‹ PsychéChapitre 60 sur 128 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

a criminelle Psiché n'eut pas l'assurance de dire un mot. Elle se pouvoit jetter à genoux devant son mary ; elle luy pouvoit conter comme la chose s'estoit passe'e, et, si elle n'eust justifié entièrement son dessein, elle en auroit du moins rejette la faute sur ses deux sœurs; en tout cas elle pouvoit demander pardon, prosternée aux pieds de l'Amour, les luy embrassant avec des marques de repentir, et les luy mouillant de ses larmes. Il y avoit, outre cela, un

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party à prendre : c'estoit de relever le poignard par la pointe, et le présenter à son mary, en luy découvrant son sein et en l'invitant de percer un cœur qui s'estoit révolté contre luy. L'estonnement et sa conscience luyosterent l'usage de la parole et celuy des sens : elle demeura immobile, et, baissant les yeux, elle attendit avec des transes mortelles sa destinée.

Cupidon, outré de colère, ne sentit pas la moitié du mal que la goûte d'huile luy auroit fait dans un autre temps. Il jetta quelques regards foudroyans sur la malheureuse Psiché; puis, sans luy faire seulement la grâce de luy reprocher son crime, ce dieu s'envola, et le palais disparut. Plus de nymphes, plus de Zephyre : la pauvre épouse se trouva seule sur le rocher, demymorte, pasle, tremblante, et tellement possédée de son excessive douleur qu'elle demeura long-temps les yeux attachez à terre sans se connoistre et sans prendre garde qu'elle estoit nue. Ses habits de fille estoient à ses pieds; elle avoit les yeux dessus, et ne les appercevoit pas.

Cependant l'Amour estoit demeuré dans

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