale. Grands, robustes , beaux de visage, intelligents, les Roumains avec leur costume, que l’on dirait emprunté aux bas-reliefs de la colonne Trajane, rappellent, à la rudesse près de la physionomie, les fiers guerriers dont ils descendent. Cette mâle expression est remplacée chez eux par un air de tristesse et de résignation, résultat des longues souffrances qu’ils ont dtl supporter. En effet, dit uu historien contemporain, « il est peu de contrées, peu de populatious qui aient été plus maltraitées , plus foulées, plus torturées ; leur histoire n’est qu’un long martyre ; et, quand on lit ce monstrueux récit de dévastations et de massacres, ou s'étonne qu'il y ait encore là des habitants et quelques coins de terre cultivés (I). »

Les autres races , qui se sont adjointes peu à peu à la nation indigène, sont très-nombreuses. Je ne mentionnerai ici que les principales , celles qui ont retenu le plus de leur physionomie native; ce sont :

Les Grecs. Ce n’est guère que dans le courant du quinzième siècle que les Grecs commencèrent à s'introduire dans les Principautés pour y faire le commerce. Plus tard, la nomination des Phanariotes à la dignité d’hospodars en attira un grand nombre de Constantinople et des autres parties de la Turquie qui se fixèrent dans le pays et s'allièrent au familles indigènes, avec lesquelles ils ne tardèrent pas à se confondre.

Les Bulgares. Dès le septième siècle, et avant même leur conversion au christianisme, les Bulgares , établis sur les bords du Danube , envoyèrent des colonies dans la Dacie. A des époques plus récentes, les guerres entre la Porte et la Russie, notamment celles qui furent terminées par les traités de Jassi (1791) et d’Andrinople (1829), déterminèrent l’émicration a’un grand nombre de familles , qui vinrent s’établir sur le territoire valaque ou moldave, tandis que, au rebours, de nombreuses colonies de Moldo-Valaques, chassés de leur pays par

(1) Lavallée, Histoire de l'Empire ottoman.

L’UNIVERS

le fléau ries guerres et l’oppression de leurs princes, allaient chercher un refuge sur le sol ottoman. Les Bulgares des Principautés, comme ceux de la rive droite du Danube , sont agriculteurs et pasteurs.

Les Arménien». Au onzième siècle, les invasions des Persans forcèrent un grand nombre d’Arméniens a se réfugier en Pologne et en Moldavie. De nouvelles émigrations plus considérables eurent lieu en 1342, 1418 et 1606. Le commerce du Levant en attira d’autres de Constantinople. Ces derniers, établis en général dans la basse Valachie et la basse Moldavie, ne parlent entre eux que le turc, tandis que leurs coreligionnaires fixés dans le haut pays, ont conserve l'idiome national : circonstance qui dénote assez leur double origine (I).

Lee Juif». Les Juifs des Principautés sont Espagnols ou Polonais. Les premiers viennent de Turquie où ils émigrèrent de l'Espagne et du Portugal au quinzième siècle, par suite des persécutions de Ferdinand et d’Isabelle la Catholique. Ils se prêtent facilement à la civilisation européenne, et se tiennent plus particulièrement en Valachie. Les seconds, dont la Moldavie fourmille, et qui composent le tiers de la population de Jassi, sont venus de la Russie et delà Pologne autrichienne, fuyant, d'une part, le recrutement, de l'autre, les troubles de la Callicie. Leur physionomie a quelque chose de tatare ; et M. Vaillant croit reconnaître en eux ces Avars qui, au neuvième siècle, embrassèrent le judaïsme. Le titre d echagan ou khagang ne portent leurs rabbina, et qui était celui du chef des Avars, lui en parait une assez forte présomption.

• Banquiers, agents de rhange , marchands, colporteurs, courtiers, cabaretiers, artisans, distillateurs, il n'y a pas ne bourg ou de village où ils n’aient su faire fructifier leur industrie, ni de ville où ils n'aient des établissements. Ils parlent en général un allemand corrompu, et en partie le russe et le polonais (2). » Les Juifs venus de Turquie se reconnaissent, au contraire , à leur idiome espagnol.

(i) N. SouUn, loco cilalo.

(i) IM.

