‹ Provinces danubiennes et roumaines par mm. Chopin et A. UbiciniChapitre 241 sur 300 · QUESTION L’INCORPORATION DR LA · texte numérisé non relu

QUESTION L’INCORPORATION DR LA

Moldavie. — f.a mort d'Alexandre attira sur les Moldaves tous les maux de la guerre civile, dont les Valaques leur donnaient l'exemple. L’ambition des princes se joue également et de l’élection et de l’hérédité. En Valachie, le pouvoir

(I) Histoire des Romqns de la Dacie, ». I*r, P- '94-

était électif ; les fils de Mirce I" se disutèrent â main armée les suffrages des oyards : en Moldavie, il était héréditaire; Etienne combattit avec le secours des Polonais Élie, son frère allié , soutenu par les Valaques. En 1435, les deux frères , tour à tour vainqueurs et vaincus , se décidèrent à partager les États d’Alexandre; Elie eut la Moldavie proprement dite; Étienne, la Bessarabie. Leur rivalité ne profita qu’à la Pologne, à laquelle l’un et l’autre ils prêtèrent hommage et payèrent tribut.

Etienne offrit un présent annuel de cinq mille ducats et de quatre cents chevaux ; Élie envoya chaque année à Ladislas deux voitures d’esturgeons, centchevaux, quatre cents pièces de soie cramoisie et quatre cents bœufs. Us jurèrent degarder entre eux paix et amitié; mais Etienne eut pour ses obligations envers son frère moins de respect que pour ses engagements envers l'étranger. Il s’empara d Elie dans un guet-apens , et lui fit crever les yeux (1443). Le meurtre appelle le meurtre. Quatre ans après il périt assassiné (1447).

Le désordre en vint à ce point que Casimir proposa à la diète d’incorporer la Moldavie au royaume de Pologne.

Son plan fut repoussé, parce que les Polonais redoutaient « l’esprit intraitable des Moldaves » et le voisinage des Turcs de Bulgarie. Il fut décidé que la principauté resterait dans la condition de simple vasselage,et que la république continuerait de s'en servir comme d’un boulevard contre les attaques des Ottomans (1450).

Bogdan, fils naturel d’Alexandre le Bon, disputait alors la couronne au jeune Alexandre II, fils d’Elie. Il amusa les Polonais pardes offres conciliantes, promettant de payer en tribut 7,000 piece* d’or, 200 cnévaux, 200 bœufs et 300 charrettes d’esturgeons. Puis il fondit sur eux à l’improviste au passage de Pasta, et en massacra un grand nombre (1450). « Ils ne reviendront plus, » disait-il. En effet, la diète décida qu’on lui laisserait la régence jusqu’à la majorité d'Alexandre ( 1 450). Son frère Pierre Aaron le tua dans un festin (1456).

Alexandre voulut alors ressaisir le pou-» voir; * mais, dit la chronique, comme, au lieu de chasser l’usurpateur, il ne

L’UNIVERS

chasse que sur les terres des maris, et nasse son temps à poursuivre les jeunes femmes , les maris et les freres complotent contre sa personne, et il meurt empoisonné (1456). » Pierre Aaron , pour assurer son autorité, ne se contenta point de prêter hommage à la Pologne ; il offrit au sultan Mahomet II un présent de 2,000 ducats. Mais il ne put échapper à la vengeance du (ils de Bogdan, et fut contraint de se réfugier à la cour de Casimir (1456).

ÉTIENNE LB GEAND ( 1456-1504 ).

Traité d'Étienne avec la Pologne (1459). — Il était temps qu'un chef habile et vaillant se mit à la tête des Moldaves et terminât cette triste période d'anarchie. Pendant que Vlad l'Em pâleur s’emparait du tronc de Valachie, Étienne IV succéda à Pierre Aaron. Son premier soin fut de réclamer l'extradition du meurtrier de son père. Sur le refus de la diète, il envahit la Podolie et la Russie Rouge. Casimir entama des négociations ; par une convention signée au mois d’avril 1459 il s’engagea a ne

fias troubler les habitants de llotin dans eur commerce de pêcherie ; à ne pas gêner la navigation du Dniester, enfin à retenir Pierre en Pologne, dans une résidence éloignée des frontières. De son côté, Étienne promit de respecter le commerce des Polonais, de prêter foi et hommage à la république , et de ne pas chercher d'autre protection que la sien ne, à condition qu'il serait traité et protégé en vassal fidèle.

