‹ Prud'honChapitre 102 sur 148 · DÉCORATIONS POUR L’HOTEL-DE-VILLE · texte numérisé non relu

DÉCORATIONS POUR L’HOTEL-DE-VILLE

préfet de la Seine pour lui demander de déterminer la somme qu’il aura à toucher pour sa coopération à la toilette de l’impératrice :

<i Paris, ce 30 ao>1t 1810. — Monsieur le Préfet, je vous prie de vouloir bien fixer un prix aux inventions, dessins, surveillance que j’ai donnés pour la fabrication de la toilette offerte à Sa Majesté par la ville de Paris, dont vous m’avez confié la direction, afin que je puisse de suite en toucher le montant.

« J’ai l’honneur d’être avec la plus parfaite considération, Monsieur le Préfet, votre très-humble et obéissant serviteur.

(I Pbud’ho.n, p‘".

« Membre de la Légion d’honneur * . »

La fête de nuit donnée aux nouveaux époux par la ville de Paris, le 10 juin 1810, fut d’une grande magnificence. On avait élevé en retour de l’Hôtel de Ville une galerie semi-circulaire à laquelle on communiquait par les appartements de la préfecture et qui rappelait assez celle de la place de Saint-Pierre de Rome. Elle était composée de vingt-deuxcolonnes semblables èi celles de l’antique édifice. Les colonnes du

1. L’original de celle lettre apparlienl à M. Carrier, venanl de M. Laperlicr.

DÉCORATIONS POUR L’IlOTEL-DE-VILLE. 3ô7

centre en avant de la porte du palais municipal soutenaient un entablement sur lequel était placée une longue frise peinte en transparent où étaient figurées les noces d’Uébé et d’ilercule. Deux groupes, dont l’un représentait la Victoire offrant l’olivier de la paix aux nations vaincues et l’autre la Renommée annonçant au monde l’événement qui devait assurer sa tranquillité, flanquaient celte partie principale de la décoration. Au centre, sous la frise, était placée la loge impériale, d’où l’on pouvait voir le feu d’artifice et au-dessus de laquelle on lisait cette inscription, tirée de la cantate de M. Amault pour la fêle du 2 avril :

En jurant leur bonheur, deux illustres époux Uni juré celui de la terre.

Dix figures avec attributs représentant le Commerce, la Victoire, la Science, l’Agriculture, la Navigation, les Beaux-Arts, l’Étude, la Musique, la Récompensé, l’Industrie, surmontaient les colonnes à' droite et à gauche*. Je n’ai pu retrouver aucune trace des neuf figures sculptées qui décoraient le trône impérial dans la salle du bal. Celles qui surmontaient

1 . Cos figures ont été gravées en petites proportions i>ar Roger, et plus en grand par Prud'Uon fils.

358 LES NOCES D’HÊBÉ ET D HERCCLE.

les colonnes ne nous sont connues que par les dessins de M. Camille Marcille et par les planches de Roger et de Prud’hon fds : nous ne possédons, des deux groupes qui accompagnaient la frise, que des gravures au trait tout à fait insulTisantes dans le volume, très-rare d’ailleurs, de Goulet'. Il en est autrement de la frise elle-même, dont il nous reste un beau dessin à M. Bellanger et une ravissante esquisse à M. Hauguet. C’est, comme toujours, une allégorie que le peintre avait intitulée Noces il'Hébé et d' Hercule. ,\u milieu de la composition, Hébé-Marie- Louise, le front ceint d’un diadème, met sa main, audessus de l’autel, dans celle d’Hercule-Napoléon. En arrière l’Hymen, une main sur l’épaule d’Uercule, l’autre sur celle d’Hébé, unit les royaux fiancés. A gauche, un Amour debout tient un flambeau. Puis vient une foule de figures qui personnifient la Vérité, la Force, la Gloire, l’.Vbondance, l’Industrie, le Dessin, la Sculpture, la Peinture, etc. .Vu-dessus de deux fleuves couchés, on voit Janus, Mars et Mercure, ain.si qu’un enfant traîné dans un char par quatre Amours; à droite, d’autres Amours, les trois Grâces et les neuf Muses. Cette longue frise, dans laquelle le peintre

t . Fêles à r occasion du ntariage de Napoléon arec ifarie- Lomse. Recueil de gravures au Irait avec une description par M. Goulet. Paris, Soyer. 1810, I vol. in-8.

LES NOCES D'HÉHÉ ET D’HERCULE. 339 a très-habilement vaincu la monotonie presque inévitable dans un pareil sujet, est une des plus charmantes conceptions de Prud’hon. La figure de l’impératrice, couverte d’une draperie rouge qu’elle relève sur son bras gauche, est délicieuse d’altitude et d’expression ; celle de Napoléon, qui n’est vêtu que de la traditionnelle peau de lion, est pleine de caractère et de grandeur. Le groupe des Grâces enlacées est exquis. On assure que celte composition a été exécutée à la détrempe à Fontainebleau ; mais cette peinture n’existe plus, et nous en sommes réduits au dessin et à l’esquisse que j’ai signalés.

C'est â propos de ces peintures et de ces sculptures de niôtel de Ville que Prud’hon écrivit au préfet la lettre suivante :

0 Paris, ce 22 mai 1810. — Monsieur le Préfet, ayant fixé le prix des peintures et sculptures arrêtées pour les fêles de la ville de Paris avec les artistes chargés de leur exécution, ils me chargent de vous prier de leur accorder des à-compte de la moitié des sommes convenues.

« J’ose également vous prier pour moi. Monsieur le Préfet, de vouloir bien me faire loucher, sur les travaux de la toilette de Sa Majesté l’Impératrice, un

360 LES NOCES D’HÉBÉ ET D’HERCULE, millier d’écus, attendu qu’occupé depuis du temps de ces objets, je me trouve nécessairement arriéré par le retard qu’ils ont occasionné dans les miens propres.

B Je me flatte. Monsieur le Préfet, que le zèle que nous mettons à vous satisfaire n’échappe point au désir que vous avez que ces fêtes soient brillantes et dignes des augustes personnes à qui vous les donnez, et que, porté par goût vers les beaux-arts, dont vous savez apprécier les productions avec cette finesse de tact qui vous est particulière, vous ne refuserez pas aux artistes qui s’y emploient l’objet essentiel de leur demande.

U J’ai l’honneur d’être avec la plus haute considération, .Monsieur le Préfet, votre très-humble et très-obéissant serviteur.

a PBUd’iiON, p'". »

Et sur la page suivante :

a Prix des peintures coloriées en transparent; sujet, iXoces d’Hébé et d' Hercule, figures de six pieds et demi, au nombre de quarante et une, et de deux groupes feints de sculpture composés de six autres figures de mêmes proportions, placés sur les avantcorps de la loge de Leurs .Majestés, 8,000 francs, a Sculptures ornant le trône de Leurs Majestés ;

Page 1