Les Tsiganes ou Bohémiens. — Les Tsiganes sont, d'après l’opinion la plus accréditée (I), une rare hindoue nui aurait émigré eu Turquie à la suite aes arméesdeTimour(Tamerlan)après la prise de Delhi en 1399, et se serait répandue de là dans le reste de l'Europe, où ses hordes nomades sont connues sous différents noms (2). Dans leur propre langue qui est un dialecte indien, tenant au sanskrit, ils s'appellent Houmna-chdl ou Houmi, c’est-a-dire hommes errants ; dénomination très-juste , car ils sont généralement nomades , exerçant les métiers de maréchal, de chaudronniers, de musiciens, jongleurs, diseurs de bonne aventure, etc.

On rapporte communément à l’année 1417, sous le règne d’Alexandre le Bon, la première apparition des Tsiganes dans les principautés danubiennes. M. Bataillard, d’après deux chartes découvertes récemment dans les archives du monastère de Tismana, dans la petite Valachie, la fixe à une époque quelque peu antérieure, qu’il ne précise toutefois

fias. Suivant cet auteur, non-seulement es Bohémiens existaient déjà en Valachie au milieu du quatorzième siècle, mais ils y étaient déjà, comme aujourd’hui, à Pétât d’esclaves (3). Pour ce qui est de l’origine de cet asservissement, sans exemple dans les autres contrées de l’Europe, on l’ignore complètement.

Les Tsiganes, dans les Principautés, se distinguaient autrefois en Tsiganes de l’État, des monastères et des particuliers. En 1844, un office des princes Alexandre Ghika et Michel Stourdza, ayant proclame l'affranchissement des deux premières catégories , celles-ci ont

(i) Consultez, sur l’origine et la langue des Bohémiens , les savantes recherches de MM. Vaillant, Paul Balaillard, Henri, etc.

(a) Bohémiens, Égyptiens, en France; Gypsies, en Angleterre; Tchiaganes , en Turquie; Tztigan, en Russie; Cigonr , en Hungrie; Cykan, en Bohème; Zigeuner, en Allemagne; Caird et Keidenrt , c'eM- à-dire païens, en Écosse el en Hollande ; Fonte et Fanter, en Norwége ; Zingari.en Italie; Gitqnos, en Ispagne, etc.

* (3) Balaillard , Nouvelles recherches sur r apparition et la dispersion des Bohémiens en Europe,

Diç

Googli

IimODUCTION.

été assimilées aux paysans cultivateurs, et soumises comme elles à l'impôt.

Considérés sous le rapport de leurs occupations et de leur genre de vie, les Tsiganes se divisent en trois classes : I* les Lajaches, nomades, formant des corporations et exerçant divers métiers, fabricants de cuillers et d'ustensiles de bois [lingourari , de lingourx, cuiller ), conducteurs d'ours (oursari) , maquignons, forgerons, etc.; 2» les latraches, sédentaires, (de vatra , foyer), cultivateurs et domestiques; les Nototsi, païens, demi-sauvages et demi-nus, toujours errants, vivant de rapines, ou servant de manœuvres dans les bâtisses.

Les deux Principautés réunies renferment environ 2.50,000 Tsiganes, dont 160,000 pour la Valacliie, et 100,000 pour la Moldavie 11). Le rapport des affranchis aux esclaves peut s’évaluer, d'une manière générale, aux deux cinquièmes.

Partage de ta population par classes-

Le réglement organique de 1831 divise la population des principautés en deux grandes catégories : les privilégiés et les contribuables.

La première est composée de tous les individus exempts d'imposition, quel que suit leur rang ou leur position dans l'État, tels que Imyards, employés de tous grades, prêtres, moines, religieux , soldats, domestiques, Tsiganes des monastères et des particuliers, etc. Leur nombre, pris en masse, ne doit pas être évalué à moins de «80,000 pour les deux principautés.

La classe des contribuables comprend :

1° Les négociants et artisans , désignés sous la qualification de patentés ; ils sont divisés en trois catégories, suivant l'etendue de leur trafic ou la nature de leur industrie, et supportent une taxe annuelle de 60 à 240 piastres (20 à

(i) M. N. Soutio compte , eu Moldavie, 13,198 familles seulement de bohémiens , dont 4,i63 familles à l'État, 3,535 aux monastères et 4, 5 ou aux particuliers Mais ce chiffre est vraisemblablement trop faillie. — Quant au chiffre total île la population tsigane ou bohémienne en Europe, il est évalué pur M. Vaillant à 767,000 individus. Voy. X Illustration . du 39 juillet 1854.