r Guebrb contbb les Valaqubs (1462). — En paix avec la Pologne, il tourna scs rega rds du côté de la Valachie, et voulut profiter du mécontentement excité dans cette principauté par les rigueurs de Vlad le Diable. Il prêta son appui aux boyards révoltés et embrassa le parti des Turcs. Pendant que Mahomet marchait sur Bucarest, il s’empara de Kilia et de Bitgarod. Il comptait, pour prix de ses services , obtenir du sultan, son allié, la voîvodie des Valaques , et réunir sous son autorité les deux provinces de la Roumanie. 11 fut trompé dans ses espérances. Les Turcs lui enlevèrent les places qu'il avait pri-

ses, et installèrent Rodolphe III à la

place de Vlad (1462).

Gueuse contkk les Hox&bois ( 1 468.) —A prés la sou mission de la Bosnie et de l’Esclavonieet la mort de Seanderbeg, Étienne, effrayé des progrès de l’islamisme , renouvela scs traités avec la Pologne (1466). Mais, par les secours qu'il prêta aux Roumains d'Ardialie révoltes contre les Hongrois (1467), il s'attira la colère de Mathias Corvin, qui se vengea en épousant la cause de Pierre Aaron. Une armée hongroise franchit les Carpathes, passe le Séreth, et après avoir brûlé la ville de Roman s’arrête à Baia. Là se livre un combat sanglant ; Mathias, blessé d'un coup de flèche, bat en retraite; l’insurrection de Jean &apolia le force d'accepter la soumission d’Étienne (1468).

Gubrbe contbb lbs Tabtabbs. — Débarrassé des Hongrois , le voïvode de Moldavie dirigea ses entreprises contre les Tartares; il les battit à Leipniiz, et fit prisonnier le fils du khan. Celui-ci fut réclamé par son père ; Étienne lui fit trancher la tête en présence «les députés qui exigeaient sa délivrance, et afin de mieux montrer sa haine contre les infidèles et le mépris qu’il avait pour leurs menaces, il ordonna d'empaler les députés mêmes, à la réserve d'un seul, à qui l'on coupa le nez et les oreilles et qui retourna ainsi mutilé auprès de son maître, En imitant la pieuse cruauté de Vlad, Étienne croyait prouver à l’Église chrétienne l'ardeur de son zèle.

Bientôt après il fonda le monastère de Putna.

La Moldavie oabdb la neutralité bntrk la Hongrie et la Pologne. — Cependant la Pologne, jalouse de la Uongrie, ne cessait d’exciter les Moldaves contre Mathias Corvin.

Étienne ne céda point aux conseils intéressés de Casimir. Au lieu de tenter les chances d’une lutte inégale , il eut recours à la perfidie pour se délivrer de Pierre Aarou, à qui les Hongrois continuaient de donner asile; il attira daiis un piège sou rival trop confiant, ei le fit décapiter (1469). Il garda la neutralité pendant la guerre qui éclata, peu de temps après, entre la Hongrie et la Pologne (1472).

Nouvelle expédition en Vala-

PROVINCES ROUMAINES

chie (1473). — Mais tout en évitant de prendre part à la querelle de ses puissants voisins, il ne resta pas inactif. Il n'avait pas renoncé à ses projets sur la Valachie. En 1473, il attaqua Rodolphe III, le battit sur les bords du Melcove, prit Tirgoviste et entra sans résistance à Bucarest. Toute la province était conquise; le moment semblait venu de 1 incorporer à la Moldavie; il manqua d'audace , et se contenta d'imposer un tribut à Vlad VI, qui prit la place de Rodolphe.

Gukrrb contbb lus Tuhcs. — Après son départ. Rodolphe III reparut à la tête de quinze mille Turcs, avant-garde d'une armée de cent vingt mille hommes ( 1474). Vlad VI prit la fuite. Etienne, avec quatre mille Moldaves , deux mille Polonais et cinq mille Szicles, attendit les Ottomans sur les bords du Bdrlatu, entre Barnaba et Racoviça. Il les repoussa, leur prit en plusieurs rencontres quatrevingts drapeaux , les rejeta au delà du Séreth et du Danube, et, profitant de sa victoire, incorpora définitivement à la Moldavie le district valaque de Putna (1475 ). Pour rendre grâces au dieu des armées, il ordonna un jeûne de quarante jours, bâtit une église et lit empaler tous les prisonniers.

