LA CIGALE
L'air pèse et brûle; il n'est dans l'herbe et les épis
Bruit d'ailes ni murmures ; Même les froids lézards se cachent assoupis
Au fond des gerbes mûres.
La feuille au loin se tait dans l'immobilité.
Pas un oiseau ne vole ; La terre a vu tarir dans les bras de l'été
Sa sève et sa parole.
De la plaine embrasée où sont les habitants?
La vie est-elle encore?...
Oui, la nature veille, et, joyeux, je t'entends,
cigale sonore !
Ton cri sort des sillons bi*ûlants et crevassés. De l'orme aux branches sèches.
Parmi les chauds rayons qu'un ciel rouge a lancés Aigus comme des flèches.
C'est toi qu'un doux YieiU«ard» des voluptéa éprig.
Disait aux dieux pareille; Et l'homme de nos jours te ferme avec mépris
Son cœur et son oreille!
En cercle les héros t'écoutaient autrefois
Ck)mme un hymne dorique.
Qui donc s'est transformé de l'homme ou de ta voix^
chanteuse homérique?
Non, tu n'as rien changé^ nature^ à tes accents^
Ta musique est la même ; Mais pour trouver la def de tes accords puissants,
U faut d'ahord qu'on t'aime.
Poète, je le sais, nul n'est vil à mes yeux
Des mille aspects de l'être; Tout cri révèle une âme, et mon cœur sérieux
L'accueille et 9'en pénètre.
Viens, cigale ma sœur, et chante près de moi ;
Nul homme sacrilège N'oserait, où je suis, porter la main sur toi;
La muse te protège.
Moi, je me dis impur, si dans l'omhre en marchant
J'écrase un frêle- insecte; Au chœur universel tout ce qui prête un chanii
U faut qu'on le respecte :
Car la terre gémit, car Dieu même est ehagrin
D'une note étouffée.
Et d'ui^e voix qui manque à l'hymne souverain
Dont l'homme est coryphée.
ET I»OËMES 947