‹ Prud'honChapitre 2 sur 11 · LE PAYS NATAL. ENFANCE ET ADOLESCENCE DE PRUD MON · texte numérisé non relu

LE PAYS NATAL. ENFANCE ET ADOLESCENCE DE PRUD MON

FRANÇOIS DEVOSGE ET M. DE JOURSaNVAILT. MARL\GE.

rRLDHON A PARLS. LE ROMAN DE LA RIE DU RAC.

Il y a pour les hommes, surtout pour les artistes et les poètes, qui sont g^ens impressionnables, deux manières assez opposées de traiter le coin de terre d'où ils sont partis pour vivre. Les uns. nombreux, s'y attachent, s'en pénètrent, s'en flattent, souvent avec indiscrélion, et y trouvent, aux lieures de défaillance, une source de rciiou veau. Les autres s'en détachent; ils en parlent avec amer ti me ou du moins l'aflectent ; ils ne song^ent qu'à être a Heurs ; mai ce sol, dont ils ne veulent ]»as joiiii-. lient à eux. C'est sans doute qu'ils y ont souli'erl, que là h'S hommes et les choses leur ont été adverses, et qu'après v avoir trop laissé d'eux-mêmes, ils de'sespèrent de l'aimer.

Prud'hon, le maître délicieux du sourire, soullVit beau-

G PliUDllON.

coup dans son pays, ol \r seul «It'-sir qu'il sut lui mar(|uor jamais fut celui do le (|uill('r : où dailleurs ne devait il pas souflrir? Sa petite ville cependant ne manquait pas d'une grande splendeur. Bien assise dans l'aimable paysag^e du Maçonnais au hord d<' la iiiosne capricieuse, Cluny, qui n'est plus aujourdluii (|iiun étonnant musée de restes, rtait au milieu du xvni' siècle un des plus beaux endroits du monde. Ramassée magnifiquement dans ses murs et entre ses tours, elle était restée une ville du « douzième » avec la profusion de ses maisons romanes et le majestueux déploiement de son abbaye. Mais Prudbon la trouvait trop vieille, sans arbres et presque sans ciel avec ses toits bas qui s'avançaient pour renrciiiier. et il n'y voyait pas le lididieur. Cluny n'a point de cliarnie et n'était pas faite [lour ses yeux : il n'en goûtait ni le caractère ni la somptuosité, n'en sentant que reninii : et. tout ce qu'il aimait des remparts, c'en était les buit portes, les jours où l'une d'elles lui servait à en sortir. Il s'en allait alors dans les bois qui descendaient jusqu'à la Grosne, ou vers la vallée de la Yalouze. aux peupliers si minces, qui était pour lui le commencoincnl daulre cliose; mais de cela même il ne se réjouissait guère.

Il est curieux d'observer qu'à trois petites lieues de là, quelques années plus tard, un autre grand rêveur d'art et dbumanité, épris de cette même nature, devait y laisser librement éclore son ardente jeunesse, et en gardeile besoin j)arini les déceptions de sa foTtune et de sa gloire. Lamartine a Saint-Point est la contradiction de Prud bon à

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Clunv. Il n'est qiio juste d'ajouter qu'au lieu fie l'étroite chambre prudhonienne, basse et encombrée, il avait un château avec des horizons pour ses rêves.

C'était au printemps de 1758, le 4 avril, que Piciie Pru(h)n était né, — lors de son mariage il modifiera la forme de son nom et s'appellera Pierre-Paul à la Rubens, — lui dixième et dernier, de Christophe, ouvrier tailleur de pierres, et de Françoise Piremol, mariés depuis 1733 : situation de dernier venu qui se remarque assez souvent chez les grands hommes. On le baptisa le jour de sa naissance,— un épicier fut son parrain, une marchande de draps fut sa marraine, — dans la g^rande église Saint- Marcel au beau clocher roman, à cmt pas de sa maison natale. Deux maisons, à vrai dire, revendiquent ce titre non sans quelque indifTërence : lu ne. j-ue Saint-Marcel, jadis rue des Tisserands, pai-ce qu'elle ])orle une plaque, — l'autre, impasse des Prêtres, aujourd'hui rue Prud'hon, parce qu'elle a la tradition pour »dle. Mais la plaque, bien que donnée par Eudoxe Marcille, le fidèle admirateur, ne peut faire autorité, puisque plus lard le catalogue de l'exposition, faite par ses soins, dit le peiiilre <( né impasse des Prêtres ». Alors pourquoi celle {da(|ue égarée et cet honneur mal rendu? Prud bon et Cluny néiaieni pas faits pour s'entendre.