Les Hongrois l’excitèrent à poursuivre les hostilités, et lui offrirent le secours de leurs armes; mais son ambition hésitait devant les entreprises périlleuses. Content d'avoir refoulé les Ottomans, il n’osa point reporter chez eux l'invasion. Il voulut , au contraire , négocier la paix et envoya une ambassade auprès de Mahomet IL Le sultan insulta ses députés, et recommença la guerre.

Menacée au sud par les Turcs, à l’est par les Tarttires de Crimée, la Moldavie invoqua l'appui de la Pologne. Casimir, qui ne pardonnait point à Etienne d'avoir accepté la suzeraineté de Mathias Corvin , décida la diète à garder la neutralité. Les Moldaves , abandonnés à eux-mêmes , ne perdirent ni le courage ni l’espoir. Us disputèrent longtemps le passage du Danube , reculèrent lentement, et se retirèrent dans les places de Hotin , de Suciava et de Niamtz. Mahomet repartit à l’approche de l'hiver (1476).

L’année suivante, Etienne acheva les fortifications de Kilia et de Bilgorod.

En même temps il punit Rodolphe III de son alliance avec les Turcs, et rétablit Vlad le Diable. Celui-ci voulut reprendre à la Moldavie le district de Putna; il fut vaincu et bientôt après assassiné ( 1479),

Sa mort ne profita point à la Roumanie. Vlad VII, proclamé par Etienne, suivit l'exemple de Rodolphe et se joignit aux infidèles contre les Ardialiens et les Moldaves.

Sbbment de fidélité a la Pologne. — Étienne , voyant la trahison des Vainques et les préparatifs de Bajazet , implora les secours de la Hongrie et de la Pologne. Casimir exigea qu’il vint à Colomnia lui rendre hommage en personne. Au jour fixé , le voïvode arriva ; il mit pied à terre, plia le geuou et déposa son drapeau aux pieds du roi : « Rot très-gracieux, dit-il, je te prête serment de fidélité, je promets et jure sans feinte et sans artifice , avec tous les pays qui sont en ma puissance . ines boyards et mes fidèles sujets , fidélité et obéissance à ta seigneurie, à tes successeurs et au trône de Pologne. » Casimir répondit : « Nous te prenons, toi, tes boyards et les pays qui te sont soumis sous notre protection, et nous te reconnaissons pour notre voïvode. • Puis le suzerain et le vassal se donnèrent l'accolade; Etienne s'assit à la table royale, reçut de riches présents et revint en Moldavie avec trois mille cavaliers.

Nouvelle invasion des Turcs et des Valaquks(148 <). — Avec ce faible raifort et trente mille Moldaves , il essaya de défendre le passage du Danube; son courage échotia : soutenus par les Vainques , les Turcs opérèrent leur débarquement aux bouches du fleuve , et s'emparèrent de Kilia et de Bilgorod (1484). Etienne se retira dans la haute Moldavie. On raconte qu’arrivé aux portes de la citadelle de Niamtz il entendit une voix qui, du haut du rempart, criait à la sentinelle : « N'ouvre pas! ce n’est pas mon fils. » 11 reconnut la voix de sa mère , qui lui ordonnait de retourner sur ses pas, et d’avoir au moins le courage de mourir, s'il n’avait pas ja force de vaincre. « As-tu donc oublié que je suis ta mère ? * disait cette femme

L’UNIVERS

héroïque. Etienne ramena son armée contre les Turcs. Il les rencontra dans une étroite vallée , fondit sur eux , et les extermina presque entièrement. « De trente mille qu’ils étaient venus , dit un historien, il n’échappa qu'un très-netit nombre de cavaliers (t). » La vallée, couverte d'ossements, porta des lors le nom de Vallée Blanche.

INVASION HONGROISE. BATAILLE I>R Rom ANO (I486). — La guerre n’était pas terminée ; Vlad VII se maintenait dans le district de Putna ; il fallut pour le chasser une nouvelle campagne.

