PRESENTS PAYÉS PARLA PR1NC1PAU1B DK MOLDAVIE
Du tribut 65,000
Du Baïram 60,000
Au résident du khan tartare. 9,200 Présents secrets à Constanti- , nople 250,000
(i) Lu piastre valait alors a fr. So c.
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PROVINCES ROUMAINES. 93
Intérêts de l’argent emprunté
. par le prince avant son avènement f>8,620
Au grand vizir 13,608
Provisions de Khotin 16,200
Au khan tartare et aux pachas voisins 45.000
Aux pachas en voyage 32,600
Aux officiers turcs 80,000
Aux amis du prince à Constantinople, aux veuves des Grecs qui ont servi le pays. 65,000 Aux Turcs de Jassi à l'occasion du Bairamet du Ra-
Au prince à son arrivée et à
son départ 12,000
Hôpital turc • 2,000
Toile à sacs . 405
Aux courriers pour Constantinople 3,850
Aux courriers de Constanti-
pie à l'étranger 1 2,400
Aux courriers de la principauté 7,600
Aux maîtres de poste et postillons 20,000
Gazettes de Vienne et de Pologne ; 2,390
Courriers extraordinaires à
Constantinople 12,750
Conrriers extraordinaires en
pays étrangers. . . ■ • 4,300
Papieretciredusecrétairegrec. 480 Papier et cire du secrétaire turc. 960 Vins et liqueurs du prince... 5,100 Entretien du palais et nourriture de la garde 36,000
Habillement des gens du prince. 4 ,000
Cuisine 21,000
Maintien de la servitude. 12,000
Uniforme de 200 hommes et
officiers du hetman 1,290
Gratifications de Pâques et de
Noël 30,000
Prêtres et maîtres d'école. . . 4,200
Aumônes aux veuves et aux
orphelins 12,000
Au chapelain du prince 1,670
Régal ries baptêmes et mariages auxquels assiste le prince
ou la princesse 6,000
Culture de la vigne de la cour. 260 Papier et bougie de chancellerie 720
Aux Turcs au service du prince 31,800
Maréchaussée nationale 71,500
Aux troupes étrangères 20,305
Musique turque, y compris 200 soldats seïméns et leurs
officiers 14.244
Habillement de la princesse. ■ 22,908
Huile et encre pour la tombe
des princes 6,000
Fête du prince 3,000
Aumônes delà princesse 6,500
Total.. 1,162,267
« On le voit, dit avec raison M- Vaillant , l’argent du pays s'en allait en cadeaux : Grecs et Turcs en avaient leur part , et tandis que le paysan roumain n’avait ni vêtement, ni lit, ni ustensiles de ménage, tandis qu’il couchait sur la glaise ou sur des nattes de jonc , ses spoliateurs étaient couverts de soie, d or et d’hermine. »
Les Phanariotes ne se bornèrent pas à ruiner ta Roumanie par leurs exactions ; ils détruisirent toutes les libertés publiques.
Les assemblées nationales furent entièrement abolies. De temps en temps les princes appelaient auprès d’eux les boyards et quelques marchands notables; mais ce conseil n’était point convoqué pour délibérer ; il devait écouter l’ordre du voïvode , obéir et se taire.
« Lesbovards, dit Thornton, qui composent le divan et prennent arrogantment le rang et les honneurs de la noblesse héréditaire , ne sont en réalité que des propriétaires opulents et d'impitoyables collecteurs d impôts. La plupart des nobles moldaves et valaques doivent leur titre aux hospodars phanariotes ; car ces êtres éphémères, ces ombres passagères de royauté peuvent d’un souffle conférer une dignité permanente, et l'homme auquel ils ont donné un emploi conserve, même après en avoir etc privé, le titre, les honneurs, et même les privilèges de la noblesse. La puissance collective des nobles , considérés comme un corps représenté par le Divan au grand conseil, est spécieuse et illusoire. Le Divan intervient eu apparence dans la direction des attaires publiques; mais il ne possède aucune autorité réelle , car dans le fait tout est conduit par le prince et par ses mims-
L’UNIVERS
très. Le Divan est plus spécialement autorisé à surveiller et contrôler les recettes et dépenses du trésor public , et la signature de ses membres est nécessaire pour donner de l'authenticité aux comptes annuels. Cette signature n’est cependant qu'une pure formalité, oui n'a d’autre objet nue d’empêcher les boyards de faire à la Porte des représentations contre le gouvernement du prince. F.n effet elle annulle virtuellement toute accusation de leur part tendant à charger le prince d’avoir opprimé le pays par des taxes indues ou d’avoir levé des contributions sans leur participation.
