ORAISON
O petit teddy bear, j'aurais voulu parler de toi avec la plus douce des simplicités, et, pour te célébrer entièrement, être un pur latin. Un latin comme Fournier et mes autres camarades qui me reprochent certain désordre de l'esprit. Hélas! je suis un barbare et, malheureusement fort content de l'être, puisque cela m'amène à goûter dans l'univers l'esprit d'un Chinois ou d'un Allemand et à
rire des sottises toujours possibles d'un Français, d'un Anglais, d'un Canadien.
En la circonstance, vraiment, mon éclectisme ne m'aura point servi: classique, c'est pour toujours que j'eusse chanté la grâce de ton symbolisme qui, dorénavant, ours immortel, va durer quand même et malgré tout.
Cela eût valu la peine des mots, l'ordonnance des phrases et du fond.
J'en conçois un chagrin véritable qui ne s'éteindra pas. Car je te dois une heure de réjouissance indicible et une leçon qui, je l'espère, me rendra meilleur. Par toi, je viens de réfléchir à nouveau sur la méchanceté, la sottise et la vanité humaines.
Bête précieuse, débordante d'enseignements! Tu es pour nous une
présence salutaire et protectrice du mal de tuer avec orgueil : tu nous enseignes l'humilité! Non, je ne veux plus que l'on t'envoie en Europe au profit des occidentaux qui, en ce moment, ne sauraient pas te comprendre.
Nous sommes, peut-être, plus malades qu'eux et, sans aucun doute, plus sots et capables de moins d'humanité. Nous avons, par bêtise criminelle, épousé gaiement les fautes que tant de braves et pauvres petites gens cherchent là-bas à détruire.
Reste au milieu de nous, ours divin, symbole apparent — mais combien meilleur! — de l'actuelle humanité et de quelques-uns de nos contemporsins qui n'ont rien à envier à la plus infâme et à la plus stupide des barbaries.
DOUCHES CRISPEES. (1)