D’un autre côté parurent les Hongrois sous les ordres de Kraïot. Étienne leur livra bataille dans la plaine de Roman (I486). Il tomba dans la mélée avec son cheval tué sous lui. « Enfants , cria-t-il à ses pages , ne vous rendez pas ! » Purice,Tundc ses hérauts d'armes, mit pied à terre, le releva, et lui présenta son cheval. « Alors, dit la chronique, le cheval étant très-grand et Etienne très-petit de taille, Puricc se mit il genoux et lui dit : « Seigneur, perniettezmoi de vous servir de taupinière ; » et posant le pied d’Etienne sur son épaule, il l'aida à se mettre en selle. « Taupinière , lui dit Etienne en montant , je ferai de toi une colline. » En effet, apres la victoire il l’appela auprès de lui à Suciava, et en présence de toute sa cour : « Purice , lui dit-il, tu m'as servi de taupinière; je t'appelle Movila (colline ), et tu ne porteras plus d’autre nom ; tu m'as donne tou cheval , je te gratilie de cinq domaines; tu m'as apporté la tête de Kraïot, je te fais grand armas et te donne la fille du brave Pàrcalat) de Roman, que les Hongrois nousont tué. »

Telle est l’origine d’une famille qui, cent ans plus tard , devait régner sur les Moldaves.

Après sa victoire sur l’armée hongroise , Etienne put s’occuper en paix des affaires intérieures de la principauté. Il organisa l'administration, l'armée, les finances; la Moldavie rapporte à son règne l'origine de presque toutes ses institutions. Ses travaux comme législateur, lui ont mérité, plus que ses guerres, le surnom de grand. Il faut pourtant

(i) Félix Prlanlitix, Disitrl. dt itineribus nggrediendi Turcorum.

lui reprocher! d’avoir porté atteinte au principe de l'égalité par la création de la noblesse, importation funeste des Grecs venus de Constantinople.

Invasion polonaise. Echec db Jean-Albert (1494). — La Moldavie commençait à respirer sous son gouvernement tutélaire , lorsque , à la mort de Casimir, l’ambition des princes polonais mit tout en désordre. Jean- Albert fut couronné roi de Pologne ; il avait trois frères : Ladislas prit possession de la Bohème et de la Hongrie; Alexandre, du grand-duché de Lithuanie; Sigismond , de l'Ardialie. Celui-ci était le plus mal partagé ; Jean-Albert, d’accord avec Alexandre, lui promit en surplus la Moldavie. Mais Etienne n’était point disposé à la céder ; le roi de Pologne , avec quatre-vingt mille hommes, vint mettre le siège devant Suciava. Trop inférieur en force pour risquer une bataille rangée, le voïvode se tint sur la défensive. Il se contenta de harceler l’armée polonaise, lui coupa les vivres et la réduisit à la famine. In révolte éclata bientôt dans le camp de Jean- Albert. « Il nous sacrifie , disaient scs soldats, pour asservir la Pologne quand nous ne serons plus. » Lo roi fut contraint de battre en retraite. Comme il traversait la forêt de Cosmine, une ar ■née de paysans l'assaillit tout à coup. On n'entendaitquececri : «Tuez! tuez!

Etienne accourut , et acheva la déroute des Polonais. Jean-Albert put à poino échapper avec l'avant-garde ( 1494 ).

* Le succès de cette campagne prouve bien, dit un chroniqueur, que les Roumains sont indomptables; qu'on obtient d'eux plus par la conciliation que par les armes, et qu’il vaut mieux s’en faire des amis que de tenter de les mettre sous le joug. .

Le vainqueur força les prisonniers de labourer le champ de bataille et de semer des glands dans le sol fécondé par le sang de leurs compatriotes. 11 en sortit une forêt de chênes, qui porta le nom de forH rouge. L'année suivante, Etienne, en représailles de l’injuste agression de Jean-Albert, envahit la Pologne avec une armée de Moldaves , de Turcs et de Tartares , enleva cent mille prisonniers, et les abandonna aux Turcs, qui les dispersèrent en Bulgarie, en Ma-

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cédoinç, en Grèce, en Crimée et dans l’Asie Mineure.

Son alliance avec la Porte fut rompue par Ladislas, qui lui lit signer une trêve de trois ans avec Jean-Albert (1497), et ligua par un traité la Pologne, la Hongrie, la Moldavie et la Valachie (1498). En 1499, une armée turque passa le Danube ; elle fut vaincue et repoussée au delà du fleuve. Pour témoigner à Étienne sa reconnaissance, Jean- Albert lit mettre à mort un (ils naturel d'Alexandre le Bon, qui réclamait l’héritage de son père (1500). Il mourut lui-même l'année suivante. Par un revirement inexpliqué , les Moldaves se détachèrent alors de la ligue chrétienne, enlevèrent la Pocutie à la Pologne et engagèrent les Tartares à envahir la Poloue.

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