Dominée par une forêt sonibie, 1 impasse n'élail pas large. Prud'hon n'y trouva pas moins la meilleure joie de sa vie, qui lui vint de sa mère, car il eut pour elle une sympathie passionnée : on ignorerait toul de cette humide.

si l'or, ne connaissait Tàine tïminine. sentimentale et fragile (le son fils, dont on ne peut douter, par la tendresse qui les lia, qu'elle ne fut toute proelie de la sienne. Il la perdit tût, et ce (jue l'enfant chaque jour trouvera de plus triste encore dans les lonirues petites rues de Cluny, ce sera l'absence de sa mère. Sa première occupation avait été de ramasser du bois dans la forêt. Bientôt il servit la messe du curé de Saint-Marcel, Tabbé Besson: on peut supposer, avec la faculté qu'ont les enfants de s'attacher à ([uel(|ue détail isolé des choses, que devant le bénitier de l'église, fait d'un admirable chapiteau, il fut pris par une tète de femme, souriante et suave, (ju'on croirait détac!i(''e de son œuvre, et attirée à elle comme à une sirène, lui qui devait séprendre à Rome d'une tète de Faune et la revoir plus tard vivante sur une femme. L'abbé, inte'ressé par la g^entillesse et l'intelligence de ce petit pauvre, lui témoigna beaucoup d'affection : c'était un homme de bien au bon sourire, de qui Prud'hon, revenant d'Italie, fer-a le portrait, en passant, dans une sorte d'adieu à son pays natal. Il lui enseigna quelques rudiments de la science, et, alors que l'enfant grandissait, le confia aux Bénédictins.

L'abbaye, superbe encore malgré les arrangements <!u xvni* siècle, était, avec son église grande comme Saint- Pierre, un des centres intellectuels de l'Elurope. Le petit Prud'hon n'y vit que des tableaux, et, ce qui le frappa en eux, ce fut l'idée qu'on pouvait représenter la vie avec de la couleur. 11 n'existe guère un cas plus caractéristique de

PHUDHON. H

vocjilion sponl.iiii'e : c'est bien, dans toute sa simplicité syiilliéli(}ut'. I" « AnrJiio son plUore » du jeune paysan de Corregio. C()ii{|uis. oljst'dr. JCiilant irunil des poils de cheval poui" un jnnccau et avec des lieibes et des fleui's qu'il écrase il a des couleurs : un uioinc lui disant aloi's que les laidcaux se prii^ncnl à l'huile, il s'invente une peinture.

Jl avait perdu son]>ère veis le même teiups que sa luère, et cette tristesse joinle à cette désolation fut dautaiil plus duie à son enfance (ju'il se sentait détaché de ses frères et sœurs, en (|ui il rencontrait « moins d'alfection et plus d'indifférence (jue dans des étrangers », et il devenait un isolé dans la vie : c'est ce qu'il écrira, jeune lionnne, dans l'amertume du souvenir proche. L"inquié tude le tient, et elle reviendra souvent à hii ; si dérangée que soit toute existence, il en est peu (jui arrivent à 1 être autant que le fut la sienne, avec ime telle variété de déchirements et d'égratignures. Nul doute qu'il n'essaie de se consoler dans une vision d'art et d'avenir. A <|uiuze ans, il peint l'enseigne du chapelier Charton, deux ouxiiers foulant du h'utre dans une cuve enguiidandée de loses. (ju on voit aujourd luii chez la fille d'Eudoxe Maicille. Mme Jahaii. où, gi'ossière et maladroite, elle sert de curit'use jtreniière page à son admirable collection prudhonienne. 11 jieint aussi les portraits de Piei'iot le IJavoux et de Golhon liihi. s(!s camarades ; et, avec eux ou tout seul, il longe, ■mcdaiicolique, la longue rue qui s «'dargit en de pelilcs places. — <le quoi mcltie aj)rès

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sa mort son buste au-dessus d'une fontaine, — et par où il r« vient toujours àlabbaye.