80 francs). Ils sont environ 120,000, dont 60,000 pour la Moldavie.

2" Les paysans cultivateurs, évalués à 6»o,ooo familles ou 3,200,000 individus, pour les deux principautés (1).

Lu récapitulant nous avons :

Valachie. Moldavie. Total.

Privilégiés. . . . 370,000 310,000 8X0,000

Jj (

■g I Négociants et

3 / artisans. . . 70,noo so.ono 170,000 3 j Paysans cul-

% I ti valeurs. . 3,000,000 1,300,000 3,3uo,oou

4,oikj,i«xi

Ainsi, plus d'un sixième de la population, dans la Moldo- Valachie, est exempt d'impôts. Les classes laborieuses déshéritées, celles qui n’unt aucun droit dans l'État, en supportent seules les charges.

Les quelques éclaircissements où nous allons entrer feront ressortir encore mieux cette inégalité.

Ce qu'on appelle la boyarie , ou nos blesse, 11e fut réellement instituée danles Principautés que vers la fin du quinzième siecle. « Jusque-la, dit M. Vaillant, tout homme d’armes portait le titre de boïer, que portaient anciennes ment les colons romains au huitième et au neuvième siècles, alors qu’ils conduisaient encore à la guerre des chararmés de faux et attelés de bœufs. Tout maître de char armé en guerre s’appelait boïer (bovis herus), comme tout maître de cheval équipé s’appelait cavalier ( cavali Itéras ) (2). » Ce titre, tant que la guerre durait, entraînait l’exemption de toute contribution ou charge personnelle.

Les grades auxquels on parrenaitdans la hiérarchie militaire étaient personnels. Le fils ne pouvait hériter du titre paternel ; et, comme tout Romain alors était soldat, tous les citoyens servant l’État, le juge comme l’employé civil, recevaient un titre militaire.

Radu ou Rodolphe IV, prince de Valachie, à la fin du quatorzième siècle conçut le premier l’idée de fabriquer une noblesse, sur le modèle de la noblesse

(1) Question économique des Principautés danubienne & ( par N. JJnleesco ) ; Paris, i85o.

(a) Vaillant, ta Roumanie.

L’UNIVERS

byzantine, en convertissant en titres les offices de cour. Ces titres, au nombre de dix-neuf, donnèrentlieu à trois classesde boyards.

La première classe comprenait :

1° Le grand ban de Craiova, gouverneur de cinq districts ;

2" Le grand vornik, ministre de I intérieur; . .

3° Le grand logothcte, ministre de la

justice \ ,

4° Le grand spathar, chef désarmées;

5° Le grand vesliar, ministre des finances;

6° Le grand poslelnik , ministre des affaires étrangères.

Les boyards de la seconde classe étaient, comme les premiers, au nombre de six; ils portaient un bâton en argent, mais point debarbe, ce privilège appartenant exclusivement aux grands boyards. Les voïvodes les appelaient M es fidèles boyards. Ils avaient place dans" le conseil des six grands boyards, mais pas de voix délibérative, si ce n’est lorsque le vo'ivode demandait leur avis (.1).

Ces six boyards de seconde classe étaient :

1° Le grand aga, préfet de police et capitaine des chasseurs ;

2° Le grand cluciar, fournisseur général de l’armée;

3° Le grand paharnik (échanson), qui versait à boire les jours de cérémonie ;

4° Le grand stolnik, intendant de la cour ;

5° Le grand caminar, qui commandait la garde du palais;

6° Le grand commis , qui inspectait les écuries de l’Etat.

i Ces deux classes de boyards prenaient place au conseil dans les jours ordinaires.

La troisième classe , composée de sept boyards, y siégeait seulement dans les grandes occasions. C’étaient :

1 "Le grand serdar.chef de la cavalerie;

2“ Le grand slandjiar, qui commandait le service du palais;

3° Le grand pitar qui surveillait le servicedes vivres de l’armée;

4» Legrand armash, inspecteur des prisons ;

(i) Kogalneceano , Histoire delà Vedachie et de la Moldavie; Berlin, 1837.

5» Le grand portier, maître des cérémonies;

6° Le grand satrar, inspecteur des tentes de l’armée;

7° Le grand cluciar de Ariè, inspecteur des magasins de l’armée.

