LE PRIX DÉCENNAL
Ironomie; on voit près d’elle les hommes de génie qui ont illustré les sciences ; Newton, Descartes, Galilée, Archimède; plus haut les poètes érotiques; dans le fond les poètes épiques et tragiqueset les peintres célèbres, accompagnés des .Muses qui entourent la déesse. Ou remarque parmi eu.x Homère, Virgile, Euripide, Sophocle, Corneille, Racine, Michel-Ange, Raphaël, le Corrége, le Poussin. Cette composition, de la plus belle ordonnance, du plus grand caractère, est complète, et c'est sans doute le chagrin et la maladie qui empêchèrent Prud'hon d’c.xécuter ce beau projet.
C’est en 1810 que le prix décennal institué par Napoléon devait être décerné. On attendait l’ouverture de l'Exposition avec une véritable anxiété. Les plus célèbres peintres de l’époque prirent part K ce concours et présentèrent leurs œuvres les plus justement réputées : David, les Sabines et le Couronnemml de l'Empereur; Gro.s, la Peste de Jajfa; Girodel, le Délaye et la liévoUe du Caire; Prud’hon, la Justice dii'inc. On sait ce qu’il advint de cette fondation, annoncée avec tant de fracas, et dont l’idée avait d’abord été accueillie avec enthousiasme par le public. Les rivalités se mirent de la partie. La com.nission hésita, fit un rapport évasif, loua, critiqua et ne conclut à rien, de sorte que le prix ne fut pas décerné. Outre son grand tableau.
LA VIEUÜL.
Pi‘ucl’lion Lvait encore exposé au Salon de 1810 une Vierge qui ne me paraît p;is être une de ses plus heureuses inspirations'. C’est une gracieuse jeune fille, représentée à mi-corps, les mains croisées sur la poitrine. Scs longs cheveux dénoués tombent sur le col et encadrent sa tète penchée, souriante, jolie, un peu maniérée, et qui n’a certainement rien du caractère do grandeur, de sainteté, de suprême chasteté que les peintres religieux ont donné à .Marie. Cet ouvrage fut pourtant remarqué, et je trouve dans le Salon de iSlU de M. Guizot une appréciation qui ne manque pas de justesse : « Cette dernière, dit-il, est d’une grâce très-séduisante; l’expression en est douce, timide, pleine de jeunesse et de pureté ; la couleur en est brillante, peut-être trop ; il y a beaucoup d’art et un peu de manière dans cette extrême suavité de pinceau, (pii dégénère si facilement en mollesse ; à force de fondre les contours, de ne rien arrêter, de ne présenter îi l’œil que des formes indéterminées, on tombe dans un vague, une incertitude, qui mènent à l’incorrection ; et quant au coloris, son éclat, quand il n’est pas
I. O labtcau a appartenu à ta ductiesse de Montehelto. CVsl ta veurc de t’un des flts de ta maréchate, M”>' Atfred de Montebetlo, qui le possède aujourd'hui. — It a été tilhoi-raphié par M”* Dumeray et par Aubry-Leconiie.
3üO MARIAGE DE NAPOLEON,
uni à l’énergie, nuit souvent à la vérité. » 11 ne faudrait certainement pas généraliser ces observations. Prud’hon est ce qu’il est avec ses admirables qualités et les défauts on plutôt les dangers de sa manière. Mais il faut convenir que la peinture religieuse n’était pas son fait. Il est amoureux de la forme, sensible, passionné ; il comprend la beauté voluptueuse et la pureté relative et humaine ; ne lui demandons pas de représenter les austères ligures de l’empyrée chrétien, et passons rapidement sur des œuvres qui n’ajoutent que peu de chose à sa gloire.
Pendant cette année 1810, Prud’hon fut occupé d’une foule de travaux, détruits pour la plupart, qui ont laissé peu de traces, et que je m’efforcerai de restituer au moyen de dessins, d'esquisses et de documents écrits. Napoléon venait de répudier Joséphine et allait contracter son union fatale avec Marie-Louise d’Autriche. La ville de Paris voulait célébrer celte union par des fêtes magnifiques et oITrir à l’impératrice des présents appropriés à la circonstance, qui témoignassent de la satisfaclion vraie ou feinte qu’éprouvait la population. Frochot était encore préfet de la Seine, et c’esl sans doute h son instigation
TOILETTE POÜR M AR lE-LOÜISE. 331
que son vieil ami Prud’hon fut chargé de peindre les décorations qui devaient figurer aux fêles données à l’hôtel de ville, ainsi que de composer les dessins et de diriger l’exécution de la toilette somptueuse dont le municipe fit hommage à sa nouvelle souveraine le 15 août 181Ü. Voyons d’ahord la toilette, aux dessins de laquelle Prud’hon se mit sans doute aussitôt que le mariage eut été décidé.
Elle se composait de la table avec le miroir et les coffres à bijoux, de la psyché ou l’écran, d’un fauteuil et d’un lavabo. Los formes générales sont celles des objets de cette nature pendant la période impériale, mais, dans une certaine mesure, assouplies et allégées par le grand artiste. Nous ne nous y arrêterons pas : c’est l’ornementation qui seule nous intéresse. Sur ce point, nous possédons un document précieux écrit de la main de Prud’hon : le programme qu’il soumit au préfet de la Seine, et qui explique sa pensée mieux que toutes les descriptions que nous pourrions faire.