Le bon abbé Besson continue à veiller, et voilà qu'il cbarge un grand vicaire de Màcon d'intéresser 1 évéque au jeune homme. Mgr Moreau aussitôt le recommande aux États du Maçonnais, qui décident le 17 mai 1774 de l'envoyer à Dijon aux frais de la province. Prud "bon, tout fier et tout gêné de ses seize ans, arrive dans la capitale de la Bourgogne et il est placé sous la direction de François Devosge. Devosge, très bonnèle homme, amoureux d'un art qu'il comprend mieux (|u il ne le pratique, avait dévoué à cet art sa fortune et son temps, et fondé une école qui prospéra, devint officielle et eut son prix de Rome. Sans audace comme sans routine, l'esprit ouvert, le cœur surtout, il était un maître simple et excellent, qui devait avoir cette récompense glorieuse d'un portrait peint par Prud'hon et d'un buste modelé par Rude, — ses deux élèves. On l'aime, avec sa face sérieusement épanouie sous sa perruque Louis XYL ses yeux tranquilles et son large nez de bonté. Devosge fait partie de ce qu'on pourrait appeler la série des bonnes fortunes de Prud'hon, qui en eut ainsi, tout au long de sa carrière accidentée, pour contrarier les mauvaises ; et longtemps il soutiendra de ses conseils lindolent rêveur, compatissant à ses ennuis, aidant à ses misères.

On ne pourrait affirmer, d'après le caractère de Prud'hon, — et étant donné que sa personnalité va mettre plus de douze an? à surgir, — qu'il travaille avec beau-

BUSTE DE LA BAH t » N > E 11 E .1 O II K S A N V A U I. 1

(Musée (le Beaune.)

PHUDIION. 1^

coiij» de suite, mais on sail pourlaiil (jue les Etals du IMàconnais, irappés [)ar « les laleiils de ce jeune homme », lui accofdèi'ent des gralilications successives. Sa pi(jviace est bienfaisante en\ers lui : elle l'élève, le t'orme^ et déjà le prépare pour Paris. 11 laiil admirer la solliciUide de ces hommes d'aulrefois ; et, en voyant ces jielils- États du Maçonnais si intéressés à Prud'hon, l'on pense à ce Conseil général de la Manche qui, avec li' proyrèsdes temps, va bientôt marchander et malmener Millel.

l'out à coup, au connnencemenl tle l'année 1778^ Piud hon est rapp(dé d'ai"geii('(^ à Cluny : il doit s'y marier, bien (juil n ait pas vingt ans. Ce mariage qu on traiterait volontiers de la pire de ses infortunes, si l'on ne songeait. à ses enfants qui seront pour son art une si merveilleuse ins})iration, avait été rendu nécessaire par un caprice tle son dernier voyage au pays, par une fantaisie sans passion (ju'il avait suppost-e sans lendemain, et, selon Icsjolis termes fanés du plus ancien de ses biogra|)hes, do son intime ami Voïart, père de Mnu" Tastu, « il contracta une union mal assortie pour réparer les toris de l'amour » ; mais, vague et indt'cis, il avait attemhi le derniei- instant. 11 épousait une fennne d'une condilion supéri(Mir(; à ia sienne, la lille d'un notaire royal, Jeanne Pennet; et Clément émet l'hypothèse assez piquante que ce |iut être dans le désir de s'anoblir un peu qu'il ajouta alois une apostiophe et une h à son nom. Le mariage a donc lieu à Saint-Marcel, le 17 février 1778, a\ec Tassislance dubon abbé 1>( sson : touh; létudc < .1 là; trois clercs de-

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notaire soiil témoins. Et le 26 février, c'est la naissance du ;|)rt inier fils. Rien ne laisse croire (}ue Jeanne Pennet fAt jolie : la beauté de la fenmie de Prud'hon nous eût été connue; mais il est notoire qu'tdle était insupportable, et d'ailleurs sans fortune. Acariâtre, exigeante et tracassière, 4^11e le sera pendant trente ans, jusqu'à en être folle, et son mari, qui souvent se laissa séparer d'elle par les circonstances, s'efforcera plusieurs fois de l'oublier.