« Les Grecs qui se partagent les magistratures et les emplois honorables et lucratifs sont tous déplacés quand leur patron est déposé, et ils sont obligés de quitter la province, à moins qu'ils n'obtiennent, pour y rester, le consentement de son successeur. Dans ce cas, ils s'engagent par un serment solennel à ne prendre aucune part et à n’apporter aucun obstacle aux opérations de son gouvernement , à ne former aucun complot ni aucune intrigue contre sa personne et contre son autorité. S’ils ont épousé des femmes du pays, s’ils possèdent des terres, et si pendant trois règnes consécutifs ils ont tenu une conduite paisible et régulière , ils sont réputés avoir acquis la naturalisation et un rang parmi les boyards ou la noblesse. Les nobles , ainsi que le clergé régulier, sont exempts, sauf les demandes extraordinaires, de tout impôt, taxe ou contributions quelconques. Les boyards , personnellement , tremblent devant l’autorité du prince. Ils n'entrent pas dans le palais sans faire le signe de la croix , afin de détourner les dangers qui les menacent. En approchant de la salle d’audience , ils composent leurs traits et leur maintien , de manière à exprimer un respect servile. Peu d'entre eux ont la liberté de baiser la main du prince, et le grand nombre s'estime honoré de toucher sa robe ou ses pieds.
« L’éducation des boyards est peu supérieure a celle des gens du peuple. Les enfants sont instruits par des prêtres dans les maisons de leurs parents ; et ils sout entourés de Tsiganes, qui les
corrompent par une servilité abjecte et une vile complaisance pour tous leurs caprices. Formés par de tels instituteurs, ils passent dans un monde de vice et d'hypocrisie , saus aucun priucipe juste pour regler leur conduite , sans aucun projet généreux et aucun sentiment honorable.
« llsadoptenl indistinctement tous les vices des Grecs sans saisir leur vivacité ou sans les voiler avec cette délicatesse que les Grecs n’ont pas encore perdue tout à fait. Us confondent ce qui. dans la débauche, est le comble de la dégradation avec ce qui est le plus beau fruit de la civilisation ; et dans leur adoption grossière des mœurs de l’Europe ils se plongent dans toute espece d’excès et se livrent avec frénésie à la passion déréglée du jeu. Comme les Hongrois et les Polonais, les boyards ont un goût héréditaire pour les habits magnifiques et les équipages brillauts. Ils aiment les bals et les fêtes; mais leurs assemblées sont grossières et tumultueuses. Leurs tables sont ouvertes à toutes les personnes de leur connaissance; mais elles sont servies sans godt. Il leur est défendu, dans les villes, de former des liaisons intimes et même de fréquenter les étrangers.
u Les Grecs ont adopté un luxe plus u’asiatique; ils dorment apres leur iner sur des sofas, tandis qu'un domestique les évente pour chasser les mouches et rafraîchir l'air qu'ils respirent. Ils exigent de ceux qui sont près d’eux des hommages et les respects u’ils rendent eux-mêmes aux Turcs ’un rang élevé ; mais comme ils ont le sentiment de leur peu d’importance et de leur défaut de valeur personnelle, ils ne peuvent commander avec cette dignité qui caractérise les Turcs , et la pétulance de leur vanité se trahit ellemême dans la dureté de leur langage et et dans leur insolence envers leurs inférieurs (I). »
Tel est le témoignage d’un voyageur anglais très-impartial qui visita là Roumanie vers la fin du dix-huitieme siècle; il est en tous points d'accord avec celui du général de Bawr : • Les grands, dit
(i) Thoruton, Étal actuel de la Turi/uie, t. II, p. 49X-S10.
