LES ESCLAVES
Voici la nuit propice à Tesclave, la nuit
Douce au corps fatigué, douce à rhomrae qui fuit;
La nuit qui du travail délivre tous les êtres,
Et qui vient à son heure^ et qui brave les maîtres.
Son pied, jusqu'au matin^ se pose comme un sceau
Sur les rudes outils étalés en monceau.
Quand aux plis de sa robe un esclave se cache.
Il demeure invisible, et nul ne Ten arrache.
Les rêves sur ses pas montrent lem's fronts aimes :
Elle arrête un moment les bras de fouets armés.
ténèbres I Tesclave en son cœur vous implore.
Relardez bien longtemps, ohl retardez l'aurore!
Les esclaves, rentrés dans les antres profonds. Avec les gardiens, dorment dans leurs prisons. L'ombre a couvert mes pas ; ma trace est inconnue. Près du fleuve cherché me voilà parvenue.
C'est assez de douleurs. Je ne tenterai pas La fuite et le désert; la faim suivi*ait mes pas. L'horrible faim. La mort, qu'à mon aide j'appelle, S'o£fre à moi sur ces bords plus prompte et moins cruelle.
Elle marche, et déjà sous ses pieds a frémi
Le flot dans les roseaux et les joncs endormi;
Et s'avançant toujours : « Finis mon temps d'épreuve;
Pom* jamais dans ton sein reçois mon âme, ô fleuve!
Les sources m'ont fait voir, en leur limpidité.
Mes yeux creux, mon cou hâve, et mon front sans beauté.
J'ai reculé d'horreur devant ma propre image.
Sous le masque hideux qu'y posa Tesclavage!
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Sur mes membres^ flétris de haillons et de coups^ Répands tes flots sacrés ; ton sable frais et doux Offre un lit ondoyant qui calme et purifie.
Au corps \il de l'esclave; à toi je me confie. Je ne veux plus souffrir le froid, le soleil lourd. Le fouet sanglant du maître, impitoyable et sourd. Aux sauvages tribus qui travaillent la pierre, Préparant tous les jours leur pâture grossière. Je n'apporterai plus les aulx et les oignons, A travers le concert des malédictions ; Car la haine au regard sinistre, au parler rude, Règne entre les captifs avec la servitude.
J'abandonne ma vie à tes flots incertains.
Si mes songes sont vrais, sll est des bords lointains Où, comme les oiseaux, innocente et joyeuse.
Je vécus autrefois sur une terre heureuse.
Prends-moi. Si tu connais le chemin du retour. Porte, oh I porte mon corps vers ce pays d'amoiu*, Ou d'un lit éternel dote-moi sur ta rive.
Déjà Fonde atteignait sa ceinture, et plus vive Déjà la soulevait. Les joncs et les roseaux Plus rares annonçaient la profondeur des eaux; Mais la voix du courant, de plus près entendue, L'arrête, et sur le bord la rejette éperdue.