Aussitôt ay»rès son mariage, Prud'bon est pris d'un grand ■découragement : il ne se sent pas encore maître de son art, et dominé, asservi, étouffé par une famille trop tôt venue et qui ne lui a point apporté de joie. 11 n'a presque pas de ((uoi vivie et se délie de lui-même ; mais son âme émotionnable et moltile a des rebondissements soudains, -et parfois il lui passe devant les yeux des visions de lumière et de génie. A ce moment encore quelqu'un lui vit iit ■en aide : c'est le baron de Joursanvault, jeune genlilliomme de Beaune. collectionneur de chartes et de parchemins, qui, pris de sympathie. le protégée de sa fortune ^t de son autorité, et lui commande des dessins, et même Tin tableau.

Ce tableau, compliqué et indéchiffrable, montre déjà Prud'hon s'altachant éperdûment à l'allégorie qui sera la formule de sa pensée : parmi ce renouveau de l'antique qui va venir, d'avance il prend la poésie pour sa part. D'oii l'on peut prévoir — tout en tenant compte de l'influence •de Rousseau qui doit être notée avec quelque insistance dans l'étude de la personnalité de Prud'hon — qu'il sera

i, I>l^:!(.E^r;^; PREitRAM i, amour a (Dessin, Muaée de Chantilly

CUcUé Neurdein.

I A BiCII KSSE.

PIlUnilON. 19

un artiste piircmcnl (irii;iiial, et riiiipoilancc qu'il aura dans l'histoire des idées, bien qu'il ait vécu linrs des écoles et des systèmes en le laisser-aller de son indéj)endanc«;. La j)reniière lellie (|u'on connaisse de lui, et ((ui est adressée à M. deJoursanvault, date du temps de cette peinture (commencement de 177*.)) ; elle est fort sig-nificative par la sagesse et la compréhension sag-ace du jeune homme y critiquant son œuvre. D'abord il veut s'échapper de sa ville et de sa maison : « ... Savez-vous que j'ai aussi une grâce à vous demander? Toujours des grâces. Je crains bien de vous fatiguer. Mais non; celle-ci est d'un genre soutenable : c'est de me laisser sortir de mon maudit pays après que j'aurai exécuté les ouvrages soit peints, soit gravés, prescrits dans votre lettre. Outre que j'y perds un temps précieux que je regrette, je m'y ennuie au delà de tout ce qu'on peut dire . Laissez - moi aller à Paris, monsie h'. » Puis, prenant son œuvre à parti, et refusant d'accepté pour elle les louanges de son protecteur, il la touche avec une précision qui n'est pas incompatible chez un artiste avec l'indécision des habitudes, il l'attaque avec la rigueur et la minutie d'un maître impitoyable : incohérence de l'architecture, sécheresse des draperies, disproportion des figures, épaisseur des formes, platitude de la couleur, et jusqu'au manque d'expression des mouvements. Que dès cetti^ époque Prud'lion ait une connaissance délinitixe des lignes, les neuf éludes le prouvent, qui sont dans la salle Devosge, au musée de Dijon, dessinées d'après le nu pendant son séjour à

l'École, avec une science assez sûre pour en être inutilement

audacieuse. Mais, lui-même, il ne se connaît pas encore.

Cependant l'heure n'est pas venue de quitter Ciuny : il doit continuer à dévorer son impatience. Tourmenté, inquiet, il va, vient, dans ces mêmes murs, autour de ces mêmes maisons, et il travaille peu ou mal. 11 se plaint, non sans allégorie, que « la Fortune se fait un plaisir de lui être contraire », et, en effet, il a économisé quelques sous pour aller passer l'hiver à Dijon loin des siens, quand justement quelqu'un lui emprunte de l'argent ; il n'ose pas refuser, — toujours le même, un peu bon, un peu faible, — et aucun argent ne revient plus. Mais, au vrai, c'est Paris qui l'attire, ce Paris de maintenant, attisé, fébrile et voluptueux, plein d'effervescence et de grâce.