Ces charges étaient en même temps militaires et civiles ; chaque haut dignitaire avait sous lui deux ou trois lieutenants. Le grand commis , par exemple, avait à son service un second et un troisième commis et une foule de sous-commis. Il en était de même des autres grands employés.

En temps de guerre , toute cette poussière de petits boyards prenait les armes, et avait chance d’arriver aux premières dignités; mais, en temps de paix , elle se mettait au service des grands boyards fonctionnaires, et jouissait des mêmés privilèges qui leur étaient accordés. — Les fonctions n'étaient données que pour une année; mais tous les dignitaires, grands et petits, au sortir ae charge conservaient leurs titres, ce qui multipliait le nombre des boyards.

Cette institution fut en grande partie l’œuvre du patriarche Nipnon, qui vint de Constantinople dans les Principautés sous le règne de Rodolphe, et y introduisit les mœurs et les usages grecs (1).

L’arrivée des Phanariotes dans les Principautés faussa encore davantage le principe déjà altéré, et engendra une foule d’abus. L’ancienne aristocratie roumaine, issueen Valachiecomme dans le reste de l'Europe des luttes du moyen âge, et qui s'était distinguée constamment par son courage et son patriotisme, était en grande partie éteinte , ou n’avait plus d’existence politique.

La plupart de ses membres avaient succombé dans les guerres contre les Magyars et les Polonais. Ses derniers représentants étaient tombés à Kalou-

areni, avant la transformation politique

e la Roumanie. Aussi ne reste-t-il plus trace aujourd'hui des anciennes familles princières : le dernier rejeton supposé des Brancovano est mort sang postérité il y a une vingtaine d'années

(1) Iæs Principautés roumaines, par Bolinlineano, 1854.

INTRODUCTION

En 1716, Nicolas Maurocardato, premier prince phanariote de Valachie, ayant rendu une loi aux termes de laquelle l’indigénat s’acquérait par le mariage avec une indigène, les Principautés furent livrées en proie à une foule d’aventuriers grecs, la plnpart originaires de Constantinople et de la Turquie, qui envahirent le pavs à la suite des princes, et devinrent, grâce aux emplois qu'ils obtinrent, la source d’une aristocratie nouvelle, avilie, corrompue, âpre au gain, étrangère au pays, qu’elle pillait sans vergogoe, et qui les flétrit du nom de clocot ( parvenus) (I). L’intrusion de cette noblesse exotique, organisée plus tard à la russe, acheva de plonger dans la misère et dans l’oubli les quelques restes de la gentilhommerie roumaine. Aussi voit-on aujourd'hui les vrais nobles des Principautés, ceux qui sont encore désignés comme tels dans les registres de l’état civil, et les seuls dans le pays qui aient des droits héréditaires, porter des sandales et conduire la charrue. Hue leur reste plus de leur ancienne illustration que de vieilles chartes poudreuses que la plupart ne sauraient déchiffrer, et le titre de nobles d’origine ( neamuri\ qui les place dans la classe des noncontribuables : seule distinction légale établie entre eux et les autres cultivateurs, au milieu desquels iisse font remarquer encore par un reste de fierté native empreint sur leur physionomie (2).

La boyarie, telle qu'elle a été établie par le règlement organique, d’après les constitutions de Pierre le Grand concernant la noblesse russe, consiste moins en des titres qu'en des rangs assimilés à des grades militaires. Les rangs sont décernés par les hospodars. Quiconque occupe un emploi dans l’Etat a un rang, et par conséquent est boyard. La boyarie ne forme donc point une caste close, elle se renouvelle sans cesse à sa

base. Lesoldat en devenant officier, le scribe qui a passé quelques années au service de l’État, deviennent nobles eux et leur progéniture jusqu’à la deuxième génération (1).

On compte en Valachie 3.200 familles de boyards et 2,800 en Moldavie (2) présentant un total de 30,000 individus.

Ces boyards se divisent en deux catégories, les grands et les petits boyards.

Les grands boyards, au nombre de 70 pour la Valachie et de 300 pour la Moldavie, composent une oligarchie qui concentre entre ses mains tout le pouvoir de l’État. Cette distinction a été introduite par le règlement organique; jusqu’à cette époque il n’existait aucune différence de boyard à boyard, quant à l’exercice des droits politiques.

Le même règlement fixe de la manière suivante le rapport des rangs de la boyarie aux grades militaires :

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