SCÈNE V
arrive ici, dans un souper resté fameux, — et de façon si attachante qu'on s'en souvient encore après deux mille cinq cents années.
IRÈNE
Ah ! ne croyez pas que nous femmes, nous ne pensions pas souvent à ces grandes angoisses humaines. Nous ne vous demandons pas la vérité, nous ne vous demandons que l'intéressant... le grisant. Oui, Monsieur Erfeksen, parlez, parlez, ne fût- ce que pour mon amie et moi. Nous avons besoin d'aliments, de lumières, de certitudes... et de consolations.
CORNÉLIUS
Des certitudes là-dessus l Hélas I Hélas l Rien que des songes l La banquise immense des « pourquoi » sans « parceque »! L'Inconnaissable ! L'insoluble ! Du moins pour nos infirmes cérébralités présentes,... peut-être pour toujours 1
LARBALESTRIER.
Nos cerveaux s'améliorent. Leur clairobscur diminue, leur mobilier d'idées s'enri-
dd PSUKÈ
chit. Leur composition chimique et physique aussi. Qui sait ce dont plus tard ces outils seront capables.
CORNÉLIUS
Qu'importe notre infirmité actuelle devant ces énigmes! Comme l'a dit ce Platon dont tantôt je me risquais à évoquer l'ombre, la chose vaut bien la peine qu'on coure le risque d'y croire; c'est un hasard qu'il est beau de tenter et dont il faut s'enchanter soi-même! Quand on ne peut échapper à l'erreur, il faut faire de l'erreur l'intérêt de sa vie. Croire que tout est incertain c'est croire que tout est possible.
ERFEKSEN, reprenant.
Me voici lancé dans une bi«n grosse affaire, puisque des millions d'humains en ont été obsédés depuis les origines et qu'il a été fait là-dessus des boisseaux de suppositions...
MICHEL
Dites hardiment : de sottises.
ERFEKSEN.
Je dis donc : de sottises, pour vous complaire . Et, comme vient de le rappeler Monsieur