SCÈNE vin
ANTINOUS, GORG1AS, DAFNÉ, BÉRÉNICE.
Par ici, princesses!... par ici!...
BÉRÉNICE
Où sommes-nous, s’il vous plaît?...
ANTINOUS
Ma foi, chères princesses, je l’ignore.— Nous avons été rejetés sur terre si brusquement en sortant du palais magique de votre sœur Psyché, que pour ma part, j’ai eu, je l’avoue, quelque peine à me remettre de la secousse, et à reconnaître les lieux qui nous environnent. J’ai craint un moment qu'on ne nous ait méchamment égarés dans quelque pays inconnu et inhabité. Heureusement, les clameurs de ces villageois m’ont bientôt rassuré, et j’ai cru devoir diriger nos pas de ce côté pour prier l’un d’eux de nous guider avant la nuit jusqu’aux portes de Mytilène.
DAFNÉ.
Où voyez-vous Mytilène?
PSYCHÉ
antinous.
Je jurerais que nous n'en sommes pas loin.
GORGJAS.
Je le jurerais aussi.
Et moi, je vous déclare que je suis lasse de vous suivre, et que je ne fais pas un pas de plus... si vous ne nous trouvez tout à l'heure quelque riche et moelleuse litière qui nous transporte eniin toutes deux dans le palais du roi, notre père.
ANTINOUS
Calmez-vous, princesses!... dans quelques jours nous aurons regagné nos royaumes, et vous pourrez vous y reposer tout à votre aise.
DAFNÉ.
Dans quelques jours!...
BÉRÉNICE
J’ignore ce que décidera ma sœur; mais, pour moi, je ne quitterai certainement pas cette contrée avant de savoir, par des rapports dignes de foi, comment est bâti le palais du seigneur Gorgias... (se tournant vers Gorgus.) Oui, seigneur, si votre palais n'est pas de marbre ou de porphyre, si vos esclaves ne sont pas vêtus de pourpre, si votre table n’est pas couverte de vaisselle d’or ou d’argent, je vous avertis que je me sépare de vous pour toujours et que je reste à Mytilènc !
DAFNÉ, à Antinous.
Et je vous avertis, moi, que je ne quitte pas ma sœur, si vous ne me donnez un palais semblable à celui de Plychél...
BÉRÉNICE
En effet, la façon dont l’époux de Psyché en use avec elle devrait vous servir d’exemple...
ANTINOUS
Permettez!... je ne suis pas un monstre, moi!