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celui-ci dans ses Mémoires (I), les courtisans et les gens riches sont lâches et rampants devant leurs supérieurs, insupportablement fiers avec leurs inférieurs. L’argent leur fait tout faire. Us sont intrigants, cabaleurs, sangsues impitoyables du peuple , oppresseurs des faibles, sévères envers leurs sujets et tyrans dans leurs maisons. »
Plus heureux que la noblesse , le clergé vit augmenter son pouvoir sous la domination des Phanariotes. Pendant le dix-septième siècle, il avait été soumis à l’impôt. Il en fut exempté en 1715 par Étienne Cantacuzène. Nicolas Maurocordato supprima ce privilège. Constantin Maurocordato le rétablit; mais il retira aux prêtres et aux moines le présent que le voïvode avait coutume deleur faire aux fêtes de Pâques. Michel Racovizza , par une politique différente, ordonna que les monastères payassent le tribut en deux termes et les prêtres en quatre s/erturi; il exigea même le poclonu (joyeux avènement ) et l’adjutorisza. Sous Scarlate Ghica , en 17GG, les sferturi des prêtres, pour trois trimestres, montèrent à 25,858 piastres, l'adjutorizza et le poclona à 27,045.
En 1769, Grégoire Ghica fit faire le dénombrement du clergé et taxa chaque prêtre à quatre piastres par année. En 1 766, le tribut des monastères montait à 82,807 jpiastres ; quatre ans après il fut réduit ae plus de moitié !
Malgré l’influence du clergé orthodoxe, les catholiques, les protestants, les juifs jouissaient de la liberté de conscience et de culte. Toutes les religions étaient publiquement pratiquées à Bucarest, excepté la religion musulmane.
« Les Turcs , dit Sulzer, et qui peut le voir sans admirer leur tolérance et leur modération? les Turcs, maîtres de ce pays , sont si fidèles à leur parole et à leur promesse qu’ils préfèrent adresser en silence leurs prières à Dieu plutôt que d’offenser la liberté exclusive du culte, accordée à la Valachie, par la construction d’une seule mosquée (2). »
Le tiers-état était divisé en plusieurs bresles, ou corporations, dont chacune avait son propre staroste. C’étaient :
(i) Cliap. II, p. 2.74.
(»} Sulzer, t. TU. p. 646.
1° Les neamuri, descendants des anciens nobles de la première et de la seconde classe ;
2° Les mazili, descendants des nobles de la troisième classe;
8° Les logothétes de la Vestiairie ;
4U Les logothétes du Divan ;
5° Les anciens capitaines de initie, qui, après la réforme de Maurocordato, n’étaient plus que chefs des slugitori ;
G” La corporation des marchands de.
Bucarest;
7° La urande compagnie des marchands de Cralova ;
8" La petite compagnie des marchands de Cralova ,
9° La corporation des marchands de Sitistrie ;
10° Les marchands de Cronstadt;
11" Les Arméniens ;
12° Les Juifs.
Le tiers-état faisait tout le commères de la Roumanie. Les négociants valaques fréquentaient les foires de Leipzig , de Dantzig et de Vienne ; les Grecs et les Arméniens, qui s’occupaient spécialement du commerce du Levant, allaient s’approvisionner à Andrinople, à Constantinople, âSmyrneetà Brousse.Giurgevn et Galatz étaient les principales échelles de la Valachie.
Les produits importés étaient principalement les draps de Bologne et de Leipzig, les camelots de France , les étoffes de Scio, de Venise, de Brousse et de Lyon , les fourrures de Russie, les teintures, les épiceries, etc. En échange, la Roumanie exportait les trésors inépuisables de son sol ; le blé , l’orge, le seigle, le maïs étaient exclusivement réservés pour l’approvisionnement de Constantinople ( 1 ).
La bourgeoisie fit des progrès considérables pendant le dix-huitième siècle grâce au luxe des Phanariotes et des boyards. Quant aux paysans, leur condition fut profondément modifiée par la fameuse réforme de Constantin Maurocordato.
Rf.fobme db Constantin Maubocobdato. — Cette réforme, publiée en 1740, comprend douze articles.