Enfin, au mois d'octobre 1780, M. de Joursanvault, lui ouvrant les portes, lui donne la liberté d'y partir, ou même il l'y envoie en compagnie d'un autre peintre, Naigeon, avec une lettre exquise pour le graveur Wille, à qui il recommande ses deux amis, ses « Ctifants adoptifs » : « ... M. Prud'hon, né avec un caractère moins fort, se livrant avec facihté à l'amitié, sans défiance de ceux quïl aime, peut tomber dans le précipice le plus affreux, et, des sociétés qu'il se fera à Paris, dépend le bonheur ou le malheur de sa vie. Son goût dominant est de sortir de la foule des peintres médiocres : il travaille avec ardeur, mais il faut que quelqu'un lui dise de travailler. Il est incapable de dérèglement par lui-même ; mais, s'il y est conduit, il peut y être extrême, et cette idée me ferait

l'ORTKArr !>E Ml"'' N M 111 ON Y ET 0 K SES EN K A NI' S.

(VluKcc (If Lyon.)

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frémir si je n'osais me flatter que par amour pour le bien, par amitié pour moi, par pitié pour cet enfant déjà marié depuis trois ans, vous daignerez vous Tattacher... C'est moins ici l'artiste célèbre que j'invoque, que le très parfait honnête homme, que l'homme humain et voulant le bien... » En celle jolie lettre de la lin du xviii* siècle, quelle chai-mante psychologie de Prud'lion I

Le voici dans cette terre promise pour Irois uns. A peine anivé, il écrit à M. de Joursanvault, il va voir M. Wille, aussi 31. Watelet; il s'achète un châssis, une toile et des pinceaux, et il s'installe rue du Bac, non loin de Mme de Staël, il ne semble- pas que Wille se soit occupé de 1' « enfant )). ou il le lit du moins sans s'attacher à lui. Prud'lion a besoin d'être poussé, relancé, tourmenté, service que sa fennnc lui rriidra pendant la Révolution, — et (|ui pourait dire (]ue cette mégère ne lui servit à rien? Mais peut être est-ce Prud'hon (|ui négligea Wille. Dans c.'llt' maison de la rue du liac, située du ccMé de Saint-Thomas d'Aquin, près de l'hôtel Vaulabelle, habitaient la famille Fauconnier, et Sylvain, et Ghamuffm : le jeune peintre de Cluny se lia avec tout le monde. Mme Fauconn^.r était dentellière de la Cour; et ces deux mots, de style très Louis X\ l, évo(juent un g-racieux fouillis de joliesse et de luxe, un mouvement ])erpétuel de féminité, un amas « flou » de futilités et de frivolités, somptueuses, légères et délicieuses, — filets précieux (tù jtouvait se prendre un jeune homme de ])rovince. Fauconnier, grand admirateur de Rousseau, \i\ait l;i avec sa fennue et ses deux s(eurs^

Nanotte et Marie, très familialement ; et Ton imag^ine combien Prud'hon. qui se sentait pour la première fois dans un milieu de douceur, dut facilement s'y laisser aller à être heureux. Il se prit pour Fauconnier dune amitié ardente, excitée sans doute par la tendresse qu'il ressentait pour sa plus jeune sœur. — tendresse discrète autan! que passionnée, trop discrète même au ^ré de Marie, qui attendait toujours un aveu de celui en qui elle espérait un fiancé. Car dans la conversation très intéressante où il saprissait de Rousseau et de Beaumarchais, des idées nouvelles, et de tous les bruits de la Cour qui logeait si proche de là, de l'autre côté de la Seine, Prud'hon, le cœur caressé, en oubliait de parler de sa ville et surtout de sa femme. Comme on le Aoit bien pensant à autre chose !

11 refila trois ans à Paris, On a dit qu'il y avait perdu son temps, et à la vérité il n'y peignit guère que pour le plaisir des Fauconnier. Mais il avait la joie d aller et de venir, d'ouvrir les yeux, de respirer l'air nouveau, et Vpn ne saurait traiter de temps perdu ces heures libres de la vie d'un artiste pour la seule raison quelles sont sans labeur appaienl. Les idées s'accumulaient dans sa tête, une A'ision peisonnelle de la beauté se précisait en lui. et peut-être a-t-il conquis son art à regarder les veux de Marie Fauconnier lui sourire. Pounjuoi Prud'hon quitta-t-il Paris à l'automne de 1783 ? S'en allait-il vraiment préparer son concours de Dijon, concours dont il ne savait même pas la date ? et ne peut-on supposer que l'embarras d'avouer cTUin à lu j'^une fille qui aspirait à l'aimer son mariage

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